« Il n’était pas question de charger avec des matraques sur des enfants » : Willy Demeyer dresse le lourd bilan des émeutes à Liège, dans lesquelles 44 policiers ont été blessés et 327 personnes arrêtées

Elles ont démarré le jeudi précédent, le 1er octobre, devant l’école Marie-Thérèse rue Hors-Château où on avait brûlé les premières trottinettes. Le lendemain, le mouvement avait gagné le collège Saint-Barthélemy où des manifestants avaient tenté de pénétrer, ainsi qu’à l’athénée Liège 1. Mais il était alors essentiellement lié aux écoles.

Les réseaux sociaux ont-ils été l’élément clé de ces émeutes ?
Incontestablement. Non seulement ils ont permis aux jeunes de se rassembler de manière improvisée très rapidement et en dehors des canaux captés par la police, mais ils ont aussi attisé les exactions commises.
C’est-à-dire ?
Nous avons intercepté plusieurs messages du style : « Si j’ai cent likes, je mets le feu à cette poubelle ! ». Et on voyait ensuite le jeune le faire et des dizaines d’autres en train de le filmer. Lors de manifestations classiques, chaque membre qui défile est un acteur de sa cause. Maintenant, on assiste à une minorité d’acteurs et une majorité de spectateurs. Tous ces casseurs cherchent en fait à gagner en visibilité sur les réseaux.
Et que faudrait-il faire ?
C’est une nouvelle donne à laquelle nos forces de police doivent s’adapter. Il faut qu’ils y soient plus présents. Mais je réfléchis aussi à une solution plus radicale. Je compte en effet interroger les opérateurs de télécommunication pour savoir s’il serait possible, techniquement, de couper les réseaux sociaux pour une période et dans un secteur déterminé : quelques heures au centre-ville par exemple. Cela leur couperait véritablement l’herbe sous le pied.

Interrogé lundi soir lors du conseil communal, le bourgmestre a dressé le bilan chiffré des émeutes depuis le jeudi 1er octobre jusqu’au samedi 17 octobre, jour de la dernière manifestation en date.
> 327 arrestations :
269 étaient de type « administratif », comme être en possession d’un pavé dans son sac qui pouvait servir d’arme. Dans ces cas-là, il y a prise d’identité, passage de quelques heures dans un combi ou au commissariat et aucune poursuite judiciaire. Mais aussi 58 arrestations de type « judiciaire », comme s’être servi de cet objet pour le jeter sur la police. Le dossier est alors transmis au parquet et l’auteur devra répondre de son acte.
Parmi ces 327 arrestations, on dénonce 171 mineurs d’âge et 156 majeurs. 143 étaient domiciliés sur Liège, 144 dans la région liégeoise, 14 hors de la région liégeoise et 26 dont le domicile restait inconnu.
> 44 policiers blessés :
Si aucun jeune n’a été blessé car le mot d’ordre était de ne pas les charger (comme cela se fait en France), 44 policiers ont par contre été blessés, essentiellement par des jets d’objets. 35 sont des policiers liégeois et neuf proviennent d’autres forces de police. Par ailleurs, la police a également relevé de nombreux équipements abîmés comme des casques et des boucliers, et dix véhicules d’intervention ont été endommagés (dont un sinistre total).
> 43 commerces vandalisés :

Tout le monde a encore en mémoire la démolition des vitrines du Point Chaud, de la Fnac, de l’INNO… Ainsi que le pillage du magasin de jeux vidéo Smartoys, rue de l’Université. La Ville va prendre contact avec eux pour leur proposer leur aide.
> 200.000 € de mobilier urbain :
La Ville a évalué les dégâts sur son matériel urbain à 200.000 €. De très nombreuses poubelles, des bancs, des caméras de surveillance… sont à remplacer. « ll faut savoir que 200.000 €, c’est notre budget annuel pour tout réparer et acheter du nouveau, ajoute Marc Minet, le chef de cabinet du bourgmestre. Il n’y aura donc rien d’autre l’an prochain… »

Mais la Ville n’est pas la seule à avoir connu des dégâts, les abribus du TEC sont gérés par la société Decaux et le TEC lui-même a connu des dégradations et des retards dans les services. Les inventaires sont en cours.
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