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Saturday, October 24, 2026

Chronique d’un chaos en un clic

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Cette semaine, la planète numérique a sécrété beaucoup d’hormones de stress à cause d’une nouvelle effrayante. Les médias ont parlé d’une faille de sécurité critique dans PHP, un langage informatique utilisé par près de 70 % des sites web.

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Je vous relate cette information comme si j’en connaissais les nuances, mais au fond, j’ai une compréhension très approximative de ces parties cachées du langage informatique. Je ne suis pas seul. Aujourd’hui, des domaines entiers de la communication humaine tournée vers le numérique reposent sur des codes inaccessibles à l’individu moyen.

Ce que je comprends dans cette grande frousse, c’est que la faille de sécurité pouvait permettre à des pirates informatiques de mener des entreprises malveillantes sur les serveurs vulnérables. Oui, si autrefois les pirates étaient de cruels flibustiers, aujourd’hui ils sont devenus de virtuels voleurs de fichiers. Dans le but de se prémunir contre ces malfrats de la navigation sur l’internet, certaines entreprises ont trouvé plus sage de colmater les points de vulnérabilité avant de rouvrir leur site.

Pour reprendre une image utilisée par le neuroscientifique Sébastien Bohler dans Human psycho, avec le réseau inextricable de communications numériques dont nous disposons, l’humanité est de plus en plus comparable à ce que les biologistes appellent un superorganisme. Autrement dit, une entité analogue à ces sociétés que forment les fourmis, les abeilles, les termites et les guêpes. Même si ces insectes sociaux ont leur propre identité, ils font partie de quelque chose de plus grand qu’eux, un superorganisme. Dans ces composites hiérarchisés, les individus sont unis par des liens génétiques, mais aussi par un système de partage d’informations physique et chimique dédaléen.

De la même façon, l’humanité est unie par un entrelacement incommensurable de liens qui font voyager l’information à une vitesse sans précédent.

Aujourd’hui, un moustique qui éternue dans la savane africaine peut faire réagir presque instantanément un instagrammeur de Montréal. En une fraction de seconde, un pirate malveillant qui s’active dans un sous-sol de Moscou peut aussi saborder une entreprise établie à Montréal.

Chez les abeilles, la souveraine est la régulatrice de l’équilibre de l’essaim. Les phéromones qui émanent de son corps constituent un ciment communicationnel indispensable à la cohésion et à l’organisation sociale de sa grande famille. Aussi, lorsque la reine meurt subitement, la panique et le chaos peuvent s’installer de façon plus ou moins durable dans une ruche, du moins si les ouvrières n’ont pas eu le temps de faire émerger une remplaçante du couvain.

C’est un peu aussi ce vertige anxiogène qui nous habite lorsque l’internet qui incarne la reine de notre énorme ruche planétaire ne donne plus de signal. Nous avons eu l’intelligence ou la naïveté de confier à ce réseau des quantités astronomiques d’informations. Des fonctions qui, autrefois, étaient dispersées dans différents supports physiques sont désormais entièrement numériques. Pour communiquer, se soigner, étudier, se renseigner, s’orienter, payer, produire ou administrer, l’humanité mise sur sa reine nommée internet.

Nous avons mis tous les œufs de notre existence dans ce panier numérique dont nous redoutons maintenant l’étanchéité. Alors, qu’arrivera-t-il à nos sociétés en cas d’agonie ou de mort subite de cette reine dont nous sommes devenus si dépendants ? Avons-nous, comme les abeilles, la résilience nécessaire pour survivre à un tel trône sans monarque ?

Au Québec, on rêve de numériser complètement les dossiers de santé, les services gouvernementaux et les transactions bancaires. Il m’arrive, cependant, de penser qu’il serait peut-être sage de conserver quelques traces sur papier et de l’argent liquide dans nos matelas.

Si l’avenir incertain qu’on nous prédit avec l’intelligence artificielle devait mener à des paralysies du réseau internet, ce culte de l’infonuagique risque de nous jouer un sale tour. Pouvez-vous imaginer l’ampleur de la crise quand, pendant une semaine, les hôpitaux et les pharmacies sont incapables d’accéder aux dossiers des patients ? Peut-être aussi que j’angoisse sans raison et que des soupapes sont déjà mises en place pour pallier un tel problème. Chose certaine, dans le cas du système bancaire, je ne vois pas comment on pourrait s’en sortir.

Notre « superorganisme » sait-il encore comment exister sans sa reine qu’il a lui-même créée ? Mais plus préoccupant encore, il a commencé à déléguer sa capacité à réfléchir à une plus grande souveraine, l’intelligence artificielle, qu’il vient de mettre au monde. Donc, si la tendance se maintient, bientôt, il aura de la difficulté à faire fonctionner de façon optimale son réseau nerveux hérité de l’évolution par la sélection naturelle.

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