Les Houthis veulent «pousser les Saoudiens dans l’impasse»
Pris en étau entre les attaques de l’axe pro-iranien contre ses infrastructures et la menace croissante sur ses routes maritimes, l’Arabie saoudite voit ses marges de manœuvre se réduire. En parallèle, Riyad voit Washington et les Houthis du Yémen « rouvrir un canal de négociations ». Le royaume semble plus que jamais « coincé », selon un expert.
Riyad, allié du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, est depuis début septembre la cible de frappes houthies d’envergure, dans un conflit qui s’est réveillé en juillet, ouvrant un nouveau front dans la guerre régionale.
Après des attaques de drones lancées par des factions pro-iraniennes basées en Irak, les autorités saoudiennes ont annoncé, vendredi dernier, la fermeture temporaire de l’oléoduc Est-Ouest, la seule voie qui permettait au Royaume d’exporter son brut sans passer par le détroit d’Ormuz, verrouillé par Téhéran.
Les Houthis, soutenus par l’Iran, contrôlent désormais le détroit Bab el-Mandeb, par lequel transitent les barils saoudiens expédiés vers l’Asie, après s’être emparés vendredi du port de Mokha et de l’île de Mayyoun.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, voit ainsi ses options d’exportations de plus en plus limitées.
« C’est en ce sens qu’on peut comprendre maintenant que les Houthis du Yémen veulent couper [les voies de contournement] saoudiennes et pousser l’Arabie saoudite dans l’impasse », souligne Sami Aoun, directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand.
L’Arabie saoudite cherche des alliés
Après une fragile trêve négociée en 2022, à la suite d’une longue guerre entre les deux camps, les combats entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthis ont repris de plus belle en juillet. Au moins 125 000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis le début du mois de septembre, selon le bureau des affaires humanitaires des Nations unies.
Les derniers développements ont encore fait grimper les cours du pétrole. Le Brent s’échangeait mercredi à un peu moins de 106 dollars le baril, en légère baisse, mais toujours bien plus haut qu’avant le début du conflit.
Dans ce contexte, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane multiplie les contacts diplomatiques.
Il s’est rendu mardi en Égypte, pays qui craint de voir fondre ses revenus tirés du canal de Suez en raison des menaces sur le trafic à Bab el-Mandeb. Il a appelé, aux côtés du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, à « garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime » en mer Rouge.
Toutefois, « il semble que les Égyptiens sont très prudents, même récalcitrants à s’engager dans cette guerre », affirme M. Aoun, réitérant que l’Arabie saoudite est « coincée ».
Donald Trump sur la retenue ?
Riyad tente également d’obtenir le soutien des États-Unis. Selon le média américain Axios, Mohammed ben Salmane a demandé au président américain d’ordonner des frappes contre les Houthis, une demande à laquelle Donald Trump a refusé de donner suite.
Au grand dam de Riyad, les Houthis « ont rouvert un canal de négociations avec les Américains », note M. Aoun.
Une réunion entre des responsables américains et des représentants des rebelles chiites s’est effectivement tenue dimanche à Mascate, la capitale d’Oman, selon Reuters. Au cours de cette rencontre, les Houthis ont assuré aux responsables américains qu’ils n’avaient pas l’intention d’attaquer les navires américains ni les navires israéliens.
Pour Sami Aoun, Donald Trump cherche ainsi à éviter une nouvelle escalade avec les Houthis, qui pourrait entraîner un blocus total du détroit de Bab el-Mandeb, et fragiliser davantage ses appuis politiques à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis.
« Ce n’est pas le moment d’ouvrir un autre théâtre, qui est celui de Bab el-Mandeb », affirme l’expert. « Trump est engagé dans une course électorale [déjà] très risquée pour le parti républicain. »
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