Après les mi-mandat, des turbulences à prévoir dans la relation États-Unis–Israël

Dès son discours de victoire, mardi soir, le sénateur désigné du Michigan, Abdul el-Sayed, y est allé d’un message clair, donnant le ton sur l’avenir de l’aide américaine à Israël.
Nous voulons que nos impôts soient dépensés ici, pour des écoles ici, pour des soins de santé ici et pour des infrastructures ici. Nous ne voulons pas que notre argent soit envoyé pour faire de l'apartheid, du génocide ou de la guerre
, a déclaré celui qui venait de devenir le premier sénateur de confession musulmane de l’histoire des États-Unis.
L’élu, dont les vives critiques à l’endroit d’Israël lui ont valu des attaques, y compris à l’intérieur de sa propre famille politique, fera son entrée au Congrès en janvier avec plusieurs autres démocrates qui n’ont pas caché leur intention de mettre fin à l’appui des États-Unis à l’État hébreu.
Le débat public sur Israël aux États-Unis, qui a déjà connu une évolution très marquée ces dernières années, va, à mon avis, devenir encore plus critique et toucher davantage d’électeurs américains, à mesure que ces voix critiques accèdent à des postes importants au Congrès
, estime Dov Waxman, professeur de sciences politiques à l’Université de Californie à Los Angeles.
Déjà en juillet, une centaine d’élus démocrates à la Chambre avaient voté en faveur d’une motion qui aurait mis fin à une aide de plus de 3 milliards de dollars américains. Mardi, le jour même du vote des élections de mi-mandat, Donald Trump a annoncé mettre fin d’ici la fin de l’année au programme d’aide qui était au cœur de ce vote.
Le président, qui affirme s’être entendu avec le premier ministre israélien, juge que son partenaire est désormais assez solide financièrement pour assumer ses besoins. Mais Donald Trump a aussi admis vouloir chercher à éviter les critiques de ses adversaires démocrates.
Avec le résultat du scrutin de mardi, Dov Waxman croit par exemple que le projet de loi Ban the Bombs, qui a pour but d’imposer un embargo partiel sur les ventes d’armes destinées à Israël, a d'autant plus de chances d’être adopté au Congrès lorsque la Chambre et le Sénat seront sous le contrôle démocrate. Le président Trump aura toujours le pouvoir d’y opposer son veto.
Je pense qu’il y aura beaucoup plus de questions soulevées à propos de la manière dont l’argent des contribuables américains soutient l’armée israélienne.
Kobby Barda, chercheur au Holon Institute of Technology en Israël, croit pour sa part que, compte tenu de l’opinion publique quant à la guerre à Gaza, les dirigeants démocrates devront montrer à leurs électeurs qu’ils font pression sur Israël et tentent de résoudre la question palestinienne
.
Mais il offre une nuance quant au poids des voix les plus critiques d’Israël au sein du caucus démocrate. Bien sûr, il y aura un impact avec l’arrivée d’Abdul El-Sayed et d’autres au Congrès. En même temps, comme la marge de victoire est si importante, ils (les dirigeants démocrates) n’ont plus besoin de dépendre d’eux
pour s’assurer d’avoir une majorité dans l’adoption de projets de loi.
Des critiques chez les républicains aussi
Un sondage mené par la firme Gallup, publié en février 2026, montrait une chute de l’appui du public américain à Israël depuis le début de la guerre à Gaza en 2023, qui a suivi l’attaque du 7 octobre du Hamas.
Questionnés à savoir s’ils étaient plus sympathiques à l’endroit des Israéliens ou des Palestiniens, seuls 36 % des Américains sondés choisissent la première option, alors qu’ils étaient 64 % en 2018.
Toujours selon Gallup, chez les républicains, cet appui aux Israéliens demeure majoritaire, mais a glissé de 86 % à 70 % au cours des six dernières années.
Le seul enjeu bipartisan aux États-Unis en ce moment est la critique d’Israël
, a déclaré au réseau CNN Michael Oren, un ancien ambassadeur israélien à Washington.
Mercredi, dans une longue publication visant à expliquer la défaite électorale de la veille, le vice-président J.D. Vance a identifié la guerre en Iran et la relation à Israël comme étant deux facteurs centraux pour expliquer la défaite de son parti.
Vance croit que le sentiment au sein du Parti républicain est contre Nétanyahou. Pourquoi? Parce que la manière dont ils voient les choses, c’est Nétanyahou qui a entraîné Trump dans la guerre contre l’Iran et c’est pourquoi ils ont perdu les élections.
Depuis plusieurs mois, des personnalités républicaines, comme l’ancien animateur de Fox News Tucker Carlson, critiquent ouvertement la relation américano-israélienne.
L’avenir de Nétanyahou
Selon Kobby Barda, historien et chercheur au Holon Institute of Technology le contexte politique américain représente donc une mauvaise nouvelle pour le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui avait mis tous ses œufs dans le même panier
, en se collant à Donald Trump.
Après les élections israéliennes du 27 octobre, la coalition menée par Benyamin Nétanyahou a terminé en tête, mais sans franchir le seuil des 61 sièges à la Knesset, le Parlement israélien, qui lui permettraient de former un gouvernement majoritaire.
Kobby Barda estime qu’en pleine période de négociations post-électorales, le premier ministre sortant, qui a longtemps cultivé l’image d’un politicien ayant de l’influence à Washington, se trouve affaibli.
Vous pouvez voir que même les membres les plus modérés de la Chambre ou du Sénat seront prêts à sacrifier Nétanyahou pour maintenir des liens avec Israël
, prédit-il.
Jared Kushner et les enquêtes
Autre joueur clé au Moyen-Orient qui pourrait subir les contrecoups de l’élection de mardi : Jared Kushner.

L'envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, Steve Witkoff (au centre), entouré de Jared Kushner (à gauche) et d'Ivanka Trump, s'adresse à la foule sur la place des Otages, le 11 octobre 2025, à Tel-Aviv, en Israël.
Photo : Getty Images / Chris McGrath
Le gendre de Donald Trump, qui n’occupe aucune fonction officielle au sein de l’administration, a souvent été dépêché aux côtés de Steve Witkoff, envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, pour jouer le rôle d’émissaire de Donald Trump, que ce soit pour la guerre en Ukraine, ou encore au Proche-Orient. Proche de Benyamin Nétanyahou, Jared Kushner est aussi membre du Conseil de la paix, l’organisme créé par le président Trump pour la gestion de la bande de Gaza.
Le professeur de sciences politiques Don Waxman prédit notamment des enquêtes des élus sur le rôle des États-Unis à Gaza, ainsi que Witkoff et Kushner
. Le Congrès a le pouvoir de supervision et il va l’utiliser
, assure-t-il.
Les relations d’affaires de Jared Kushner, dont la firme d’investissement a des intérêts dans différents pays du Moyen-Orient, dont Israël et l’Arabie saoudite, pourraient se retrouver sous la loupe du Congrès.
Le tremblement de terre qui a secoué les États-Unis mardi aura des secousses au-delà du territoire américain.
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