Patients coincés à l’hôpital, faute d’hébergement | Une nouvelle unité pour affronter la crise à Notre-Dame

L’hôpital Notre-Dame à Montréal met en place une mesure exceptionnelle pour faire face à une crise : elle ouvre une nouvelle unité de 20 lits destinée aux patients atteints de problèmes de santé mentale et qui demeurent coincés dans ses murs, faute d’hébergement. Une première en 10 ans.
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La crise a atteint son paroxysme en août. Environ 60 % des quelque 50 lits d’hospitalisation en psychiatrie étaient occupés par des gens qui ne requéraient plus de soins aigus mais restaient à l’hôpital, car aucun milieu d’hébergement ou de réadaptation ne pouvait les accueillir.
Résultat : des malades souffrant de problèmes de santé mentale ont dû être hospitalisés à l’urgence pendant des semaines parce qu’ils ne pouvaient monter aux étages.
« On a eu des débordements historiques [à l’urgence] », dit le Dr Cédric Andrès, psychiatre et directeur médical et services professionnels adjoint de Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal—Universitaire.
« On a, en théorie, 6 civières de santé mentale à l’urgence et on est monté à 25 ou 30 patients. »
Plusieurs malades se sont retrouvés dans la zone de l’urgence destinée aux problèmes de santé physique, un lieu « pas adapté ou moins adapté » à leur situation, explique-t-il.
Pour réduire la pression, l’établissement de santé a entrepris de rénover, il y a environ deux semaines, une unité vide afin d’y héberger les patients souffrant de problèmes de santé mentale et en attente d’une ressource – dans le jargon hospitalier, on les appelle les « NSA » pour niveau de soins alternatif.
Les usagers sont pris en charge par une infirmière-chef, une infirmière auxiliaire, un agent de relations humaines, un préposé aux bénéficiaires et un éducateur spécialisé. Un psychiatre les voit une fois par semaine.
« Ce n’est pas une unité où on parque les usagers en attendant qu’ils quittent », souligne le Dr Andrès. Le personnel entreprend le travail de réadaptation qui aurait dû être réalisé à l’externe, précise-t-il.
Cette initiative soulagera les personnes en attente d’hébergement, mais aussi le personnel, selon lui.
« Je ne vous cacherai pas qu’on a des patients NSA qui sont [ici] depuis un an », dit le Dr Andrès.
Leur état est « stable », mais ils côtoient au quotidien des malades « en crise » et « plus fragiles ». « Physiquement, tout le monde partage le même corridor et les employés, les médecins, on est tous formés à faire de l’intervention aiguë, pas de la réadaptation », poursuit-il.
Une solution à 2,5 millions
PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE
L’hôpital Notre-Dame
L’établissement de santé a puisé dans ses budgets pour « faire rouler » cette nouvelle unité qui coûtera, selon lui, 2,5 millions par année.
Cette solution s’avère plus rentable que le statu quo, selon Marie-Annick Guénette, directrice des services multidisciplinaires et de la fluidité à Santé Québec Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal—Universitaire.
« [En août], on a dû évidemment demander du temps supplémentaire volontaire [au personnel] parce que ça causait davantage de besoins à l’urgence », explique-t-elle, précisant que « très peu » de temps supplémentaire obligatoire a été exigé.
Selon le Dr Andrès, la nouvelle unité demeurera ouverte « le temps qu’il faudra ». L’établissement de santé dit travailler avec Santé Québec et d’autres instances afin de développer des ressources d’hébergement adaptées à sa clientèle en santé mentale. Les patients, plus « lourds » que par le passé, nécessitent des milieux d’hébergement plus spécialisés.
Reste que ce problème dépasse les frontières du réseau de santé, selon le Dr Andrès. Les personnes atteintes de problèmes de santé mentale peinent à trouver de l’hébergement abordable à Montréal. Leur santé mentale en souffre.
« Cela fait en sorte que les gens se retrouvent à la rue plus rapidement, affirme le Dr Andrès. Les problèmes de santé mentale qui seraient légers si les gens habitaient dans des lieux adéquats se complexifient. On rajoute la toxicomanie et cela donne un peu la situation dans laquelle on est maintenant. »
Même problème en santé physique
À Notre-Dame, 28 % des 165 lits d’hospitalisation en santé physique étaient occupés, en août, par des patients qui avaient obtenu un congé médical mais restaient à l’hôpital, car ils n’avaient pas de place d’hébergement.
« On est en démarche pour conclure une entente pour acquérir 30 places supplémentaires en ressources intermédiaires », dit Marie-Annick Guénette, directrice des services multidisciplinaires et de la fluidité. L’établissement de santé, qui gère Notre-Dame et l’hôpital de Verdun, espère pouvoir y transférer des aînés NSA dès le mois de novembre.
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