« Mon ex-ami Elio était bien sûr au courant. Nous avions une stratégie... » : Luc Joris, ancien proche de Di Rupo, auditionné à la Chambre suite aux révélations explosives de Sudinfo

Rédacteur en chef adjoint de Sudinfo
Suivre Sudinfo sur GoogleMoment surréaliste ce mardi matin en commission « Mobilité » de la Chambre. L’ordre du jour portait en réalité sur un seul fait : l’audition de Luc Joris devant les députés. Luc Joris, c’est cet ancien proche d’Elio Di Rupo que ce dernier avait désigné comme administrateur, au nom du PS, dans de multiples structures publiques comme la SNCB, la SRIW (devenue Wallonie Entreprendre) ou encore la FN Herstal. L’homme était entendu à la suite de la publication par Sudinfo, le 30 mai dernier, d’une grande enquête intitulée « Soupçons de corruption, magouilles et petits arrangements : les enregistrements explosifs d’un proche d’Elio Di Rupo ».
Le « docteur » Luc Joris, comme il aime le répéter à l’envi, faisait donc face aux députés. Une scène surréaliste où l’homme, suffisant et arrogant, a livré un récit pour le moins confus. Menaçant – « Si je suis interrompu toutes les deux minutes, je m’en vais, c’est clair ? », « Vous êtes en retard », adressé à des députés… –, l’ancien administrateur a rappelé divers faits le concernant, notamment son inculpation dans l’affaire « Dragone » en 2015, qui a débouché sur un non-lieu en 2023. Mais il a néanmoins, très brièvement certes, abordé un volet important de l’enquête de Sudinfo, à savoir le dossier « Ogeo », du nom de ce fonds de pension liégeois. « On m’a demandé si je pouvais m’occuper d’un dossier Ogeo-Resa », a-t-il confirmé. Et d’ajouter : « Des échanges de courriers entre Resa (intercommunale liégeoise de gaz et d’électricité) ont eu lieu. Mon ex-ami Elio était bien sûr au courant. Nous avions une stratégie pour tirer les choses en longueur. » Luc Joris a enfoncé le clou à propos de ses liens avec l’actuel député européen : « Je pense avoir été d’un soutien important pour lui durant 35 ans. »
Des... cassettes d’intelligence artificielle
Quant aux enregistrements divulgués, pour lui, il s’agit de « cassettes » (vous lisez bien) avec « de l’intelligence artificielle », destinées à le « faire chanter ». On a également eu droit à la grande théorie du complot selon laquelle les services secrets voulaient le faire taire à la suite d’un obscur podcast enregistré dans la foulée de l’enquête de Sudinfo. Et alors qu’il allait être soumis à un feu nourri de questions de députés, Luc Joris a lâché devant une assemblée stupéfaite : « Maintenant, j’ai assez parlé, je m’en vais. » Stupéfiant, vous disait-on. Précisons que des enquêtes judiciaires sont en cours et que des plaintes ont été déposées, notamment par Elio Di Rupo, qui nie en tout point les éléments avancés par Luc Joris.
Rappelons le contexte : Sudinfo a mis la main sur six enregistrements, datant de 2023 et 2024, dans lesquels Luc Joris se livre sans retenue. Il évoque ainsi l’année 2014, lors d’une perquisition à son domicile de Wezembeek-Oppem, où il avait réussi à prendre la fuite en pyjama, emportant notamment ses téléphones et de l’argent. Dans les enregistrements, il revient lui-même sur cet épisode et assure que les enquêteurs n’avaient rien pu trouver de compromettant. Il affirme notamment qu’Elio Di Rupo lui aurait toujours recommandé de ne jamais parler de certaines choses au téléphone.
Je pense avoir été d’un soutien important pour lui (Elio Di Rupo, NDLR) durant 35 ans
Mais Luc Joris va beaucoup plus loin. Ancien administrateur de la SNCB, il raconte avoir joué un rôle dans la vente, en 2012, de terrains d’Eurostation à la banque Optima pour le projet des Queen Towers à Gand. Selon ses propres déclarations, les terrains auraient été cédés 100 euros le mètre carré sous leur valeur, différence qu’il devait ensuite « récupérer » dans la construction. Il évoque ainsi quelque deux millions d’euros qu’il n’aurait finalement jamais perçus après la faillite d’Optima.
Di Rupo - Marcourt - Moreau
Le volet le plus explosif concerne toutefois Liège, Nethys et le fonds de pension Ogeo. En 2017, Ogeo détenait 50 % de la société immobilière Land Invest Group. Dans les enregistrements, Luc Joris affirme être intervenu pour permettre la vente de cette participation. Il décrit une chaîne d’influence allant, selon lui, jusqu’au sommet du PS : il aurait sollicité Elio Di Rupo, qui aurait appelé Jean-Claude Marcourt, lequel serait ensuite intervenu auprès d’Ogeo. Joris affirme avoir reçu 350.000 euros d’Erik Van der Paal pour son intervention.
Ces déclarations prennent une dimension particulière au regard des événements de l’époque : Elio Di Rupo avait effectivement contacté Jean-Claude Marcourt au sujet d’Ogeo, tandis que Stéphane Moreau avait reçu, dans la foulée, un courrier de la FSMA mettant en cause son maintien à la tête du fonds.
Dans d’autres confidences, Luc Joris se vante encore de ses connexions internationales. Il prétend notamment avoir eu un arrangement avec le Premier ministre du Qatar autour de la jonction Nord-Midi et évoque également son rôle à la FN Herstal.
Reste une question qui demeure essentielle et qui a d’ailleurs été posée avant l’audition de Luc Joris par… Georges-Louis Bouchez, qui tenait visiblement à être présent ce mardi matin à la Chambre : quelle part de vérité se cache derrière les récits d’un homme manifestement porté à la vantardise ? Car de nombreux éléments soulevés peuvent potentiellement faire l’objet de poursuites pénales.
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