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Saturday, September 12, 2026

«La plus grosse opération de concerts de l’histoire du pays»: Céline Dion s’abat sur Paris

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La chanteuse de Charlemagne entame samedi soir sa série de concerts à Paris, auxquels assisteront près d’un demi-million de personnes en cinq semaines. Depuis plusieurs mois, impossible d’ignorer la venue de la diva québécoise en France.

« Je deviendrai ces autres, qui te donnent du plaisiiiii-iiir… » Accompagnée par le parterre, qui connaît presque autant qu’elle les paroles, la cantatrice aux longs cheveux blonds enchaîne les envolées lyriques dans sa robe à paillettes.

On y croirait presque : hormis quelques fausses notes sur les aigus, la chanteuse marseillaise Magali Ponsada reproduit à la perfection la voix et la gestuelle sur scène de Céline Dion. Ce soir, elle se produit seule en banlieue de Strasbourg, mais, dès la semaine prochaine, elle sillonnera la France avec son groupe Génération Céline, qui propose non pas une, mais quatre Céline sur scène.

Le phénomène n’est pas isolé : à l’ombre des vraies représentations de Céline Dion, partout en France, des dizaines de concerts d’imitation de la chanteuse sont prévus cet automne, a recensé Le Devoir, sans compter les spectacles de drag, les karaokés, les chorales… Même Véronic DiCaire, qui a occupé pendant des années ce créneau au Québec, viendra en France fin novembre pour contenter les Français déçus de ne pas avoir eu leur place.

Ce soir, à Strasbourg, près de 300 personnes ont payé pour voir ce « faux » concert de Céline Dion. Les spectateurs ne se gênent pas pour chanter avec Magali Ponsada, s’enlaçant carrément les uns les autres lors des chansons les plus émouvantes. L’excentricité leur aura coûté beaucoup moins cher que s’ils étaient allés à Paris : seulement 15 euros, au lieu des 89 à 1500 euros pour les vrais billets, selon l’emplacement.

« J’aurais payé volontiers, si j’avais eu ma place ! » s’exclame Christelle Bieber, une préposée aux bénéficiaires dans la cinquantaine, qui a fait 30 minutes de route pour venir ici avec ses trois collègues. Comme près de 9 millions de personnes, elles ont tenté leur chance en avril pour avoir des places, sans résultat.

Parmi le public, seuls quelques chanceux ont eu des billets. « On aurait voulu voir le concert entre copines, comme on joue souvent du Céline Dion au travail… Mais bon, on va avoir presque plus de plaisir ici, finalement. »

La plus grosse opération de concerts en France

Au total, 480 000 billets ont été écoulés pour les 16 concerts qui se tiendront en 2026. Une deuxième série de concerts a été organisée, pour le printemps 2027, et elle pourrait encore se rallonger selon les besoins. Si autant de gens veulent aller voir Céline Dion, c’est sans aucun doute parce qu’il a été quasiment impossible, dans les derniers mois, d’échapper à la publicité en vue de ses concerts.

« Pour moi, sa personnalité est presque secondaire par rapport à la campagne de promotion qui a été faite par Sony Music », indique Olivier Lamm, chef de service de la rubrique culture du journal Libération. « C’est la plus grosse opération de communication autour de concerts qu’on ait jamais vue en France », assure-t-il.

Dès le mois d’avril, pour dévoiler la présentation de concerts de la Québécoise, Sony a fait coller dans Paris des dizaines d’affiches élusives évoquant ses chansons, avant de convier tout ce que la capitale compte de médias pour une « annonce spéciale » projetée sur la tour Eiffel.

S’en sont suivies d’innombrables publicités dans les médias, souvent sous forme de jeux-concours auxquels ont participé des centaines de milliers de personnes. Et depuis l’arrivée de la chanteuse à Paris, télévisions et radios françaises se pressent quotidiennement devant son hôtel cinq étoiles pour rapporter ses faits et gestes. « Alors que les médias n’ont presque plus de moyens pour la culture », remarque Olivier Lamm.

« Même à Libération, où Céline Dion est un peu hors de notre couverture habituelle, on est obligés de traiter de sa venue, explique le chef de service. Il y a des artistes qui sont intouchables… C’est un phénomène culturel tellement massif que si on n’en parle pas, on se sabote soi-même. »

« Ça ne laisse pas beaucoup de place pour les plus jeunes ou pour les styles émergents, regrette le journaliste. C’est un rouleau compresseur. »

Amour des fans

Mais au-delà de ce marketing hors norme, il faut bien dire que la personnalité et l’histoire de Céline Dion ont touché une corde sensible chez beaucoup de Français. « Les gens se sentent proches d’elle, par son franc-parler et par son histoire de conte de fées », soutient Elisabeth Reynaud, autrice de multiples biographies de la chanteuse depuis les années 1990.

« Elle a du recul sur elle-même, elle est drôle, elle a une personnalité qui est très proche des gens », soulève Laurent Sebaoun, un autre admirateur, croisé lors de l’annonce des concerts, en avril. « Elle est québécoise, mais, pour nous, elle est un peu française », lance-t-il d’un ton amusé.

« Tout le monde sait qui elle est, peu importe son âge ou son milieu social », explique Sebastian Sanchez, un jeune homme venu avec ses amis au faux concert de Céline Dion à Strasbourg. « Quand on met Céline Dion dans la voiture, dans un mariage, dans une fête… on sait que tout le monde connaîtra les paroles. »

« Pourtant, ça n’a pas toujours été aussi facile pour Céline Dion en France », rappelle Elisabeth Reynaud. Durant ses premières années dans le pays, après un premier succès avec D’amour ou d’amitié, Céline était perçue comme une chanteuse un peu vieillotte malgré son jeune âge. « Les médias se pinçaient un peu le nez devant elle. »

« C’est sa collaboration avec Jean-Jacques Goldman qui l’a fait exploser en popularité », relate Jérémy Parayre, un autre biographe. Alors l’idole des adolescents français, le chanteur a contacté de son propre chef Céline Dion pour lui proposer de lui faire un album, impressionné par sa voix.

On connaît la suite : D’eux est devenu l’album en français le plus vendu au monde, et, aidée par son succès aux États-Unis, Céline Dion a acquis le statut d’icône absolue en France. En juin 1999, sa tournée mondiale a culminé par deux concerts à Paris, donnés devant près de 100 000 personnes chaque soir.

Puis, pour quelques années, Céline s’est éloignée un peu du cœur des Français, pendant sa grande période aux États-Unis. On a recommencé à entendre parler d’elle grâce au film Mommy, de Xavier Dolan (2014), et à la chanson Encore un soir (2016), que Goldman lui a écrite après la mort de René Angélil.

Ensuite, après une absence de quelques années, son apparition inattendue sur la tour Eiffel lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, en juillet 2024, quelques semaines après que le public l’a vue gravement affaiblie par une maladie neurologique, a parachevé ce retour à la lumière.

Admirateurs aux aguets

Devant l’hôtel de Céline à Paris, on pouvait mesurer tout l’amour que lui portent ses admirateurs les plus fervents. « Moi, pour mon enterrement, je veux qu’on joue du Céline Dion », explique Patrice Lenfant, un coiffeur venu de Bretagne. « J’ai tellement été inquiet de ne pas avoir de place… Et si c’était la dernière fois qu’on pouvait la voir, avec sa maladie ? »

« Moi, je n’en avais pas eu, mais ma fille a tout fait pour m’en trouver, à n’importe quel prix », explique à côté de lui Séverine Raban, une boulangère de supermarché qui a payé 1800 euros afin de voir trois fois le spectacle. Depuis 2008, elle tente d’assister à chaque concert de Céline Dion, et vient chaque fois la voir dans son hôtel habituel, le très luxueux Royal Monceau. « On se sent tellement proches d’elle », souligne avec émotion la petite dame, les yeux tapis derrière d’extravagantes lunettes rondes — comme celles de Céline.

Miracle : à ce moment-là, la petite fille de Charlemagne apparaît au portique, sous les cris de ses admirateurs. Préservant sa voix pour les concerts, elle passe tout de même quelques minutes avec eux, dans un silence quasi religieux, leur montrant son caniche miniature et s’étalant sur le capot d’une voiture pour les photos. Au moment d’entrer dans la berline aux vitres teintées, elle se tourne vers ses fans pour leur dire, avec toute la sincérité qui la caractérise : « merci ».

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