Les histoires de l’œil de Jacques Nadeau
Trois expositions différentes, quasi côte à côte, rendent hommage à Montréal au travail du photoreporter Jacques Nadeau. Au centre de ce triptyque, L’instinct du réel, une exposition extérieure gratuite aux abords du musée Château Ramezay, réunit près de 20 clichés, parmi les milliers et milliers que ce passionné de la nouvelle a cristallisés, lors de ses 30 ans de carrière au Devoir.
Cette exposition permet de retracer quelques-unes des histoires de l’œil de lynx de Jacques Nadeau, tout en sillonnant l’historique place de la Dauversière et les rues Le Royer et Saint-Claude, du Vieux-Montréal.
Le choix des photos s’est « bâti sur des moments historiques du Québec moderne », explique Virginie Jacques-Nadeau, fille du photographe décédé en décembre 2025.
Chaque image est tirée pour l’occasion en bien plus grand format que lorsqu’on a pu les voir originalement dans le journal, ce qui magnifie à la fois les détails et la maestria.
Le collègue au Devoir Jean-François Nadeau (sans lien de parenté) a participé au choix des photos exposées, à partir de son bagage d’historien et de spécialiste de la photo.
« Après, je partais à la recherche », indique Mme Nadeau, pour trouver les œuvres clés dans les dizaines de milliers de photos qui constituent les archives de son père, et son legs.
On y voit « des moments d’histoires politiques, aussi militantes », dit-elle. Par exemple ? Jacques Parizeau, qui encaisse le résultat du référendum de 1995.
Ou les noires fumées de la catastrophe de Lac-Mégantic. Aussi, des manifestations entourant les moments les plus chauds du mouvement #MoiAussi.
Et quelques-unes des magnifiques photos que Jacques Nadeau a prises en 2012, lors du Printemps érable. Entre autres.
Un électron très libre
Jean-François Nadeau signe également les textes et la narration de l’exposition. Le photographe, à chacun de ses clics, « ne cherchait pas des images parfaites », lit-on sur les cartels.
« Il traquait la vie. Il se jetait dans les manifestations, montait sur les tables, collait ses sujets de près, flairant presque toujours ce qui allait surgir avant les autres. »
« Jacques avait cette particularité : il s’auto-assignait », se rappelle de vive voix Jean-François Nadeau, attrapé dans les couloirs du Devoir. Électron très libre, le photographe « décidait souvent lui-même où il allait » dans sa journée de reportage. Et souvent, très souvent, son instinct était juste.
« Sa personnalité était elle-même une esthétique : les bottes de cow-boy, les Kodak rafistolés, les portes qui claquent… C’est un modèle qu’on ne retrouve plus aujourd’hui », estime le chroniqueur et journaliste.
Les photos de L’instinct du réel ne relatent toutefois que « les années numériques » de Jacques Nadeau, sans aucune de ses photos argentiques, comme le précise sa fille.
Quels sont les clichés que celle-ci préfère, dans ce florilège ? Un visage de jeune fille, yeux baissés, derrière un portrait du premier ministre Jean Charest, portrait attrapé lors des manifestations de 2012. Et un autre portrait, celui de Gilles Vigneault, cette fois, s’inclinant devant un groupe d’enfants venu à sa rencontre.
Sérénité et continuité
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L’édition 2026 du World Press Photo Montréal, qui ouvrait ses portes le 25 août, salue aussi le photoreporter avec l’exposition Jacques Nadeau à la une !, en mezzanine.
On y voit 30 photos clés, très serrées les unes contre les autres, prises depuis les années 1980, et qui toutes ont fait la première page du Devoir.
Certains clichés sont iconiques, comme la photo de René Lévesque, en complet et cigarette au bec, assis sur une table de billard pour préparer son coup, et entouré d’une gang de gars et de Louise Beaudoin.
« On voit l’homme, indique Jean-François Nadeau, pas juste le premier ministre. C’était pendant la première campagne pour le référendum. On voit que René Lévesque est capable de se mêler à tout le monde. »
« On sait maintenant qu’il y avait aussi d’autres photographes de presse, ce soir-là, au même moment. Mais c’est Jacques qui a eu “la shot”, le bon angle, la bonne image », poursuit le chroniqueur.
Finalement, pour compléter le triptyque, dans le Vieux-Montréal, le parcours photographique Vénérables permet de revoir 80 portraits de personnes d’âge vénérable, dont plusieurs personnalités publiques, comme Béatrice Picard ou Phyllis Lambert, par exemple, tous signés Jacques Nadeau.
Ces clichés sont tirés du livre Vénérables (éditions Cardinal), paru en 2024.
« Il reste encore beaucoup de photos à découvrir », indique Virginie Jacques-Nadeau. « Je découvre dans ses archives des perles que je n’avais jamais vues, et je n’ai pas ouvert tous les dossiers, encore… »
« Il y a encore beaucoup d’histoires » à découvrir par les photos de Jacques Nadeau, conclut-elle.
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