Une partie de l’exceptionnel plafond du Sénat retrouve dorures et couleurs en vue d’une restauration totale

Entrer dans l’hémicycle du Sénat, c’est inévitablement être frappé par la grandeur et l’élégance du plafond de la coupole. Impossible de ne pas admirer la décoration, ornée de feuilles d’or, des blasons des provinces et de beaucoup d’autres éléments qui font écho à l’histoire du pays.
Cependant, ces ornements qui remontent au 19e siècle ont perdu une partie de leur éclat d’antan. Alors, depuis le début du mois d’août, un échafaudage est érigé dans l’hémicycle.
A son sommet, sur une plateforme, des experts en restauration sont au chevet d’une partie du plafond exceptionnel. "C’était très sale, très gris. Nous avons d’abord tout dépoussiéré à l’aspirateur, puis nettoyé avec un coton-tige et de l’eau pour retrouver la couleur d’origine", explique Nancy Landeghem, l’une des restauratrices indépendantes à l’œuvre sous la coupole. A présent, "je fais des retouches. On corrige les petits défauts pour leur redonner leur couleur d’origine", poursuit-elle, palette et pinceau à la main. "Nous utilisons de l’argent véritable pour la reconstitution des armoiries, car l’argent était oxydé et nous ne pouvions pas le restaurer à son état d’origine", explique-t-elle. "Pour les dorures, la feuille d’or, était en bon état. Il y a quelques petites retouches à faire, mais nous les faisons à la peinture acrylique", précise la restauratrice.
Un triple objectif
Au cours des quinze dernières années, des études ont été réalisées pour jalonner le travail de restauration et de conservation de l’hémicycle du Sénat.
Depuis cet été, c’est un projet d’envergure qui a démarré, sous la houlette de Sophie Wittemans, la conservatrice du patrimoine artistique du Palais de la Nation, l’édifice qui rassemble la Chambre et le Sénat. Un bureau d’architecte a aussi été engagé.
Les travaux de rénovation et de restauration actuels portent sur un segment du plafond.
L’objectif des travaux en cours est triple. "On voulait d’abord avoir un constat d’état, le nez sur le segment, parce qu’on a fait des photos par drone, on a fait beaucoup d’études, mais personne n’avait jamais mis ses mains autour d’un ornement pour voir s’il tenait vraiment bien", explique Sophie Wittemans, déjà rassurée sur ce point.
Ensuite, poursuit-elle, il s’agissait "d’essayer de voir comment le restaurer ou comment le nettoyer". "On avait déjà compris que c’était fort sale, mais il y avait peut-être d’autres choses. Il fallait peut-être tout repeindre, on ne savait pas. Et donc là, le test sur un segment vise à établir le constat d’état, mais aussi des techniques à utiliser", ajoute la conservatrice. Enfin, ce travail sur une partie du plafond doit permettre d’envisager la suite des travaux. "Comme tout ça est documenté à la minute près, on va pouvoir faire une estimation budgétaire de ce que coûterait la restauration de l’ensemble", explique Sophie Wittemans.
Ces travaux sur ce premier segment du plafond s’achèveront dans quelques semaines avec l’espoir, dans le chef de la conservatrice du patrimoine, qu’on puisse poursuivre le travail prochainement. "Si jamais on refait la totalité de l’hémicycle, ça devra probablement se faire une année d’élection quand on a un peu plus de temps entre la fin des travaux parlementaires et la rentrée parlementaire", explique Sophie Wittemans, puisque les travaux doivent se faire lorsqu’il n’y a pas d’activités dans l’hémicycle, comme c’est le cas actuellement.
© RTBF
Un patrimoine exceptionnel
Ce plafond, c’est l’un des "joyaux du patrimoine, non seulement belge, mais même européen et international", explique Sophie Wittemans.
Selon elle, il y a peu de plafonds de ce type dans des hémicycles parlementaires. "J’ai visité pas mal d’hémicycles, mais alors qu’ils sont généralement ornés de peintures et de sculptures, les plafonds sont souvent des plafonds à caissons avec des rosaces dedans ", explique la conservatrice. Par exemple, l’hémicycle de la Chambre des Représentants, dans l’autre partie du Palais de la Nation, n’a rien de commun avec l’extravagance du Sénat.
L’hémicycle du Sénat date de 1849. Avant cette date, les Sénateurs se réunissaient dans un salon. Dans un premier temps, le Sénat a été construit en s’inspirant de la Chambre des Représentants. "C’était un hémicycle totalement blanc, mais avec déjà toutes les sculptures en place", explique Sophie Wittemans. "Puis le goût a changé en 1863 il a fallu tout mettre en couleur, c’est-à-dire tout dorer à la feuille d’or avec trois teintes d’or différentes et puis peindre les blasons et d’autres petits éléments et cette partie-là elle est conservée telle qu’elle", poursuit la conservatrice du patrimoine du Palais de la Nation.
Armoiries des provinces belges, monogramme du roi Léopold Ier, couleurs et dorures, tout cela est encore bien visible de nos jours et témoigne du travail de nombreux artistes.
Détail du plafond du Sénat. © RTBF
On peut dire que presque rien n’a changé dans ce Sénat depuis 1863. Toutefois, en 1902, devenu trop petit, le Sénat a été agrandi pour faire de la place à un nombre plus important de sénateurs. C’est l’architecte Gédéon Bordiau, qui s’était déjà illustré du côté du Parc du Cinquantenaire, qui a été chargé de cet agrandissement. "Ils ont dû déplacer les tribunes, mais aussi allonger la coupole ", explique Sophie Wittemans, "avec un tel respect du patrimoine qu’on ne voit pas la différence entre les deux parties ". "Ce chantier de Bordiau est intéressant aussi parce que c’est la première fois en Belgique qu’on utilise dans un bâtiment public la technique du béton armé, parce qu’il fallait que ça aille très vite", précise la conservatrice.
Un autre changement intervenu au niveau du plafond remonte à 1960. Il a fallu à ce moment-là inscrire en néerlandais le nom des provinces flamandes. C’est probablement la seule fois, avant cet été 2026, qu’un échafaudage a été érigé dans l’hémicycle.
Un lieu chargé d’histoire
Aujourd’hui, le segment du plafond du Sénat qui fait l’objet des travaux de rénovation, est celui qui est consacré à la Province de Luxembourg. "Ce blason était particulièrement en mauvais état. Il était un peu plus sombre d’ailleurs que les autres", confie Vincent Blondel (Les Engagés), l’actuel Président du Sénat.
Pour la petite histoire, plusieurs gouverneurs de la Province de Luxembourg s’étaient déjà plaints auparavant auprès de précédents présidents de l’assemblée du manque d’éclat du segment du plafond consacré à leur entité.
Dans l’hémicycle, les bustes, les sculptures, les peintures sont les témoins de l’histoire de Belgique. Sous les dorures du plafond, des pages de l’histoire ont aussi été tournées. Par exemple, "c’est ici qu’ont été condamnés à mort par un tribunal militaire allemand en 14-18, une série de nos compatriotes", rappelle Vincent Blondel. "On voit l’histoire de la Belgique aussi se dérouler sous nos yeux avec tout ce patrimoine que nous avons ici au Palais de la Nation", ajoute le Président du Sénat.
Les armoiries de la Province de Luxembourg en cours de restauration. © RTBF
Paradoxe d’une rénovation sur fond de disparition du Sénat, en tant qu’institution politique
Paradoxalement, si certains se préoccupent de la sauvegarde du patrimoine historique et artistique que représente le Sénat, ce dernier devrait prochainement perdre son rôle politique au sein de la Belgique fédérale. Les partis de la coalition Arizona se sont en effet entendus sur la suppression du Sénat. Cet été, la Chambre a approuvé en séance plénière la révision de l’article 195 de la Constitution qui ouvre la voie à cette suppression.
Serait-ce pour autant une raison de ne pas envisager la poursuite des travaux de restauration de l’hémicycle du Sénat ? "Il faut se rendre compte qu’un hémicycle comme celui-ci, est utilisé pour de très nombreux usages", réagit Vincent Blondel, le Président du Sénat. "Nous recevons ici, pas seulement des séances plénières du Sénat, mais également le Parlement Jeunesse, le Parlement du Benelux, des activités de l’OTAN, des colloques, des séminaires, des réunions. Et donc, il y a 30.000 personnes qui passent, et pas seulement des sénateurs, 30.000 personnes qui passent chaque année par ce Sénat, par cet hémicycle du Sénat", ajoute-t-il. "Ce sont tous des éléments qui contribuent aussi à la visibilité, à la reconnaissance, au positionnement belge, international et national. Et donc ces événements-là doivent pouvoir se poursuivre", estime-t-il. "Indépendamment d’une évolution future du Sénat, il est légitime, bien sûr, de maintenir ce patrimoine unique", poursuit Vincent Blondel, convaincu qu’il faut poursuivre le travail de rénovation entamé il y a plus de 10 ans autour de ce lieu chargé d’histoire. "On voit toute cette histoire qui est la nôtre et quel que soit le devenir du Sénat, cette histoire, elle fait partie de nous ", ajoute Vincent Blondel, rappelant que le Sénat -comme d’ailleurs l’ensemble du Palais de la Nation- est un lieu accessible au public, que ce soit pour des visites ou assister à des séances politiques.
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