Limoilou se mobilise pour empêcher l’expulsion d’une famille
La communauté tissée serrée d’une école de Québec se mobilise pour tenter de bloquer l’expulsion, à la fin du mois, d’une mère et de son fils vers le Congo-Brazzaville, où ils craignent pour leur vie. Au moyen d’une campagne de soutien, des amis de la famille, des enseignants et la communauté de l’école Saint-Fidèle, à Limoilou, souhaitent empêcher le renvoi inopiné de cette « mère dévouée », qui travaille à l’entretien dans un hôpital, et de son fils, élève « hyper talentueux », arrivés ici il y a trois ans comme demandeurs d’asile. Leur identité n’est pas révélée pour des raisons de sécurité.
« Je vois cette femme-là depuis des années venir amener son fils à l’école et partir travailler », dit Émilie Bevan, une mère qui fait partie de la communauté de l’école. « Ça n’a pas de sens pour moi qu’une mère qui élève seule son fils et qui travaille à temps plein doive partir pour un pays comme le Congo. » Elle n’a que de bons mots pour le garçon en 2e année, qui est ami avec son fils. « Cet enfant-là, il appartient à l’école Saint-Fidèle au même titre que le mien. Toute sa vie est ici. »
Avec d’autres parents, elle participera à un « rassemblement solidaire », qui aura lieu jeudi à 7 h 30 dans le stationnement de l’église près de cette école du Vieux-Limoilou. Plus de 5000 $ ont été amassés jusqu’ici par une campagne GoFundMe.
Une enseignante qui a déjà eu comme élève le jeune Congolais se dit « dévastée » par ce renvoi. « La maman travaille jour et nuit. Ce sont des personnes qui ont tout fait pour faire partie de la société et qui ont bien fait les choses. Encore cette semaine, elle fait faire les devoirs et les fiches de lecture à son fils », dit-elle. À la rentrée, elle a eu le cœur brisé en croisant le garçon à l’école. « Il m’a dit : “Le gouvernement ne veut plus de moi ici.” […] Je trouve ça injuste. J’ai l’impression qu’on traite les gens comme des dossiers papier, on parle de vies humaines. »
Expulsions en hausse
En 2023, après la disparition de son conjoint, qui travaillait dans le cabinet d’un ministre au Congo-Brazzaville, Angélique (nom fictif) a fui avec son fils pour le Canada. Leur demande d’asile a été refusée une première fois et de nouveau en appel. En moins d’un mois, Angélique et son fils ont été contactés par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pour recevoir une date de renvoi : le 26 septembre.
« Ces derniers temps, on voit les infos, on expulse les gens parce qu’il faut faire vite. Pourquoi tant de presse ? » déplore Angélique.
C’est aussi ce que constate l’avocate en immigration Stéphanie Valois, qui traite beaucoup de dossiers humanitaires. « L’ASFC est en feu. Depuis cet été, je n’ai jamais eu autant de clients convoqués ! » lance-t-elle. Elle attribue cette vague soudaine de renvois en partie à l’adoption au printemps de la loi C-12, qui ne permet le droit à l’asile qu’aux personnes ayant déposé une demande dans l’année suivant leur arrivée. Les autres sont expulsées si l’examen des risques avant renvoi (ERAR) le permet.
Dans le cas d’Angélique et de son fils, c’est le Règlement sur l’immigration et la protection des réfugiés, rendant possible un renvoi 30 jours après un refus d’une demande d’asile portée en appel, qui est simplement appliqué. Avec plus de sévérité, constate Me Valois. « C’est très rapide. Il y a eu un gros retard causé par la pandémie, et [le gouvernement] essaie de revenir aux délais plus courts d’avant. » Renvoyer trop vite peut avoir des conséquences dramatiques. « D’un autre côté, ce n’est pas mieux d’attendre des années avant de finalement expulser quelqu’un. »
Un risque bien évalué ?
Désormais, une personne dont la demande d’asile n’est pas recevable à la Commission de l’immigration et du statut de réfugié (CISR) en vertu des nouveaux critères a automatiquement droit à un ERAR, une procédure avec peu de chances de succès.
Mais étant arrivée avant la sanction de la loi C-12, Angélique doit attendre 12 mois suivant un refus de la CISR avant de pouvoir se soumettre à un ERAR. Dans l’intervalle, elle peut être expulsée à tout moment ; c’est ce qui lui arrive ainsi qu’à son fils.
« Madame n’a pas accès à un examen des risques avant renvoi, car son risque a déjà été évalué par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié », a déclaré au Devoir l’ASFC.
Angélique a dû mal à croire que les risques ont bel et bien été analysés. Sa sœur et le mari de sa sœur ont été sauvagement agressés cet été, a-t-elle expliqué en montrant des photos horrifiantes de leurs corps ensanglantés à l’hôpital. Le frère cadet de son conjoint aurait été assassiné. « Qu’est-ce que je vais devenir si je rentre ? »
Angélique et son fils voient leur espoir maintenant reposer dans les mains de son avocate, qui a contesté en Cour fédérale le refus de sa demande d’asile et déposé à l’ASFC une demande de sursis administratif au renvoi. Et dans les bras de toute une communauté qui aimerait tant les voir rester.
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