Après la hausse du taux directeur, qu’est-ce qui attend les prêts hypothécaires?
La première hausse en trois ans du taux directeur de la Banque du Canada place bien des détenteurs de prêts hypothécaires en eaux inconnues. Que signifie cette hausse pour ceux qui détiennent une hypothèque à taux variable ? Et en cas de renouvellement, faut-il opter pour un taux fixe ou variable ? Le Devoir fait le point.
Pourquoi cette hausse ?
À la surprise de plusieurs observateurs, la Banque centrale canadienne a rehaussé la semaine dernière son taux directeur, qui sert de référence aux institutions bancaires, pour la première fois depuis mai 2023, le faisant passer de 2,25 à 2,50 %. Une hausse minime qui a pour but de juguler une inflation qui risque d’être gonflée en 2027 par les conflits au Moyen-Orient et la hausse du prix de l’énergie. Mais une hausse tout de même pour ceux et celles qui ont contracté des prêts hypothécaires dans les trois dernières années, à une époque où les taux étaient historiquement bas.
C’est le cas de Guillaume, qui a répondu à l’appel à tous qu’a lancé Le Devoir. L’homme de 34 ans a opté pour une hypothèque à taux variable lors de son renouvellement, il y a quelques mois. « En renouvelant notre hypothèque, je m’attendais à ce que, pendant au moins un, deux ou même trois ans, il n’y ait pas de hausse de taux significative. Quelques mois plus tard, je me retrouve finalement à vivre une hausse du taux directeur. J’ai trouvé ça surprenant », a expliqué le résident de Trois-Rivières, qui a acheté un bungalow avec sa conjointe en 2023.
Plusieurs observateurs prévoient que cette première hausse sera suivie d’autres en 2027. « La Banque du Canada est très inquiète de voir l’inflation se propager dans d’autres secteurs de l’économie. On s’attend à d’autres hausses dans les prochains mois », analyse Daren King, économiste principal à la Banque Nationale.
La prochaine décision de la Banque centrale canadienne sera rendue le 9 décembre prochain.
Quelles sont ses conséquences sur les taux hypothécaires ?
Les prêts hypothécaires à taux variable suivent avec assiduité les variations du taux directeur de la Banque du Canada. Les prêts à taux fixes, eux, sont basés sur les taux obligataires de la banque centrale, qui ont également augmenté dans les derniers mois.
Pour ceux qui ont déjà contracté une hypothèque à taux variable, la hausse se fera sentir dès le prochain paiement, explique Cathy Vachon, courtière hypothécaire chez Multi-Prêts.
Ceux qui possèdent une formule de paiement fixe ne verront pas leur prix augmenter : une plus grande partie de ce paiement servira simplement à rembourser les intérêts du prêt, plutôt que le capital.
C’est dans le cas d’une formule à paiement variable qu’on verra une hausse des coûts. « Pour une hypothèque de 300 000 $ étalée sur 25 ans, on parle d’une hausse d’environ 40 $ par mois », estime Mme Vachon, qui estime que la majorité des propriétaires pourront encaisser cette hausse. « Mes clients sont préparés. Je n’ai pas eu d’appel de panique », raconte-t-elle.
Même si elle ne roule pas à son plein potentiel, l’économie canadienne est en « bonne posture » pour essuyer quelques hausses consécutives, juge l’économiste Daren King.
Quelle stratégie devrait-on adopter pour l’avenir ?
Ceux qui magasinent une propriété devront ressortir leur calculatrice pour inclure dans leur budget un prêt à un taux un peu plus élevé qu’anticipé.
Dans le contexte, il pourrait d’ailleurs être intéressant de réserver immédiatement son taux d’intérêt auprès de son institution bancaire pour se prémunir d’éventuelles hausses, conseille Cathy Vachon. Une fois la préautorisation franchie, les prêteurs permettent en effet de « geler » un taux pour une durée allant de 90 à 120 jours. En cas de baisse, il est toujours possible d’obtenir un nouveau taux plus avantageux.
Pour ceux qui renouvellent leur hypothèque, il pourrait être tentant d’opter pour un taux fixe, plus élevé en ce moment que les taux variables, mais stable par définition. « Pour certaines personnes, c’est une question de sécurité et de paix d’esprit. Pour une jeune famille qui vient d’avoir des enfants, on ne veut pas recalculer ses paiements sans cesse », illustre Cathy Vachon. Elle suggère dans ce cas d’opter pour un terme plus court, de trois ans au lieu de cinq ans, par exemple.
C’est l’option qu’envisage notre lecteur, Guillaume. « Si on souhaite revenir à un taux fixe, c’est quelque chose qui est faisable en cours de route. C’est vers cette option qu’on se dirigerait si les paiements montent à un niveau qu’on ne peut plus contrôler. »
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