Procès Ullens : une journée de témoignages, entre portrait intime de Myriam et tensions familiales

Ce mercredi, la cour a continué à entendre celles et ceux qui ont connu Myriam Lechien avant sa mort. Des témoignages qui, mis bout à bout, dressent le portrait d’une femme aux personnalités multiples, mais aussi d’un couple, Guy Ullens et Myriam Lechien, dont la relation occupait une place centrale dans la vie de leurs proches.
"Elle aimait la vie, rigoler, manger"
Parmi les témoignages les plus personnels, celui de Danielle Daffe. Pendant près de quarante ans, cette femme avait côtoyé Myriam Lechien, d’abord dans un cadre professionnel avant que leur relation ne devienne une véritable amitié. Elle décrit une femme joyeuse, simple et très attachée aux plaisirs de la vie. "C’était une femme formidable qui aimait la vie, rigoler, manger. Elle était cool, je l’adorais", a-t-elle raconté.
Elle se souvient également de la rencontre entre Myriam et Guy Ullens, vécue comme un véritable coup de foudre. Un amour qu’elle décrit comme très fort et très visible. Danielle Daffe a par ailleurs contesté l’idée selon laquelle Myriam aurait cherché à éloigner Guy de ses enfants. Selon elle, Myriam pouvait au contraire s’effacer pour permettre à son mari de passer du temps avec sa famille.
Sa fille, Virginie Verbist, qui appelait Myriam "tante Mimi", a livré un souvenir tout aussi affectueux. Elle raconte une femme très présente pour elle et son fils, notamment lorsqu’ils rencontraient des problèmes de santé. Elle garde également le souvenir des fêtes de famille et des cadeaux que Myriam choisissait elle-même pour les enfants de Guy. "On la présente comme la fautive. Ça m’a profondément blessée", a-t-elle déclaré à propos de certains témoignages entendus au procès.
Une femme engagée dans son travail et auprès des malades
D’autres témoins ont également décrit une Myriam énergique et investie. Une ancienne employée de Maison Ullens, la marque de prêt-à-porter fondée par la victime, a parlé d’une femme "incroyable, inspirante, bienveillante".
Une médecin qui avait suivi Myriam lors de son cancer du sein au début des années 2000 a, elle, évoqué la naissance de la Fondation Mimi. Le projet était né d’un constat : certaines dépenses liées au cancer, comme les perruques, les soins de la peau, les massages ou encore le soutien psychologique, restaient à charge des patients. Myriam avait alors voulu apporter une aide concrète aux personnes malades. La fondation avait commencé par un projet pilote à l’hôpital Sainte-Elisabeth avant de se développer dans d’autres établissements en Belgique et en France. Myriam s’y impliquait directement. "Elle prenait son bâton de pèlerin", a résumé la médecin.
Un couple fusionnel
Plusieurs témoins ont aussi insisté sur la relation entre Myriam et Guy Ullens. L’ancien bourgmestre d’Ixelles Yves de Jonghe d’Ardoye d’Erp, ami du couple depuis plusieurs décennies, a raconté avoir connu deux personnes profondément amoureuses. Mais son regard s’est progressivement nuancé. Au fil des années, il dit avoir eu le sentiment que Myriam occupait une place de plus en plus importante dans la vie de Guy.
On dit que l’amour rend aveugle mais que le mariage rend la vue. À lui, le mariage n’a pas rendu la vue.
Lors d’un voyage aux Caraïbes, il raconte notamment avoir constaté que son ami parlait constamment de son épouse. "Il fallait parler d’elle tout le temps", a-t-il rapporté. Il a aussi évoqué un épisode au cours duquel Guy Ullens lui aurait demandé de l’appeler avant de sortir boire un verre, afin d’obtenir l’autorisation de Myriam. Pour autant, le témoin n’a pas décrit une femme qui aurait imposé sa volonté à son mari. Selon lui, Guy acceptait cette relation et cette influence. Il résume leur couple par une formule : "On dit que l’amour rend aveugle mais que le mariage rend la vue. À lui, le mariage n’a pas rendu la vue."
Le créateur de mode Olivier Strelli, autre proche du couple, a lui aussi parlé de deux personnes "très fusionnelles". Après la mort de Myriam, il raconte avoir vu Guy profondément marqué par la solitude.
Des témoignages beaucoup plus critiques
Mais cette image n’a pas été unanime. Un ancien intervenant de Maison Ullens a livré une vision beaucoup plus sévère de Myriam, qualifiant notamment sa gestion de l’entreprise de chaotique et la décrivant comme "machiavélique", au sens de quelqu’un de calculateur et manipulateur.
Une autre audition, lue devant la cour, présentait Myriam comme une femme froide et autoritaire. Cette témoin estimait notamment qu’elle avait contribué à l’éloigner de son fils Raphaël. Le fils a toutefois livré une lecture différente de cette période et décrit au contraire sa grand-mère comme une figure protectrice. Selon lui, son placement dans un internat en Suisse répondait à la volonté de lui offrir un cadre plus structurant.
Les tensions familiales toujours en toile de fond
Ces témoignages font aussi réapparaître les difficultés entre Guy Ullens et ses enfants. Yves de Jonghe d’Ardoye d’Erp a raconté avoir été le confident de Brigitte Ullens, l’une des filles de Guy. Elle lui aurait fait part de sa tristesse face à l’éloignement de son père. Lorsqu’il tentait lui-même d’aborder le sujet avec Guy Ullens, celui-ci refusait, selon son témoignage, d’entrer dans la discussion et évoquait "une nouvelle vie". Après la mort de Myriam, le témoin dit avoir retrouvé un Guy Ullens anéanti, mais aussi désireux de renouer avec ses enfants et surtout ses petits-enfants.
Un autre témoignage, celui d’Eric Wittouck, parent éloigné de Guy Ullens, a livré une lecture différente du rôle de Myriam dans ces tensions familiales. Selon lui, elle avait contribué à éloigner Guy de ses propres enfants. Il a également décrit Nicolas Ullens comme quelqu’un d'"allergique à l’injustice" et estimé que Guy et Myriam portaient une part de responsabilité dans le contexte familial qui précédait les faits.
Un procès qui cherche aussi à comprendre le contexte
Nicolas Ullens, 61 ans, est accusé d’avoir tué sa belle-mère de six coups de feu le 29 mars 2023 devant la propriété du couple à Ohain. Il reconnaît les tirs, mais conteste avoir prémédité son geste.
Les témoignages entendus ce mercredi ne portent donc pas directement sur les circonstances des tirs. Ils contribuent surtout à éclairer la personnalité de Myriam Lechien, sa relation avec Guy Ullens et les tensions familiales qui ont précédé le drame. Les auditions se poursuivront jeudi avec de nouveaux témoins de moralité.
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