Disiz dévoile les secrets du succès de ses albums « On s’en rappellera pas » et « L’amour » : « J’ai essayé de me faire comprendre pendant des années et, là, j’y suis arrivé »

Record de longévité en tête des charts avec « Melodrama », disque de platine en juillet et artiste masculin de l’année des dernières victoires de la musique, Disiz connaît un succès fou avec son album « On s’en rappellera pas » qui est dans la continuité du précédent projet, « L’amour », qui avait également cartonné. L’artiste français a fait un crochet par Bruxelles pour revenir sur cette folle année et faire la promo de son concert à l’ING Arena, le 10 décembre.
Salut Disiz. Presque un an après la sortie de l’album « On s’en rappellera pas », quel regard portes-tu dessus ?
Ce qui est compliqué, c’est que j’ai vécu l’envers du décor de cet album là et de l’album d’avant : la construction, comment ça s’est fait, pourquoi, avec qui et comment. Et j’étais assez éreinté. J’ai vraiment beaucoup travaillé, particulièrement pour cet album. Il y a plein de choses connexes à la musique, qui n’étaient pas forcément en rapport, mais que j’ai dû gérer aussi. Donc, j’ai une espèce de recul sur cet album où je suis soulagé des retours, sans même parler du succès. C’est un album qui est costaud, avec des chansons fortes. Et c’est ce que je voulais, comme d’habitude. Particulièrement sur celui-là parce que j’ai souvent raté ce qu’on appelle le « follow up ». C’est à dire quand j’ai eu un succès, l’album d’après fonctionnait moins bien. Mais ce n’est pas qu’une question de fonctionner au niveau des charts. C’est au niveau de me faire comprendre. Et là je pense que j’ai réussi, c’est ça qui me fait surtout plaisir.
Avec du recul, a-t-il des choses que tu changerais sur l’album ?
Oui, je ne mettrais peut-être pas le son « Culpa ». Je le trouve un peu trop anecdotique, pas assez singulier.
Ça faisait des années que tu voulais aussi un peu sortir du rap, faire évoluer ton art. Te sens-tu maintenant pleinement libre artistiquement ?
Ça fait longtemps que je me sens libre. Je n’aurais pas fait Peter Punk (son album rock en 2010, ndlr) si je ne me sentais pas libre. Mais c’est vrai que, avant, j’avais cette envie de liberté, mais je n’avais pas, entre guillemets, les résultats de mes choix de liberté. C’est-à-dire que je faisais un pas de côté, j’essayais puis ça ne fonctionnait pas et du coup c’était bizarre. Maintenant que ça fonctionne, j’ai beaucoup plus de latence dans ce que je propose. Je peux venir avec un son un peu bizarre et, j’en ai tellement fait avant, que ça passe. C’est vrai, tu as raison, c’est un état un peu particulier.
Je parle de ça, car je sais que ça n’a pas toujours été facile au niveau des contrats à respecter avec les maisons de disques. Y a-t-il eu des moments où tu as dû un peu te forcer et ça t’a dégoûté ?
Après « Pacifique » et « Disizilla », je devais un album. Donc j’étais contraint de le faire, parce que c’était contractuel. C’était l’album « L’amour », mais j’ai dit non. Donc j’ai récupéré mes bandes, ainsi que mon contrat et je l’ai sorti tout seul.
J’en reviens à ce changement de style. Sur l’album « On s’en rappellera pas », il y a pourtant plus de moments rap que sur le précédent.
Oui, mais c’est parce que je suis un électron libre et je fais ce que je veux. Pour le morceau « fin », je l’ai mis parce que je rentrais justement de Belgique, j’étais avec des amis et je faisais écouter des maquettes. Il y a quelqu’un qui m’a dit « Whaou ce morceau-là est trop fort, pourquoi tu ne le mets pas ? » J’ai répondu que non, c’était à l’ancienne et il m’a dit « tu t’en fous, tu racontes ce que t’as envie de raconter ». Et, vu que sur l’album je fais une sorte de flashback à un moment, c’est pour ça que j’ai mis ce morceau. Je ne me refuse rien.
Tu connais aujourd’hui un succès dingue avec cet album et le précédent. Comment vis-tu ce phénomène qui arrive plus de 20 ans après le gros succès de ton premier album « Poisson rouge » ?
Je le vis différemment, parce que je suis plus préparé, contrairement à quand j’étais jeune. J’ai pas mal de recul sur ça. Ça me fait kiffer, ça me fait énormément de bien, ça me fait rêver. Et puis il y a un côté accomplissement après tout ce que j’ai essayé de proposer pendant des années où je ne me faisais pas comprendre. Et, là je me suis fait vraiment bien comprendre. Et ça fonctionne avec une collaboration comme « L’amour ». Je suis un artiste solo mais j’aurais aimé faire partie d’un groupe. Ça me fait plaisir quand les réussites sont collectives et c’est pour ça que j’essaie toujours de mettre le collectif en avant. Mais, à l’âge que j’ai, avec tout ce que j’ai vécu, je suis toujours mesuré par rapport à tout ça. J’ai les pieds bien sur terre. Mais ça me fait énormément plaisir, l’un n’empêche pas l’autre.
La recherche du succès depuis « Poisson rouge » était-elle devenue une sorte d’obsession ?
Je me suis toujours construit en défiance. Après mon album « Poisson rouge », j’ai fait l’album « Jeu de société ». Et, pour moi, j’étais dans la continuité parce qu’il y avait beaucoup de storytelling. Mais, à l’époque, la radio et les gens de la maison de disques trouvaient que ce n’était pas dans la continuité. Du coup, cet album a été moins plébiscité. Ce qui était déroutant pour moi, c’est que les succès que j’ai eus, je n’ai pas fait exprès de les avoir. Le morceau « Je pète les plombs », c’était pour une mixtape, je n’ai pas fait exprès.
Après, à chaque fois que j’ai essayé de faire des titres en me disant que ça pouvait fonctionner, ça ne se passait pas. C’est pour ça que, sur « L’amour » et sur « On s’en rappellera pas », j’ai mis une espèce de mur très large entre le studio et tout ce que je peux imaginer qu’on va penser de la musique que je suis en train de faire. Et je suis parti dans quelque chose en mode « moi je le sens comme ça, c’est hyper indie et ça ressemble à rien d’autre ». Parce que j’ai déjà essayé de calculer pour provoquer le succès quand j’étais plus jeune et ça ne fonctionne pas, ou en tout cas pas pour moi. Donc j’ai essayé de me remettre dans un dispositif où je peux avoir des accidents vertueux, essayer des choses, et ça fonctionne.
On a parlé de Disiz qui a changé, mais est-ce que Sérigne (son prénom, ndlr) a changé aussi ?
Oui, je pense. Pas sur tout, il y a des choses qui restent les mêmes. Mais, oui, c’est sûr qu’il y a plein de choses qui ont changé.
As-tu l’impression de vivre une deuxième jeunesse en ce moment ?
Je ne sais pas, ça dépend sur certaines choses. Mais je reste un homme de 48 ans qui est père de famille. J’ai 5 enfants, mon dernier a 10 ans. Et je ne suis pas le genre de père qui va gêner ses enfants parce qu’il vit sa deuxième jeunesse à cet âge-là. Donc, sur certaines choses, oui. Et ce n’est même pas que je vis ma deuxième jeunesse, c’est que je vis ma jeunesse. Enfin, surtout quand j’avais 40 ans. Là ça va, j’ai fait ma crise de la quarantaine. Mais à 20 ans je n’ai pas vécu ma jeunesse, parce que j’étais jeune papa et je me suis marié. Il y a plein de choses que j’ai fait à 40 ans, c’est ce dont je parle dans « L’amour », là où j’ai vécu quelque part ma première jeunesse. Sur « On s’en rappellera pas », c’est la continuité de ça, mais c’est beaucoup plus mature.
Tu parles de tes enfants. Sont-ils intervenus à certains moments pour te conseiller ou apporter une oreille plus jeune et donner leur avis ?
Oui, de fait, car ils sont déjà sensibles à la musique et j’en ai pas mal qui sont artistes donc ils donnent leur avis quand je leur fais écouter, et inversement quand ils ont besoin de mon avis. Oui, c’est sûr que c’est un partage. Mais c’est marrant parce que j’ai l’impression que c’est un procès qu’on me fait alors que je ne cherche pas à toucher un public jeune. Sur l’album, il y a un son avec Kid Cudi qui a trois ou quatre ans de moins que moi, avec Laurent Voulzy qui a plusieurs années en plus que moi, ainsi qu’avec Iliona et Theodora qui sont beaucoup plus jeunes. Mais je m’en fous de leur âge, je vais chercher des artistes que je trouve forts et qui me touchent. Pour moi ce serait suspect de me dire en studio que je vais faire un morceau pour qu’il plaise aux jeunes. C’est bizarre pour moi.
Tu as notamment travaillé cet album avec un concept de concerts que tu appelais « Recherche et développement ». Et tu es d’ailleurs passé par Liège. Comment as-tu eu cette idée de concept et à quel point cela t’a servi ?
Ça m’a servi à fond. J’ai eu cette idée vu que j’ai souvent raté l’après succès d’un album. Je savais qu’on allait m’attendre après « L’amour ». Vu ce nouveau statut, il y avait cette espèce d’appréhension sur le retour. Comme quand Orelsan revient, c’est toujours fou. Mais moi je ne sais pas faire ça. Du coup je me suis dit que j’allais assumer comme d’habitude dans quel état je suis. J’étais en pleine recherche et en plein développement.
Et ça devait passer par la scène et par la musique, parce que je suis fasciné par les groupes de rock des années 70 qui élaboraient des morceaux ensemble en concert. Et c’étaient ces morceaux-là que tu retrouvais sur album. C’est exactement ce que j’ai fait. C’est pour ça que ça a été bénéfique. J’ai pu travailler des arrangements sur scène comme pour « Casting sentimental », par exemple. « Zelda » aussi, qu’on va mettre sur la réédition. Ça m’a permis de travailler dans le réel des titres que j’ai mis après sur l’album. Et ça m’a aussi permis de développer cet album avec mon équipe et, une fois sorti, de retourner sur scène avec ces gens-là. C’est ça qui m’a attiré, plutôt que d’arriver en grande pompe avec un super clip.
Tu as enregistré « Surfeur » avec Laurent Voulzy à Bruxelles, puis tu as le son « fin » avec le Bruxellois Prinzly. Tu viens quand même souvent dans la capitale. Tu as noué des liens avec cette ville ou ce n’est qu’un lieu de passage pour toi ?
Oui, je viens depuis tellement longtemps en Belgique et à Bruxelles que j’ai forcément créé des liens. En tout cas, j’aime toujours me retrouver ici. Il y a un état d’esprit, il y a quelque chose qui n’est pas la France, qui n’est pas pareil, et ça me plaît énormément. Même en concert, les gens se lâchent plus.
Tu prononces le « x » de Bruxelles, on t’embête souvent pour te dire que tu prononces mal ?
Oui, je sais, on m’embête tout le temps et je sais que je le dis tout le temps. D’ailleurs, j’ai un nouveau morceau et je dis encore le « x » de Bruxelles. Mais ça vous énerve vraiment en Belgique ? Pour moi s’il y a un « x », il faut le prononcer, sinon il fallait mettre deux « s » (il rigole, ndlr).
Tu as quitté, il y a maintenant plus de deux ans, ton label « Sublime ». J’avais l’impression que tu préparais la suite de ta carrière en passant plutôt sur de la production. Ce n’était pas le cas ?
Non, pas du tout, je ne préparais pas ma retraite. Si je devais préparer quelque chose de différent pour l’avenir, c’est le cinéma et c’est ce sur quoi je travaille. Le label est mon approche de la musique, c’est continuer à alimenter cet état d’esprit que j’ai toujours eu quand j’ai fait des trucs avec Grems ou mon album au Sénégal. C’est juste essayer de faire des choses singulières et différentes. Et d’avoir une approche différente et de voir ce que ça donne. Sublime continue sans moi, ça existe toujours. Là, peut-être que je vais refaire un label, on va voir. Mais, en tout cas, je ne faisais pas ça pour moi. C’était vraiment pour mettre à profit mon expérience, mes envies, avec des gens que je trouvais compétents, Je ne serai jamais le producteur dans son coin qui gère ses rentes. Je serai toujours actif ou bien je me retirerai pour de bon.
Tu as un peu spoilé la réponse, mais une réédition de « On s’en rappellera pas » est donc bien prévue ?
Oui, on est en train de ficeler ça. Est-ce que ça va être pour début 2027 ou fin 2026 ? On est en train de fixer.
As-tu d’autres projets en préparation, pas forcément dans la musique ?
Oui, mais surtout dans le cinéma. Je travaille beaucoup maintenant pour des choses qui se feront dans 2, 3 ans.
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