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Thursday, October 8, 2026

Crise de l’itinérance | Dans la rue, du berceau jusqu’au lit de mort

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Elle est morte mercredi matin. Une femme dans la cinquantaine qui vivait dans un campement à Montréal-Nord. Le feu a pris dans sa tente. Elle était inconsciente quand les secours sont arrivés. Trop tard.

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Au Québec, la crise de l’itinérance est devenue si grave qu’elle frappe des premiers pas jusqu’au trépas.

À la mi-septembre, un bébé a été retrouvé dans le campement de la rue Notre-Dame, à Montréal. Sain et sauf, heureusement. L’enfant âgé de 1 an était avec sa mère, enceinte d’un autre bébé.

Dans une société avancée comme la nôtre, la rue ne devrait jamais servir de berceau. Jamais. Elle ne devrait pas non plus devenir un lit de mort.

L’hiver dernier, un itinérant de 71 ans en perte d’autonomie a été écrasé par une voiture, dans Ahuntsic. Malgré son « extrême vulnérabilité », un hébergement venait de lui être refusé. Depuis 2023, il était allé à l’hôpital 96 fois, sans être pris en charge. Quatre-vingt-seize fois ! Il a fini par se coucher au milieu de la rue. Une voiture l’a tué.

Femmes, enfants, aînés. L’itinérance frappe partout. À travers la province, on dénombre 12 077 personnes en situation d’itinérance, une hausse de 20 % en trois ans.

Les gens qui meurent dans la rue sont loin d’être des exceptions.

Depuis 2020, au moins 500 personnes en situation d’itinérance sont mortes au Québec, selon des données fournies par le Bureau du coroner à l’équipe d’enquête de La Presse.

Cette série noire ne découle pas seulement d’une addition de problèmes personnels. Elle révèle aussi notre échec collectif à fournir un toit et des soins aux plus vulnérables.

Nous sommes face à une crise de santé publique majeure. Mais il y a de l’espoir.

L’ancienne première ministre Pauline Marois, appuyée par un groupe transpartisan, a réussi à convaincre tous les partis politiques d’organiser un sommet sur l’itinérance.

Cet exercice est essentiel. Il permettra aux nombreux organismes d’ajuster leurs flûtes. Villes, arrondissements, divisions de Santé Québec (ex-CIUSSS), organismes communautaires, gouvernements provinciaux et fédéral…

En ce moment, le milieu travaille dans un « véritable brouillard institutionnel », comme l’a décrit l’Office de consultation publique de Montréal dans un rapport fouillé de près de 300 pages.

Les plans d’action se succèdent, les tables de concertation se multiplient. On gaspille les précieuses ressources, on laisse de l’argent en jachère. Sans indicateur de suivi fiable, les priorités sont mal alignées, les gestes sont faits par les mauvais acteurs.

Finie la cacophonie ! Vivement un chef d’orchestre !

Ça tombe bien : le premier ministre désigné Paul St-Pierre Plamondon a promis de faire de la lutte contre l’itinérance sa priorité. Enfin du leadership ! Sous la Coalition avenir Québec, Québec et Montréal se renvoyaient trop souvent la balle.

Le prochain sommet sera l’occasion de créer une gouvernance claire pour ramener l’harmonie.

Mais à court terme, il y a urgence. L’hiver approche. Le froid augmentera les risques de décès pour ceux qui dorment dehors. Le plan chaleur de la Ville de Montréal est prêt. Il sera présenté ce jeudi. Reste à trouver le financement. Il faudrait 18 millions pour assurer les services.

Il faut toujours quémander pour renouveler les fonds, même si « l’hiver revient chaque année », comme le répète la mairesse Soraya Martinez Ferrada. Un financement récurrent permettrait d’offrir de meilleurs services.

Mais à terme, il faudrait arrêter de gérer l’itinérance en mode urgence. Cela nous coûte très cher, humainement et financièrement.

Au-delà des vies brisées et des terribles décès, l’itinérance coûte 776 millions par année au Québec, selon une étude du CIRANO. C’est plus de 70 000 $ par itinérant. Et ce chiffre est certainement sous-estimé.

Il inclut des dépenses comme l’hébergement d’urgence ou de transition, les centres de jour, les visites aux urgences, les hospitalisations, les thérapies, les contacts avec les policiers, les comparutions en cour, les transports ambulanciers…

Mais il ne comprend pas les coûts engagés par les municipalités et les commerçants, par exemple.

L’ampleur du montant prouve néanmoins qu’il y a un coût important à l’inaction et qu’il vaudrait la peine de mettre en place des solutions plus efficientes.

Justement, dans sa plateforme électorale, le Parti québécois a mis de l’avant la formule du « logement d’abord ». Cette approche développée en Finlande a fait école à travers le monde. Elle consiste à offrir un toit permanent aux itinérants, sans leur imposer de conditions (ex. : abstinence). Partant d’un environnement plus stable, on leur fournit ensuite un encadrement pour les aider à reprendre le dessus.

Et ça fonctionne ! La formule évite les rechutes à coûts très modestes, car elle permet de réduire la facture des services d’urgence.

En sortant les gens de la rue, on redonne un sentiment de sécurité à la population qui cohabite parfois difficilement avec les incivilités et les méfaits reliés à l’itinérance. Et on redonne une dignité à des gens qui vivaient dans des conditions inhumaines.

L’ancien président américain Jimmy Carter disait qu’on mesure la valeur d’une société à la façon dont elle traite ses plus démunis. Si le Québec veut prouver sa vraie valeur, il doit agir au plus vite pour sortir les gens de la rue.

35,5 %

C’est la proportion des itinérants âgés de 50 ans et plus. De ce nombre, 17 % étaient sans domicile pour la première fois.

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