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Thursday, September 17, 2026

La campagne électorale où la culture est audible

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« C’est la première fois que je vois des préoccupations de la culture trouver un tel écho dans l’espace public durant une campagne électorale ». Éric Lord, directeur de Culture Mauricie et travailleur culturel depuis 1998, n’est pas seul à faire ce constat. Si la culture est toujours un mot surutilisé en campagne, ses enjeux ne sont jamais dans les priorités ni au cœur des débats. Pourtant, cette année, la culture ne se laisse pas oublier. Que se passe-t-il ?

« C’est vrai que la culture n’est pas la grande oubliée habituelle de cette campagne », confirme Madwa-Nika Cadet, députée de Bourrassa-Sauvé pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et porte-parole de l’opposition officielle en matière de culture jusqu’à la dissolution de l’Assemblée nationale.

Éric Lord voit deux explications. D’abord, les enjeux de la culture se retrouvent au cœur de l’actualité.

La guerre commerciale avec les États-Unis, l’échec des négociations de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pour des raisons culturelles, l’intelligence artificielle générative ou la lutte au GAFAM, autant de sujets où l’angle culturel est important.

On peut ajouter aussi les changements aux sorties scolaires culturelles, aux achats de livres dans les écoles, ou la crise des arts qui a secoué le Québec au début de 2025.

Tous ces sujets peuvent être politisés, et prennent alors une nouvelle valeur dans les débats politiques.

Chœur des arts

Mais il y a aussi un changement majeur, selon Éric Lord. « Le milieu culturel parle maintenant d’une voix cohérente et concertée », estime celui qui a organisé de nombreux débats électoraux sur la culture dans les dernières décennies.

Depuis la crise des arts de 2025, le Front commun pour les arts a rassemblé de nombreuses idées, demandes et revendications du milieu culturel, qui sont reprises aussi par les regroupements de chaque discipline, parfois par la Grande Mobilisation pour les arts au Québec.

« Dans le passé, les milieux faisaient tout autant de représentations, mais de manière plus fragmentée, par discipline artistique », souligne M. Lord. Chacun pour soi, quoi.

Le théâtre parlait de son côté, et la danse, les festivals, l’association des producteurs, les écrivains et les diffuseurs faisaient de même.

« Là, on a une voix plus large. Et aux conseils régionaux de la culture, on s’est nous-mêmes davantage engagés. Je pense que de voir les régions se mobiliser a aussi un certain poids politique. »

Se faire entendre

« Il y a eu le Mouvement pour les arts et les lettres [au début des années 2000] qui travaillait davantage en donnant des coups de poing sur la table », illustre M. Lord. « Plusieurs associations n’étaient pas confortables avec ce genre de position. »

Aujourd’hui, plusieurs directrices de regroupement partagent un style de leadership plus mobilisateur, médiateur et inclusif, doublé d’un esprit d’analyse et de stratégie.

Résultat ? Il n’y a pas plus de promesses en culture, estime M. Lord, « mais elles sont plus arrimées aux vrais besoins du milieu ».

L’exemple ? La promesse de travailler sur un filet social, qui est portée autant par le Parti Québécois (PQ) que par Québec solidaire (QS). « Là, on voit une corrélation directe aux besoins exprimés par les milieux. Personne ne promettait ça lors de la dernière campagne. »

Les promesses culturelles 2026

La Coalition avenir Québec (CAQ) met essentiellement en avant les mesures mises en place lors de son dernier mandat : la modernisation de la Loi sur le statut de l’artiste, le projet de loi sur la souveraineté culturelle, les budgets sur les sorties culturelles et les achats de livres à l’école dont les sommes peuvent désormais servir à d’autres fins, ainsi que le budget pour mettre en place la Stratégie québécoise de l’audiovisuel.

Le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’a pour le moment présenté aucun engagement sur les arts ou la culture, sinon son intention d’épargner les subventions du milieu dans le plan d’élagage général des subventions d’état. Il était aussi absent du débat sur la culture organisée par Culture Montréal le 9 septembre dernier.

La mesure principale du Parti libéral du Québec (PLQ) en culture est de faire de la lecture une priorité nationale. Un des gestes principaux serait d’« offrir un livre jeunesse québécois en français à tous les élèves du primaire à la fin de chaque année scolaire », a précisé Mme Cadet.

Pour le financement de la création, le PQ promet au Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) un budget de 200 millions de dollars pour les cinq prochaines années. Pour sa part, QS doublerait la mise, en augmentant le budget du CALQ à 400 millions par an et en ajoutant 180 millions à celui de la Société de développement des entreprises culturelles.

QS et le PQ ont tous deux proposé de mettre en place un filet social pour les artistes. Le PQ promet de soutenir les travaux de Compétence culture en ce sens. QS va plus loin, et lancerait un projet pilote de filet social national qui ne dépendrait pas de l’assurance-emploi fédérale. Ainsi, une enveloppe de 130 millions de dollars serait consacrée à tester l’idée chez les artistes de Québec, une masse ni trop petite, ni trop grande, en s’arrimant aux recommandations de Compétence Culture.

Seul le PQ s’engage pour la protection du patrimoine bâti, en annonçant une révision de la Loi sur le patrimoine culturel, doublée d’un moratoire sur la destruction de tout le patrimoine bâti du Québec précédant 1850.

Le parti de Paul St-Pierre Plamondon a également annoncé qu’il doublerait le soutien financier à la Fondation des artistes en égalisant les dons du public « dollar pour dollar ». L’an dernier, la Fondation a récolté un peu plus de 700 000 dollars de dons.

Le PQ, le PLQ et QS se sont tous engagés à protéger à nouveau les budgets de la culture à l’école, afin que l’argent ne puisse être utilisé autrement qu’en sorties culturelles, pour les artistes invités et l’achat de livres.

Le PQ réinstaurerait l’idée que la CAQ a lancé puis annulé dans son dernier mandat : la gratuité dans les musées le premier dimanche du mois.

Pour faire vivre les arts aux jeunes, QS s’engage à mettre en place une « Passe-culture » — un autre chantier entamé et abandonné par la CAQ — qui donnerait aux jeunes de 12 à 18 ans 75 dollars par an à dépenser dans des livres, des billets de spectacles ou de musées, etc.

Dans la même veine, le PQ instaurerait une formule « deux pour un » sur les billets de spectacles pour les 25 ans et moins : achetez un billet, revenez gratuitement plus tard.

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