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Saturday, September 12, 2026

La fatigue électorale se fait déjà sentir

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La campagne électorale à cinq partis suscitait l’engouement. L’exercice est en train de virer en cacophonie. Après deux semaines d’engagements électoraux, les électeurs sont saturés. Ils parviennent difficilement à suivre le rythme des innombrables promesses. Certains commencent même à se désintéresser de la joute politique.

« Plus la campagne avance, moins elle m’intéresse. Et ça m’interpelle, parce que je suis normalement très intéressée par les politiques publiques », dit en soupirant Diaka Camara.

Cette mère de trois enfants se décrit comme une citoyenne engagée. Elle s’inquiète de voir ses proches et ses amis tourner le dos à la campagne électorale. Son conjoint et elle n’ont pas regardé l’émission Cinq chefs, une élection, premier rendez-vous télévisé avec les aspirants premiers ministres, cette semaine, à Radio-Canada.

Cette apathie des électeurs inquiète Diaka, parce qu’elle croit en la démocratie. Mais elle a l’impression que les partis misent sur les apparences — sur le « make-up », comme elle dit — plutôt que sur les questions de fond. « Le risque pour certains partis, c’est de croire que des votes leur sont acquis, alors qu’aujourd’hui, les gens sont tellement démobilisés qu’ils risquent de ne pas aller voter », dit-elle.

Marjolaine Cloutier, qui se décrit comme une mordue de politique, est aussi préoccupée par le désintérêt des électeurs. Elle pense que l’avalanche de promesses, due au nombre sans précédent de partis sur les rangs, y est pour quelque chose. Tout comme le bombardement continu d’informations sur les réseaux sociaux.

Menace de fin du monde

Le climat social anxiogène amplifie sans doute le désengagement des citoyens. Marjolaine rappelle qu’un employé démissionnaire de la firme Anthropic a prévenu cette semaine que l’intelligence artificielle risquait d’entraîner l’extinction de l’humanité d’ici 10 ans. Rien que ça. Il y a de quoi se demander : pourquoi j’irais voter ? « Je pense que le mot-clé de cette élection, c’est l’espoir. Mais on n’en voit pas tellement », dit-elle.

La conseillère stratégique dans le milieu communautaire note que des élections se préparent aussi au sud de la frontière. Un certain président a promis de verser 5000 $ à chaque adulte américain si le Parti républicain conserve les deux chambres du Congrès en novembre. C’est évidemment loin de chez nous, mais une tentative aussi grossière d’acheter des votes n’est pas de nature à susciter un engouement pour la démocratie.

Mahjoub El Hamakani, lui, évoque les petites promesses ciblées, comme celle du Parti conservateur de verser 100 $ aux familles pour favoriser la pratique de sports. C’est tout à fait pertinent, mais on est loin d’initiatives marquantes comme la nationalisation de l’hydroélectricité ou la Loi sur le financement électoral.

« Quand on regarde notre histoire, des dirigeants comme Lesage, Lévesque, Bourassa et Parizeau ont laissé derrière eux des institutions et des projets qui dépassaient largement la durée d’un mandat. C’est cette capacité de voir plus loin qui me manque dans la campagne actuelle », dit le grand-père de 74 ans, arrivé au Québec il y a plus d’un demi-siècle.

Notre Club des électeurs reconnaît que l’engagement du Parti conservateur d’imposer une cure minceur à l’État est un projet majeur, qu’on souscrive ou non à cet objectif. Pour les panélistes, un gros point d’interrogation subsiste autour de cette promesse : comment Éric Duhaime s’y prendrait-il pour abolir 20 000 postes dans la fonction publique, réduire les dépenses de 47 milliards sur cinq ans et baisser les impôts sans que cela nuise aux services aux citoyens ?

Jocelyn Brousseau

44 ans, père d’une fille, Gatineau

Travailleur humanitaire qui revient au Québec après 17 ans à l’étranger

« Selon le Plan québécois des infrastructures, 61 % de nos écoles, 38 % de nos hôpitaux, 35 % de nos CLSC, 65 % de nos cégeps et 51 % de notre réseau routier sont vétustes. Les sommes engagées sont passées de 88 milliards sur 10 ans, en 2016, à 167 milliards sur 10 ans, en 2026. Et les taux de vétusté ne cessent d’empirer. Quel est votre plan pour remédier à cette spirale d’endettement tout en offrant des infrastructures publiques de qualité ? »

Diaka Camara

42 ans, mère de trois enfants, Montréal

Gestionnaire en technologies de l’information

« Ce qu’on attend de nos dirigeants, c’est d’être des visionnaires. Être visionnaire, ne pas juste gérer le quotidien ou les quatre prochaines années, mais avoir des projets structurels qui vont changer la vie des jeunes de l’avenir. On n’a pas ça. »

Marjolaine Cloutier

60 ans, mère d’une adulte, Trois-Rivières

Conseillère stratégique dans le milieu communautaire

« L’environnement est presque absent des plateformes. Chaque année, nous avons pourtant des signes de plus en plus violents reliés aux changements climatiques, qui touchent particulièrement les gens les plus vulnérables. Quelles seront vos mesures concrètes pour lutter contre ces changements climatiques et pour aider les communautés à s’y adapter ? »

Alicia Despins

32 ans, en famille recomposée, Val-d’Or

Doctorante et chargée de cours en administration publique

« Ma mesure préférée de la semaine, c’est celle de Christine Fréchette avec l’augmentation du fonds pour la relève agricole. Pour moi, c’est un enjeu crucial. La souveraineté alimentaire, l’agriculture locale, le fait d’avoir des agriculteurs aussi, je pense que ça va être de plus en plus important d’investir là-dedans. »

Louis-Philippe Durbet

22 ans, Sherbrooke

Étudiant à l’École du Barreau

« Je me retrouve davantage dans la vision de l’indépendance de Québec solidaire que dans celle du Parti québécois. QS veut rassembler les personnes issues de l’immigration. Le projet souverainiste doit être porté par des mouvements sociaux plus larges qu’un parti politique et ses militants. C’est là que la proposition d’assemblée constituante prend tout son sens : d’abord laisser le peuple rédiger une constitution, pour ensuite voter la création d’un Québec souverain. »

Mahjoub El Hamakani

74 ans, père et grand-père, Montréal

Gestionnaire retraité de la SAQ

« L’Institut de la statistique du Québec a révélé en février dernier que 59 % de notre main-d’œuvre occupe un emploi hautement exposé à l’intelligence artificielle. Près de 1,3 million de personnes sont dans des professions où la machine peut faire le travail à leur place plutôt que de les aider. Qu’est-ce que nous faisons des travailleurs pendant cette transition ? Pourquoi cette question n’est-elle pas au cœur de la campagne électorale ? »

Lylliane Le Quellec

64 ans, Sherrington (Montérégie)

Ingénieure en informatique à la retraite

« J’ai apprécié l’annonce de Charles Milliard concernant l’immigration temporaire. Il propose de consulter chacune des régions afin de déterminer leurs besoins et leur capacité d’accueil. La réalité des régions est très différente de celle des grandes villes. Les autres partis avancent un chiffre global pour l’ensemble du Québec, sans suffisamment tenir compte des besoins propres à chaque région. »

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