Lisez vous le belge ? : rencontre avec Sébastien Guaietta, auteur de la région

Sébastien Guaietta n’a pas toujours rêvé d’écrire. C’est vers 25-26 ans qu’il commence à lire vraiment, puis à griffonner quelques textes qui n’aboutissent à rien. Le confinement lié au Covid lui donne le temps et l’élan nécessaires pour se lancer dans un projet plus ambitieux. Il retravaille son manuscrit et finit par l’envoyer à des maisons d’édition.
"On envoie des manuscrits à 20, 30 maisons d’édition. Parfois, on a une réponse disant qu’on a lu le manuscrit mais que finalement, il ne correspond pas à leur ligne éditoriale." Mais Sébastien persiste, et une réponse positive finit par arriver. " À un moment donné, on a une réponse positive et finalement, on y croit à peine. "
Un polar ancré dans la région, publié par une maison d’édition locale
Pour " 4H ", Sébastien Guaietta tenait à travailler avec un éditeur de proximité. C’est ainsi qu’il se tourne vers les éditions " Être vu pour être lu ", installées à Chapelle-lez-Herlaimont, à quelques kilomètres de chez lui.
Le roman lui-même s’ouvre sans détour sur un meurtre brutal, celui d’une dame âgée. L’enquête de police qui s’ensuit constitue la trame principale, mais l’auteur insiste : " On ne doit pas résumer un polar noir au meurtre. Il y a beaucoup de choses à côté." Parmi les thèmes abordés, on trouve la société contemporaine, les manifestants, les migrants, et une présence symbolique du sang tout au long du récit. Le dark web, lui, joue un rôle central dans l’intrigue.
Le dark web expliqué : une face cachée d’internet
Pour décrire le dark web, Sébastien Guaietta propose une image parlante. " C’est un peu comme un iceberg. Toute la partie immergée, c’est là où tout le monde va. Et ensuite, il y a le dark web, c’est une partie cachée du net qui est difficilement accessible." Il faut installer des logiciels spécifiques pour y accéder, et les risques sont nombreux. C’est là que circulent armes, réseaux terroristes et contenus pédophiles. L’auteur précise d’ailleurs qu’il n’a jamais tenté d’y pénétrer lui-même.
Quant au titre, 4H, il reste volontairement mystérieux. "On va le retrouver à chaque meurtre. Il va y avoir à chaque fois une indication, soit sur le cadavre, soit à côté. Et c’est un peu le fil rouge du récit."
Être auteur belge : entre invisibilité et passion
Derrière l’auteur se cache un instituteur primaire qui jongle entre sa classe et son clavier. "En fait, on ne survit pas. On laisse aller les choses." Sébastien Guaietta est lucide sur la réalité du marché littéraire belge, souvent éclipsé par la production française. Il participe à des salons, rencontre des lecteurs, et avance sans certitude. " Soit j’en écris un autre, soit je disparaîtrai tout simplement, c’est ainsi que ça se passe. "
L’opération " Lisez-vous le belge ? " lui offre une visibilité bienvenue, mais il y voit aussi un paradoxe. "Le plus triste, c’est qu’une campagne comme ça existe. En fait, elle ne devrait pas exister." Pour lui, les auteurs belges méritent une reconnaissance qui ne devrait pas dépendre d’initiatives ponctuelles. Écrire un roman, rappelle-t-il, c’est trois à quatre ans de travail. "Parfois, on ne cherche pas les honneurs, on ne cherche pas la gloire. Parfois, on a besoin d’être reconnus un peu."
Instituteur et passeur de lecture
Dans sa classe, l'instituteur s’efforce de transmettre le goût de lire, même si la tâche est ardue. "Dans une classe de 20 élèves, on a toujours 4-5 qui lisent, mais les autres, si on ne les pousse pas à lire avec l’école, c’est vraiment très compliqué." L’essentiel, selon lui, c’est de lire, peu importe le sujet.
Pour l’instant, aucun nouveau projet d’écriture n’est en cours. Mais "4H" est disponible dans toutes les librairies. Un roman belge, sombre et haletant, à découvrir en ce mois dédié à la littérature de chez nous.
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