Connaissez-vous votre libraire par son nom?
Et vous, appelez-vous votre libraire par son p’tit nom ? Si oui, vous n’êtes pas seul : 59 % des clients connaissent le patronyme d’un travailleur de leur librairie. Une étude de l’Association des libraires du Québec (ALQ), lue en primeur par Le Devoir, révèle les forces et défis ainsi que l’importance de ces commerces, entre retombées économiques et défense du livre d’ici. Conclusions ? Les librairies indépendantes du Québec résistent encore et toujours, et s’imposent comme des refuges de culture québécoise, de discussions et de liens humains.
« Partout dans le monde, c’est difficile pour la librairie indépendante. Au Québec, envers et contre tout, le secteur est en progression », observe le spécialiste des secteurs du livre canadien et prof à l’Université Queen’s, Julien Lefort-Favreau. « Il me semble qu’on gagnerait à cultiver ça, non ? »
Selon lui, cette étude sur les retombées économiques, culturelles et sociales des librairies indépendantes au Québec, rédigée par MCE Conseils pour l’ALQ, était nécessaire, « car il fallait des données à jour. Les mutations dans le milieu du livre se font maintenant très vite ».
L’ALQ tenait de son côté à remplacer « les impressions sur les librairies par des données », comme l’a précisé la présidente de l’ALQ, Laurence Monet, de la librairie Monet, « surtout en cette période préélectorale. »
C’est pourtant l’image qu’on se fait de la librairie indépendante qui est confirmée là.
On lit que cette librairie type est un petit commerce, « souvent l’équivalent d’un grand appart 7 ½ », illustre Julien Lefort-Favreau. Un commerce qui va au-delà de sa mission et qui embrasse un rôle de médiateur culturel et de promoteur de la littérature québécoise.
Loin des algorithmes et des suggestions automatiques, ces librairies travaillent, en analogique, la découvrabilité des œuvres québécoises par la discussion, la connaissance de la littérature et des goûts de leurs clients.
Grâce aux conseils d’un libraire, 83 % des clients répondants ont découvert un auteur, un livre ou une maison d’édition québécoise.
À peu près 50 % des ventes dans les librairies indépendantes sont des livres québécois, autant du côté de la vente au détail que des ventes aux écoles et aux bibliothèques.
De plus, 80 % de ces commerces organisent des événements : lancements de livres, rencontres d’auteurs ou heures du conte.
Vivre d’amour et de livres frais
Pour Laurence Monet, on voit là « que les librairies ne sont pas des commerces comme les autres. L’amour que les librairies indépendantes suscitent et la fragilité du réseau sont tout particuliers ».
C’est effectivement un commerce de peu de profits : la moyenne des marges est de 3,6 %. Et 23 % des librairies répondantes considèrent leur situation financière comme fragile.
« C’est difficile de professionnaliser le métier avec des marges si minces, qui ne permettent pas d’augmenter les salaires », observe Julien Lefort-Favreau. En moyenne, les libraires indépendants gagnaient 19 $ de l’heure en 2025, et les directeurs de librairie, 29 $ de l’heure.
Pourtant, « le métier demande une connaissance générale étoffée, renchérit Laurence Monet, pour pouvoir bien conseiller petits et grands. » Il y faut des gens curieux, érudits, et un iota psychologues.
« Ce commerce, poursuit Mme Monet, est celui où on crée des liens ; avec le client, avec les bibliothèques, avec les écoles. »
« On génère de l’amour pour la lecture, pour les livres d’ici, par l’accompagnement et les conseils personnalisés. La librairie reste un lieu de culture accessible. On peut y flâner, acheter juste un bouquin », poursuit-elle.
Le commerce, entre les lignes
Julien Lefort-Favreau juge « utile de quantifier l’impact économique direct et indirect sur l’achat local, comme l’étude le fait. On voit que la librairie indépendante est un commerce important dans une ville ».
Tous les répondants à l’étude dépensent dans les commerces avoisinants quand ils visitent une librairie indépendante. De petits montants, au café ou au resto à côté. Ou, dans 16 % des cas, 100 $ et plus. Plusieurs clients visitent les librairies en dehors de leur quartier, et celles d’autres villes.
« La libraire créée, par l’attractivité culturelle, une espèce d’écosystème. C’est un levier pour l’économie locale », précise M. Lefort-Favreau.
Les librairies indépendantes génèrent près de 300 M$ de revenus annuels, dont 262 M$ en ventes de livres neufs, lit-on. Elles contribuent à hauteur de 225 M$ au PIB du Québec et 3000 emplois y sont liés.
Cette étude a été nourrie par 82 librairies indépendantes, soit 60 % du réseau, et est doublée d’une enquête menée auprès de 1164 volontaires parmi leurs clients.
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