Le Festival Lasso et le nouveau visage du country

En seulement cinq ans, le visage de la foule du festival Lasso a déjà beaucoup changé, tout comme la relation de la métropole avec le country, un genre profondément ancré au Québec, selon la programmatrice du festival Audray Johnson.
On voit une évolution par rapport au type de gens qui s’intéressent au festival. Disons que la première année, je pense qu’on a surtout attiré les fans de country qui l’étaient depuis un certain temps, à une époque où c’était peut-être un peu moins "cool"
, explique Audray Johnson, qui travaille pour evenko, le producteur de Lasso, depuis 2017.
Depuis deux ou trois ans, j’ai plein d’amis qui ne connaissent pas tant la musique country et qui adorent venir au festival. Je pense que c’est devenu comme un "happening", un espace où les gens ne vont pas seulement pour la musique, mais pour l’ambiance, l’atmosphère.
Si Montréal est aujourd’hui un excellent marché pour le country
, c’était loin d’être une évidence il y a 10 ans, selon la programmatrice.
La vérité, c’est qu’on ne savait pas que c’était aussi populaire. Avant 2015, il y avait seulement Shania Twain et quelques artistes incontournables qui venaient faire le Centre Bell, mais ça se comptait sur le bout des doigts
, explique Audray Johnson.
Et là, evenko a fait le show de Luke Bryan au Centre Bell en 2016, et ça s’est vendu en un claquement de doigts. C’est ça qui nous a mis la puce à l’oreille qu’il y avait peut-être un intérêt qui dépassait ce qu’on pensait.
Ce 25 février 2016, le vétéran américain du country avait présenté dans l’amphithéâtre un concert à guichets fermés devant quelque 16 000 personnes, premier signe d’un engouement qui n’a fait qu’augmenter depuis.
Le truc avec la musique country, c’est qu’historiquement, c’est une musique qui fonctionne beaucoup grâce à la radio country, encore aujourd’hui. À Montréal, comme il n’y a pas de station country, les artistes ne voulaient pas venir ici, les agents ne voyaient pas la valeur
, ajoute-t-elle.
À lire aussi :
- Des prairies aux arénas : le country à l’assaut des grandes villes canadiennes
- Domination historique du country au Billboard Hot 100
- Le Festival Lasso : un tremplin pour la relève country locale
Des régions aux métropoles
Le Québec a toujours été adepte de country, explique Audray Johnson, mais pendant de nombreuses années, cette popularité était surtout confinée aux régions.
La province a d’ailleurs développé sa propre sous-culture country, portée par un réseau de festivals qui continuent de prendre de l’ampleur. L’exemple le plus probant est sans aucun doute le Festival western de Saint-Tite, qui a vu le jour en 1967.
Chaque année, il transforme cette municipalité d’environ 4000 habitants en un véritable lieu de rassemblement qui attire bon an mal an plus de 600 000 personnes, avec un record de 727 608 visiteurs établi en 2023.

Des milliers de danseurs en ligne au Festival western de Saint-Tite en 2025.
Photo : Radio-Canada
Si le country était davantage snobé dans les grands centres urbains, selon Audray Johnson, le paysage a fortement changé dans les dernières années, notamment grâce à l’influence des États-Unis.
C'est sûr qu'il y a eu une espèce de poussée aux États-Unis, où c’est devenu un phénomène, et ça a traversé les frontières. Et avec les plateformes de diffusion, il y a eu une démocratisation de l’accès à la musique pour différents genres
, explique la programmatrice.
On l’a vu vers la fin des années 2010 avec la musique latine, et je pense que c’est un peu similaire en ce moment avec le country. C’est une musique qui était très régionale et spécifique à un type de personne, et, tout d’un coup, ça s’est mis à [changer].
Ce chemin vers le grand public a aussi été propulsé par des incursions très remarquées d’artistes populaires dans le country, comme les albums F-1 Trillion du rappeur Post Malone et Cowboy Carter de Beyoncé. Cette dernière est devenue en 2025 la première artiste noire à remporter le Grammy du meilleur album country.
Il y a d’autres facteurs aussi, comme le look vestimentaire qui va avec la musique country : les bottes de cowboys, les chapeaux, les trucs à frange, tout ça est revenu à la mode
, ajoute Audray Johnson.
Les artistes à surveiller ce week-end
La programmation de l’édition 2026 est à l’image de la métamorphose qu’a subie le country dans la dernière décennie, avec un mélange d’artistes issus du country plus traditionnel et de jeunes visages du néo-country, infusé de références à la pop, au rock, au hip-hop ou au folk.
La programmatrice mentionne entre autres Max McNown, un jeune artiste américain qui a joué le 31 juillet dernier à Osheaga. C'est un artiste de folk, de pop et de country qui se prête bien à différents environnements. Mais, peut-être qu’il y a 15 ans, les adeptes de country auraient dit : "Non, ce n’est pas de la musique country."
La programmation fait aussi place à plusieurs artistes du Québec, dont Arpin Lépine, qui donnera sa première prestation au festival samedi à 14 h, sur la Scène de la prairie Coors Original. Inconnu il y a à peine un an, la popularité de l'artiste de 26 ans, originaire de Saint-Félix-de-Valois, a depuis explosé à la radio et sur les plateformes de diffusion grâce à sa chanson St-Félix.
Arpin Lépine a vécu une année complètement époustouflante, affirme Audray Johnson. Il va ouvrir l’une des deux scènes principales samedi. On a aussi Léa Jarry, qui revient à Lasso après avoir fait la première édition.
Parmi les artistes québécois au programme, on compte aussi Gab Bouchard, Krystel Mongeau, Theo Day, Blue Ridge Band, Classe Moyenne et Joël Vogt.
Les têtes d'affiche, qui se produiront sur la Scène Lasso Bell, sont Thomas Rhett (samedi à 21 h) et Mumford & Sons (dimanche à 21 h).
La programmation complète de Lasso est disponible sur le site du festival (nouvelle fenêtre).
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.