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Wednesday, November 4, 2026

Konstantin Krimmel, superhéros schubertien

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Le baryton allemand Konstantin Krimmel, 33 ans, faisait ses débuts à Montréal dans le cadre de l’intégrale Schubert de la salle Bourgie, dans un programme très pointu consacré aux ballades du compositeur. C’est peu dire que sa prestation a été renversante ô combien plus convaincante que les disques que nous avions précédemment commentés de lui.

Une chose est patente au bout d’une minute lorsqu’on entend Konstantin Krimmel : il s’agit d’un véritable « Kammersänger » (traduction littérale : « chanteur chambriste »), dénomination réservée aux grands chanteurs de lieder. Il possède l’art de « dire en chantant », mais aussi, et surtout, de doser sa voix pour raconter dans un lieu tel que la salle Bourgie, et de maîtriser parfaitement ses couleurs et registres vocaux en les adaptant au contexte poétique et musical.

Nous avions considéré, dans son enregistrement de La belle meunière (avec Daniel Heide chez Alpha) comme dans des mélodies de Silvestrov (avec Hélène Grimaud chez DG), qu’il en faisait beaucoup trop. On notera que les deux CD qui étaient en vente après le concert n’ont rien à voir avec ces premiers pas discographiques. Il s’agit de « Mythos » (2024) et « Mélancolie » (2026), dans lesquels il a comme partenaire au piano Ammiel Bushakevitz, tout comme lors du concert de mardi.

À ce propos, impossible de ne pas remarquer qu’Ammiel Bushakevitz est le pianiste attitré de Konstantin Krimmel et de Samuel Hasselhorn, c’est-à-dire de deux des trois (avec Andrè Schuen) plus grands « jeunes » Liedersänger de notre époque. Ceci veut dire que nous avons donc entendu hier soir, au piano, le « Gerald Moore de notre temps », ce dont on ne doutait pas vraiment à la fin de la grande ballade Der Taucher (Le Plongeur), qui occupait à elle seule la seconde partie du concert.

Ballades

Jean Portugais avait raison de dépeindre dans son excellente notice les tourments créatifs causés à Schubert par la mise en musique de l’œuvre de Schiller. Mais quand Krimmel, dans Der Taucher, chante le plongeon ultime, qui sera un combat à la vie à la mort, on sent, par l’accentuation du mot « Sterben » (mourir), que l’issue sera fatale. Le long passage pianistique subséquent le dit alors sans paroles et Bushakevitz s’y montre suprême.

Dans un français parfait, Bushakevitz a remercié, à l’issue du concert, la salle Bourgie et sa direction, d’avoir permis un tel programme. Car le genre de la ballade est plutôt rare et peu en demande. Le maître et grand représentant en est Carl Loewe (1796–1869), qui a cultivé et développé un terrain défriché par Schubert. Sur le plan littéraire, la forme est contemporaine de la naissance de Loewe (1796-1797), avec les deux géants Goethe et Schiller. C’est ce dernier qui offrira à Schubert les textes de Die Bürgschaft et Der Taucher (contrairement à l’Erlkönig, de Goethe). Dans la ballade, il y a une narration et des personnages variés. Les œuvres présentées mardi, Die Bürgschaft et Der Taucher, sont des histoires développées. Dans une évolution de son style, avec Erlkönig (Le Roi des aulnes), Schubert va davantage ramasser la forme.

Chanteur très expressif, ne se faisant pas prier en matière d’incarnation, Konstantin Krimmel s’est montré maître et orfèvre du genre, notamment dans Die Bürgschaft, une histoire d’ami gardé en otage pendant trois jours par un roi cruel, le personnage principal ne revenant qu’in extremis après un voyage tourmenté pour sauver son compagnon.

Mais Krimmel a démontré bien d’autres qualités, notamment dans le sublime Des Fischers Liebesglück, partition tardive, chantée avec une subtilité absolue et une sorte de candeur extatique, insistant sur la lumière des aigus comme dans la version éblouie du ténor Karl Erb (l’Évangéliste de Willem Mengelberg), mais plus discrètement.

Il y avait dans cette soirée une finesse (Entzückung an Laura), une justesse dans la mobilisation des registres, une intelligence du mot et de l’intention (cf. le ton attendri de Der Vater mit dem Kind), une complicité musicale avec le pianiste qui nous font espérer que Krimmel reviendra avant la fin de l’intégrale Schubert à Bourgie.

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