Étude | L’aérobie semble faciliter l’apprentissage moteur

L’exercice aérobique effectué avant la pratique d’une nouvelle tâche motrice semble aider à mieux mémoriser et reproduire la précision spatiale ainsi que les trajectoires du mouvement, avec des effets qui semblent plus marqués lorsqu’il est réalisé à haute intensité, indiquent de nouveaux travaux récemment réalisés à Montréal.
Publié à
Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne
L’analyse a aussi révélé que l’exercice aérobique de haute intensité améliore l’apprentissage moteur, peu importe qu’il soit pratiqué avant ou après la tâche motrice.
« Si on fait de l’exercice avant de pratiquer, on va apprendre encore plus que ce qu’on aurait appris si on n’avait pas fait d’exercice », a résumé la chercheuse Nesrine Harroum, qui a réalisé la revue systématique et la méta-analyse avec ses collègues Amanda O’Farrell et Layale Youssef, du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.
Récemment diplômées du doctorat en sciences de l’activité physique de l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal, les trois chercheuses sont aujourd’hui affiliées à l’Université du Québec à Montréal.
Plus spécifiquement, leurs travaux montrent qu’une séance d’exercice aérobique effectuée avant la pratique d’une tâche motrice ― lancer une balle, apprendre une nouvelle pièce au piano, se tenir en équilibre ― améliore plus particulièrement les composantes spatiales de l’apprentissage moteur.
« Si on fait de l’exercice avant ou après l’apprentissage, on peut devenir plus précis dans le mouvement et donc probablement que dans le temps, peut-être qu’on devient plus rapide parce qu’on fait moins d’erreurs dans le mouvement », a dit Mme Harroum.
L’exercice aérobique influence probablement les circuits du cerveau qui sont associés au mouvement, à la précision et à l’exactitude, a-t-elle ajouté, « ce qui mène à une meilleure exécution du mouvement qu’on doit faire et comment l’exécuter ».
L’exercice augmente le flux sanguin au cerveau, a rappelé Mme Harroum, ce qui signifie qu’il fonctionnera plus efficacement et qu’il se trouvera dans un état plus propice à l’apprentissage.
« C’est comme une soupe de substances avec plein de neurotransmetteurs, avec plein de molécules qui vont augmenter l’excitabilité du cerveau, la capacité du cerveau à être stimulé, à s’activer, à se connecter », a-t-elle expliqué.
Leur analyse a aussi révélé des bienfaits particuliers en lien avec l’exercice aérobique de haute intensité, a dit Mme Harroum.
« Peu importe si tu fais l’exercice (haute intensité) avant ou après l’apprentissage de cette compétence motrice, il y a toujours des bienfaits, a-t-elle indiqué. Si on fait un exercice un peu plus intense et qu’on se sent essoufflé et qu’il y a vraiment de l’intensité qui va engager les muscles, c’est là que ça va devenir vraiment bénéfique pour l’apprentissage. »
De manière encore plus étonnante, une séance de vélo stationnaire un peu intense, qui sollicite évidemment les muscles des jambes, pourra favoriser l’apprentissage d’une nouvelle pièce au piano, un exercice qui sollicite des muscles complètement différents, a-t-elle dit.
« Les muscles de la main vont bénéficier de la neuroplasticité », a-t-elle expliqué.
Les implications cliniques du phénomène, par exemple pour des gens âgés qui auraient besoin de réadaptation après un accident vasculaire cérébral, restent à déterminer puisque la méta-analyse a porté sur des sujets âgés de 18 à 40 ans.
Il faudrait par exemple envisager de moduler l’intensité de l’exercice, a conclu Mme Harroum, pour le rendre accessible à des populations plus fragiles.
Les conclusions de cette analyse ont été publiées par la revue scientifique Neuroscience and Biobehavioral Reviews.
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