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Thursday, October 22, 2026

Démolition partielle de la Canada Malting | « C’est allé trop vite »

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« Je devais voir la première brique tomber. Ce bâtiment-là, c’est une grande partie de ma vie. C’est un coup dur », confie Frédérik Denis, les larmes aux yeux, alors qu’une immense grue sur laquelle il est écrit « démolition » s’active dans les airs.

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L’homme de 36 ans fait partie des nombreuses personnes qui se recueillaient mercredi devant la Canada Malting, après le début des travaux de démolition d’une partie de l’ancienne malterie emblématique de Montréal. L’adepte d’exploration urbaine y était mardi et mercredi, et il y sera peut-être jusqu’à la dernière brique.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Frédérik Denis est très émotif face au démantèlement d’une partie de la Canada Malting.

« Depuis que je suis tout petit, je fréquente le bâtiment et je suis en train de le reproduire en 3D. Je l’ai visité de fond en comble », dit-il.

« C’est allé trop vite. Juste deux semaines, se désole Frédérik Denis. Regarde les arches de briques, c’était magnifique, de l’architecture néo-romane… C’est désolant. Je me demande ce qu’il y aura après. »

Le démantèlement partiel vise le bâtiment de neuf étages et sa façade donnant sur la rue Saint-Ambroise. Selon un rapport d’ingénieur commandé par les propriétaires et reçu à la fin du mois de septembre, il y avait un risque d’effondrement, qui a été confirmé par une contre-expertise demandée par l’arrondissement du Sud-Ouest⁠1.

  • La Canada Malting est située dans la rue Saint-Ambroise, aux abords du canal de Lachine.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La Canada Malting est située dans la rue Saint-Ambroise, aux abords du canal de Lachine.

  • La société Demex, qui assure les travaux, démantèle une partie d’une des bâtisses.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La société Demex, qui assure les travaux, démantèle une partie d’une des bâtisses.

  • La partie qui est visée par les travaux menaçait de s’effondrer, selon un rapport d’ingénieur.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La partie qui est visée par les travaux menaçait de s’effondrer, selon un rapport d’ingénieur.

  • La Canada Malting était un site majeur du patrimoine industriel montréalais.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La Canada Malting était un site majeur du patrimoine industriel montréalais.

  • Des gens affluent devant le site de l’ancienne malterie depuis mardi.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Des gens affluent devant le site de l’ancienne malterie depuis mardi.

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Assurés par la société Demex, les travaux ont débuté moins d’une semaine après que la Ville a délivré un permis « autorisant la déconstruction d’une section de la Canada Malting pour des raisons de sécurité », peut-on lire dans le communiqué de presse publié par l’arrondissement. Les opérations doivent durer cinq jours, suivis du désassemblage et du retrait des équipements.

Pour l’instant, la section avec l’emblématique maison rose perchée dans les airs est préservée. Le consortium de propriétaires assure que la maisonnette – devenue un important symbole montréalais – fera partie du projet de 685 logements appelé La Malterie.

Le groupe se compose notamment de Noam Schnitzer et Luc Poirier, bien connu du grand public et vu dans la série télé Luc le milliardaire ?

Vérification faite auprès de la firme de communication Ryan, les hommes d’affaires s’en tiennent au communiqué diffusé la semaine dernière. Noam Schnitzer y affirme que les travaux sont abordés « avec toute la rigueur et la sensibilité qu’exige ce lieu emblématique ».

« Nous poursuivons le travail afin que la mémoire et l’identité de ce symbole du passé industriel de Saint-Henri occupent une place réelle dans le futur projet La Malterie », indique-t-il. Le projet comprend 20 % de logements sociaux, des espaces communautaires, publics et verts, avec des commerces de proximité, dont une épicerie et une pharmacie.

 « Le panorama ne sera plus jamais pareil »

Chose certaine, les gens du quartier sont très attachés au site de l’ancienne malterie qui s’élève aux abords du canal de Lachine. Mercredi, ils étaient nombreux à prendre des photos, chagrinés de voir une immense grue faisant chuter des amas de briques.

« Ça fait des années que ce n’était pas entretenu. C’est dommage, car cela fait partie de l’histoire de la ville », regrettait Patricia Sweeney, passionnée du patrimoine montréalais tout comme son mari, Marcel Bourque.

« Nous sommes venus hier et nous allons revenir demain. Ça va vite », a indiqué ce dernier. Le couple est soulagé de savoir que les silos en terra cotta – parmi les derniers vestiges de ce système breveté en Amérique du Nord – sont pour l’instant épargnés, de même que la maison rose.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marcel Bourque et Patricia Sweeney ont assisté mardi et mercredi aux travaux de démolition partielle de la Canada Malting.

Aussi croisé devant l’ancienne usine, Alexandre Tremblay, membre du collectif À nous la Malting, qui militait pour « un projet 100 % communautaire et social » sur le site. Il se demande si le « laisser-aller » de la bâtisse était « volontaire ». La démolition est partielle, mais frappante, et permanente, fait-il valoir.

« Le panorama ne sera plus jamais pareil. » Or, il garde espoir d’avoir la collaboration des propriétaires pour la suite des choses. « C’est un lieu important qui représente Montréal. »

L’ancien hôpital chinois sera aussi démoli

Dans le quartier Villeray, un périmètre de sécurité a aussi été érigé cette semaine pour la « déconstruction » de l’édifice du 7500, rue Saint-Denis, l’ancien hôpital chinois, abandonné depuis une trentaine d’années et acheté par la Ville en 2019. Mercredi, une grue était déjà présente et des ouvriers s’affairaient en vue des travaux prévus jusqu’à la mi-février.

« Il y a beaucoup de démolitions ces jours-ci », signale Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques d’Héritage Montréal. Dans le Quartier chinois, la Ville a autorisé la démolition de trois immeubles de la rue Clark.

Il y a une incapacité institutionnelle à veiller sur des actifs immobiliers en carence d’entretien depuis 10 ou 20 ans. Il faut faire des choix, mais on n’a pas de plan pour les justifier.

Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques d’Héritage Montréal

Mme Baillargeon ajoute qu’il y a des mécanismes pour « protéger » des immeubles patrimoniaux, mais pas pour « les développer ». « Il faut passer à une autre étape », dit-elle.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques d’Héritage Montréal, devant l’ancien hôpital chinois.

L’ancienne usine de la Canada Malting est abandonnée depuis 30 ans, mais elle brille encore bien fort dans le paysage montréalais, expose Taïka Baillargeon.

Il ne faut pas sous-estimer le lien émotif que des citoyens ont envers des lieux emblématiques de leur quartier. « Trente ans, c’est une génération. Pour nous, la ruine de la Malting a presque plus d’importance que le bâtiment d’origine, soutient-elle. Pendant qu’il ne s’y passait rien, il s’y passait en fait beaucoup de choses. »

« Les gens doivent pouvoir faire leur deuil », ajoute-t-elle.

1. Lisez l’article « Effondrement potentiel : la Canada Malting pose un danger mortel pour les passants, selon un ingénieur »

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