La vraie couleur du chef
Les couturiers connaissent l’importance des couleurs et maîtrisent l’art de les agencer. Les politiciens aussi, sauf qu’à trop se colorer pour en découdre, ils sont pour la plupart devenus des caméléons et nous rendent daltoniens. Je m’explique.
À une époque, l’électeur votait bleu ou rouge. Puis des teintes de bleu, un orange solidaire et un vert nature se sont ajoutés. Quelques idées fortes et des promesses d’une couleur visible permettaient à l’électeur de suivre la voie parentale, de bifurquer avec conviction ou de s’offrir la palette des pigments au gré des crises ou des courants politiques.
Quoi de mieux qu’une couleur vive pour le myope face aux demi-teintes, le sourd face aux débats partisans et le nez sensible face à l’odeur de l’urne ? Tristement pour eux, de fins stratèges ont vu le potentiel du prisme de l’arc-en-ciel pour plaire au plus grand nombre, fédérer les jeunes et rassurer les aînés. Désormais, les plateformes électorales en font voir de toutes les couleurs. Les députés délaissent les idées monochromes. Les transfuges se teignent en public. Le bagage que charriait le code couleur a largement disparu, tout comme l’accointance de certains partis avec la gauche ou la droite historique.
Et le référendum ? Il y a des souverainistes dans tous les partis, sauf un. Le citoyen n’y voit plus clair, ou n’observe que du brun tant les couleurs se superposent. Pensez aux pirouettes et aux volte-face des élus concernant leur nationalisme, les seuils d’immigration, les réformes en santé, la taille de l’État ou, mieux encore, le troisième lien.
Peut-être direz-vous : mais pourquoi pas ? Les bonnes idées n’ont pas de propriétaire. Hormis le nostalgique, qui se soucie des couleurs du passé lorsqu’il s’agit de définir l’avenir ?
Vous aurez compris que cette métaphore des couleurs renvoie aux valeurs et aux qualités d’une formation politique, à sa culture, à sa raison d’exister, bref, à son ADN. Face à l’abandon du code couleur, il ne reste que le chef. Seul le chef assure une différenciation visible dans l’environnement actuel. Oubliez les programmes étoffés que peu lisent, les affiches souriantes qui se bousculent sur les poteaux et les slogans simplistes qui amusent. Levons plutôt la tête vers le sommet du pouvoir. Pensons au capitaine appelé à lire les vents pour braver la tempête économique, au chirurgien entouré, mais seul à tenir le bistouri de l’austérité, au pilote isolé dont les mains tiennent le volant identitaire, au rare visionnaire qui voit l’invisible et ressent l’imprévisible qui façonnera la nation.
Cherchons le décideur, le responsable, celui qui ne peut partir jusqu’au jour où il se sacrifie.
La profondeur de l’équipe ? La compétence des députés ? Le dévouement des élus ? Des atouts utiles, voire nécessaires, mais non déterminants. L’engagement n’a pas de couleur. L’intelligence tout comme l’expérience, l’ardeur et l’éthique coexistent dans tous les partis avec l’opportunisme, l’indignité et l’incurie. Appuyer un candidat local, un méritant, en dépit du chef et du parti, relève de la maturité et de l’idéalisme en ce qu’il enrichit la députation d’un talent réel trop souvent marginalisé.
Voter pour un parti, quel que soit le chef, c’est appuyer un amalgame diffus et étêté du meilleur et du pire. Voter pour un chef, un vrai, assujetti à un cycle électoral de quatre ans, tous partis confondus, c’est chercher l’adéquation optimale entre les qualités d’un meneur, les exigences du moment, les risques prévisibles et les problèmes d’aujourd’hui. C’est embaucher le concepteur du labyrinthe, le serrurier qui détient la clé, le bâtisseur qui a des plans et un permis préapprouvés.
La « question de l’urne » ? Il y en a deux. Quelle est la vraie couleur, l’ADN, de chacun des cinq chefs ? Et quelle est la valeur de cet ADN dans le contexte actuel, sur un horizon de quatre ans ? Des feuilles d’arbres inspirantes tout l’été s’étiolent et révèlent d’autres couleurs à l’automne. Attendons au 5 octobre et laissons le climat d’ici nous révéler la couleur du meilleur chef face au froid et aux vents contraires.
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