Nvidia mise 10 milliards en Europe pour financer l’IA du Vieux Continent… et vendre ses puces

Le mécanisme mis en place par Nvidia est simple, mais particulièrement efficace. Le groupe prend une participation dans une start-up. Avec cet argent, la start-up développe ses modèles d’IA, ce qui exige une puissance de calcul considérable. Elle achète donc des puces… à Nvidia. Autrement dit, Nvidia finance ses propres futurs clients.
La dépendance va plus loin encore. Ces start-up construisent leurs outils autour de CUDA, le logiciel propriétaire de Nvidia, un écosystème difficile à remplacer une fois adopté.
Certains observateurs estiment d’ailleurs que le patron de Nvidia entretient ainsi une demande artificielle pour ses propres produits, au moment précis où la concurrence se durcit sur le marché des puces d’IA.
Souveraineté technologique : ambition réelle ou paradoxe assumé ?
Jensen Huang ne se contente pas d’un discours commercial. Il affirme vouloir aider l’Europe à gagner en souveraineté technologique. Pour lui, l’IA représente "une sorte de réinitialisation, un nouveau départ", après des années où les États-Unis ont pris l’avantage dans l’informatique et sur Internet. Il mise sur les modèles ouverts, adaptables aux langues et aux besoins des entreprises européennes, ainsi que sur les secteurs industriels du continent : robotique, chimie, production manufacturière.
Mais la question reste entière : comment l’Europe peut-elle construire sa souveraineté en s’appuyant sur un groupe américain qui fournit l’essentiel des technologies ? C’est toute l’ambiguïté de la démarche. Nvidia apporte capitaux, outils et capacités de calcul, mais en structurant ainsi le marché européen de l’IA, il renforce aussi sa propre position dominante. La visite du patron de Nvidia intervient par ailleurs dans un contexte de scepticisme croissant sur le continent, où les critiques pointent les risques liés aux agents d’IA autonomes et les lourdes demandes énergétiques des centres de données.
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