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Monday, August 31, 2026

Dépressions et burn-out : les incapacités de travail de longue durée bondissent de 32%

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Plus de 576.000 Belges sont en incapacité de travail depuis plus d’un an. Parmi ces malades de longue durée, 155.000 d’entre eux l’ont été pour cause de dépression ou de burn-out en 2025. Soit une hausse notable de 5,2% par rapport à 2024. Les données de l’Institut national d’assurance maladie invalidité (INAMI) révèlent toutefois que l’augmentation croît moins vite que les années précédentes. Cependant, de 2021 à 2025, ces incapacités de travail de longue durée causées par une dépression ou un burn-out ont augmenté de 32%.

Les prises en soins ne sont pas toujours faciles ou adaptées

Aline Durant, psychologue du travail

Considéré comme le mal du siècle par les spécialistes des troubles mentaux, le burn-out ou l’épuisement professionnel fait gonfler le nombre des invalidités de longue durée (plus d’un an). Psychologue du travail, Aline Durant décrypte cette augmentation : "Les causes sont multifactorielles. Mais lorsqu’on est en arrêt pour un burn-out ou une dépression, les prises en soins ne sont pas toujours faciles ou adaptées. Cela provoque des arrêts de longue durée, voire de très longue durée, où le rétablissement est difficile. Parce qu’il y a de l’isolement et qu’on n’est pas dans une pathologie où les trajets de soins sont aussi clairs que dans certaines autres maladies. Ces chiffres s’accumulent, et les personnes restent en incapacité. Ce qui fait que les nouveaux entrants font augmenter les chiffres."

Les causes multifactorielles du burn-out

On a des vies beaucoup plus occupées qu’avant

Aline Durant, psychologue du travail

Fondatrice d’un centre spécialisé dans l’accompagnement des personnes victimes d’épuisement professionnel, Aline Durant souligne les causes désormais multifactorielles d’un burn-out : "C’est un phénomène de saturation face à des injonctions notamment de performance professionnelle, mais qu’on peut se mettre aussi individuellement. L’évolution des conditions de travail qui rentrent dans toute cette sphère professionnelle est un des facteurs de burn-out. Il y a une évolution dans le sens de l’intensification. Dans le contexte sociétal, on va parler bien sûr de la digitalisation, du télétravail ou de nos smartphones qui ont énormément changé notre rapport au temps, notre rapport à l’autre, etc."

La psychologue du travail relève un troisième facteur : "Il y a aussi une forme de performance dans la sphère privée. On a des vies beaucoup plus occupées qu’avant. Ce qui rajoute une forme supplémentaire de pression. Le burn-out résulte de la résonance entre ces trois aspects, à savoir individuel, travail et sociétal. À un moment, il y a un de ces piliers qui va se fragiliser. Cette fragilisation entraîne celle des autres piliers. Mais également la déstabilisation de l’individu qui peut mener jusqu’à une forme d’épuisement, de burn-out ou de craquage."

Les personnes âgées de 50 ans et plus

Pour des personnes plus âgées, la capacité d’adaptation est de moins en moins grande

Selon le rapport de l’INAMI, la majorité des personnes reconnues en incapacité de travail à la suite d’une dépression ou d’un burn-out en 2025 se trouvent dans les tranches d’âges les plus élevées. 53,2% d’entre elles ont 50 ans ou plus. Les conditions de travail seraient devenues trop lourdes, trop stressantes, trop connectées pour Aline Durant : "Clairement, pour les personnes plus âgées, cela a coïncidé avec le fait aussi de devoir adopter énormément de nouveaux outils. Lorsqu’on commençait auparavant un métier, on évoluait très peu dans son métier. Si ce n’est prendre de l’expérience. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de mobilité d’un travail à l’autre. Et puis le métier en soi évolue énormément au cours d’une vie. Pour des personnes plus âgées, la capacité d’adaptation est de moins en moins grande. Notamment par rapport à tous les aspects de l’informatique, de la digitalisation. Cela va s’accentuer probablement avec l’intelligence artificielle qu’on retrouve très fort au travail comme source potentielle d’anxiété. Parce que ces nouveaux outils peuvent être difficiles à appréhender, et particulièrement quand on est plus âgé."

Concernant la proportion importante des 50 et plus en incapacité de travail depuis plus d’un an, la psychologue du travail pointe un deuxième phénomène qui explique l’augmentation globale de 32% des maladies de longue durée en quatre ans : "C’est très compliqué de retrouver un emploi quand on arrive au-delà de 60 ou 65 ans. L’âge de la pension a également été retardé. Donc ce sont des personnes qui vont rester en incapacité deux ou 3 ans de plus jusqu’à la fin de leur carrière. Ce qui fait qu’avec de nouvelles personnes qui tombent en incapacité, celles qui sont restées dans ce statut vont s’additionner et augmenter les chiffres".

Les indépendants

C’est plus compliqué, qu’il y a quelques années, d’avoir une petite entreprise ou d’être indépendant

Les indépendants sont aussi particulièrement concernés. De 2021 à 2025, le nombre d’entre eux en invalidité pour dépression ou burn-out a bondi de 65%. "Ce nombre a probablement augmenté par rapport à des conditions de travail et des conditions économiques. Aujourd’hui, c’est plus compliqué qu’il y a quelques années d’avoir une petite entreprise ou d’être indépendant. Parce qu’il y a plus de précarisation des conditions économiques. On le voit notamment dans le secteur de l’Horeca par exemple. C’est de plus en plus difficile d’avoir sa propre activité. Il y a aussi eu un travail de déstigmatisation et de prévention auprès des indépendants. Ils acceptent de se dire qu’ils peuvent être arrêtés pour incapacité avant de craquer complètement. Et donc éviter de perdre leur entreprise, leurs conditions de vie".

Selon les chiffres de l’INAMI, les incapacités de travail de plus d’un an découlant d’une dépression ou d’un burn-out ont coûté plus de 2,5 milliards d’euros à l’assurance indemnités en 2024. Cela représente une augmentation de 12% en un an, et de 78% depuis 2019. Preuve en est que les soins de santé mentale sont au centre des préoccupations actuelles.

En revanche, le gouvernement veut remettre davantage de malades de longue durée au travail, avec notamment des contrôles renforcés et une réintégration plus rapide. Une politique critiquée par l’Observatoire des maladies chroniques estimant qu’elle met trop l’accent sur les sanctions, et pas assez sur la prévention et les conditions de reprise du travail.

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