Hydro-Québec est en quête d’électricité pour éviter une pénurie dès 2029

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Le portrait est sans équivoque : face à une demande qui s’intensifie, Hydro-Québec fera face à un déficit d’électricité dès 2029. Pour combler ce manque, la société d'État devra rapidement compter sur de nouveaux approvisionnements. Au cours des prochaines années, Hydro-Québec prévoit, par exemple, importer de l’énergie, mais n’envisage pas un retour du nucléaire.
C'est une augmentation qui est sans précédent par rapport au passé. On rentre dans l'une des grandes phases d'électrification
, a affirmé le vice-président et responsable de la stratégie énergétique d’Hydro-Québec, Dave Rhéaume, en entrevue à l’émission Tout un matin sur les ondes d’ICI Première.
Dans son plan d’approvisionnement, Hydro-Québec explique que les besoins en énergie augmenteront de 60 TWh, soit l'équivalent de la consommation annuelle de trois millions de ménages, pour atteindre 240 TWh en 2041.
La société devra aussi trouver la puissance nécessaire pour alimenter tous ses clients au même moment. D’ici 15 ans, la demande en puissance devrait s’accroître de 12 000 MW pour atteindre 52 000 MW.
La hausse est considérable. À titre de comparaison, Hydro-Québec a frôlé la catastrophe en février 2023, au moment où elle était confrontée à une pointe de consommation record de plus de 43 000 MW.
Les mesures d’électricité
- La puissance, c’est la demande d’énergie à un moment précis, calculée en watts (W) ou mégawatts (MW).
- L’énergie, c’est la puissance multipliée par la durée, mesurée en wattheures (Wh) ou térawattheures (TWh)
Source : Hydro-Québec
Des clients avec un grand appétit
Hydro-Québec prévoit que la consommation en électricité continuera de croître à un rythme soutenu au cours des prochaines années. Le plan attribue la hausse de la demande à trois principaux secteurs, soit l’électrification des transports (+22 TWh), le secteur industriel (+31 TWh) et les bâtiments (+5 TWh).
Hydro-Québec inclut dans ses prévisions la demande que devraient générer plusieurs secteurs émergents, comme les centres de données, les chaînes de blocs et les serres.

La maquette du centre de données que Keel Infrastructure souhaite construire à Sherbrooke, en Estrie. (Photo d'archives)
Photo : Capture d'écran - Keel Infrastructure
M. Rhéaume précise que le Québec ne tente plus d'attirer des centres de données, bien qu’il considère que leur présence est nécessaire dans une certaine mesure. Hydro-Québec veut même doubler les tarifs pour cette industrie et l’intérêt n’a pas diminué, selon lui. Ils cognent à la porte. Ils sont intéressés.
Les secteurs avec la plus forte augmentation de la demande
- Transports : véhicules légers, camions, autobus, transport public, transport lourd
- Industries : décarbonation des procédés industriels, croissance industrielle, centres de données, serres, filière des batteries
- Bâtiments : secteurs résidentiel, commercial et institutionnel, décarbonation des bâtiments
Source : Hydro-Québec
Où trouver l’énergie?
Hydro-Québec dit qu’elle devra trouver de nouveaux approvisionnements et mettre en place de nouvelles infrastructures pour combler l’écart entre l’offre et la demande qui se creuse. Une enveloppe de 200 milliards de dollars sera consacrée à ce type de projet d’ici 2035.
Pour alimenter, je dirais, une croissance de la demande historique, ça prend une croissance de l'offre historique. Ça doit suivre ces deux éléments-là
, ajoute M. Rhéaume.
Parmi les projets sur la table : l’augmentation de la puissance de certaines centrales hydroélectriques, l’entente-cadre de Churchill Falls, et le développement de nouveaux parcs éoliens et solaires.
À mesure qu’elle développera des capacités de production additionnelles, la société d’État connaîtra des périodes de légers déficits énergétiques. Ceux-ci pourraient être comblés en important de l’électricité des provinces voisines ou des États-Unis.
C'est des régions où, à certaines heures de l'année, ils ont des surplus d'énergie, puis on est capable d'importer à des prix plus bas que les prix lorsqu'on leur vend nous-même de l'énergie
, poursuit Dave Rhéaume.
Depuis quelques années, le niveau des réservoirs d’Hydro-Québec est à un niveau historiquement bas
. Hydro-Québec assure que les importations d’électricité ne sont qu’une solution temporaire pour compenser des périodes de faible hydraulicité.

Hydro-Québec prévoit dans son scénario une augmentation de la production d'énergie solaire à domicile. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Moins et mieux consommer
Hydro-Québec considère que l’efficacité énergétique et la gestion des pointes de consommation pourraient lui faire économiser 21 TWh et une réduction de la demande en puissance de 3500 MW d’ici 2035.
On peut mieux consommer, donc se libérer de l'espace pour être capable de répondre à cette nouvelle demande électrique là
, mentionne M. Rhéaume.
Selon lui, l’implantation de nouvelles technologies, comme les thermopompes pour le chauffage, moins énergivores, va se poursuivre, ce qui permettra de réduire la demande. L’augmentation des tarifs pour les grands consommateurs résidentiels et les centres de données devrait aussi peser dans la balance.

Dave Rhéaume avoue qu'Hydro-Québec devra augmenter ses tarifs d'électricité.
Photo : Radio-Canada
Il faut augmenter plus ceux qui sont dans une position plus privilégiée pour payer, pour protéger la compétitivité du Québec sur les autres clientèles.
Non au nucléaire, pour l’instant
Bien que le gouvernement Carney veuille relancer la filière nucléaire au pays, Hydro-Québec ne sera pas la première à lever la main, a mentionné Dave Rhéaume, en entrevue avec La Presse canadienne.
On n’a pas besoin d’être les premiers à trébucher dans une nouvelle technologie, répond-il. On devrait utiliser l’avantage qu’on a pour apprendre des autres.

La dernière centrale nucléaire au Québec, Genilly-2 à Bécancour, a fermé ses portes en 2012. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Il ne s’est pas construit de centrale au Canada depuis le début des années 1990. Le déploiement de projets nucléaires de nouvelle génération est encore à un stade précoce.
On verra ce que ça a coûté, dit M. Rhéaume. On verra comment ça fonctionne. Donc, ce sera un point d’information d’intérêt.
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