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Wednesday, August 19, 2026

Véhicules électriques : Ottawa accusé de « plier devant le lobby » de l’automobile

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Invoquant un contexte économique incertain, Ottawa revient sur ses cibles de vente de véhicules électriques. Alors que certains applaudissent la décision, d’autres dénoncent une capitulation face à l’industrie et un retard dans l’électrification du transport.

Ce n'est pas en abandonnant [l’obligation de vente] sans mettre une nouvelle norme en matière d’émissions de gaz à effet de serre que ça va encourager les constructeurs à amener suffisamment de véhicules électriques au Canada, déplore le PDG de Mobilité électrique Canada, Daniel Breton.

La semaine dernière, le gouvernement a révélé qu’il abrogeait officiellement l'obligation de vente de véhicules électriques.

Cette obligation, mise en place par le gouvernement Trudeau, avait pour objectif que les véhicules électriques représentent 100 % des ventes automobiles d’ici 2035. Elle devait permettre de réduire les émissions de gaz à effet de serre du Canada de 376 millions de tonnes sur 25 ans, soit l’équivalent des émissions produites par trois millions de voitures.

La fin de cette obligation entraînera des dommages mondiaux potentiels liés au changement climatique pouvant s'élever à 90,3 milliards de dollars, estime le gouvernement.

L'administration Carney avait déjà annoncé, il y a quelques mois, son intention d’abroger l’obligation. Il avait cependant aussi promis de nouvelles normes d’émissions applicables aux véhicules particuliers à essence.

Celles-ci se font toujours attendre.

Daniel Breton, président directeur général chez Mobilité Électrique Canada.

Daniel Breton s'inquiète des impacts de la pollution atmosphérique sur l'environnement et sur la santé des Canadiens.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vézina

Daniel Breton attend depuis des mois les documents de consultation sur ces nouvelles normes.

Selon nos informations, des préconsultations débuteront cet automne, avec des acteurs du secteur automobile et des associations environnementales. Les projets de règlement seront publiés dans la Gazette du Canada vers le début de l’année 2027, ce qui lancera officiellement les consultations.

Entretemps, M. Breton redoute un vide réglementaire.

Si la norme de GES est adoptée l'année prochaine, ça ira probablement pour l'année modèle 2028, calcule-t-il. On risque de se retrouver pendant des mois, voire un an ou plus, sans réglementation sur les véhicules ou les émissions de GES. Cela laisse un trou extrêmement important et ajoute à l'imprévisibilité actuelle pour l'industrie.

Le Canada demeure considérablement en retard

Pour expliquer sa décision d’abroger l’obligation de vente de véhicules électriques, le gouvernement insiste sur le contexte économique incertain et ses conséquences sur le secteur automobile.

C'est comme si les emplois dans l'industrie de l'électrification des transports ne comptaient pour rien, rétorque Daniel Breton.

Le président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, Brian Kingston, félicite quant à lui l’approche pragmatique d’Ottawa et rappelle dans une réponse par courriel que l’industrie automobile est sous pression intense en raison des tarifs de Washington.

Imposer des coûts supplémentaires aux fabricants au moyen d’une obligation inopérable de vente des véhicules électriques était une mauvaise politique au mauvais moment.

Selon lui, le choix de transitionner vers l’électrique devrait être soutenu, mais non imposé.

Toutefois, sans l’obligation de vente, et en attendant les nouvelles normes d’émissions, les véhicules électriques seront moins accessibles aux consommateurs, d’après l’Institut climatique du Canada.

Ne nous y trompons pas : reporter cette échéance signifie que les Canadiennes et les Canadiens se retrouveront avec moins d’options de véhicules électriques et des coûts d’utilisation totaux plus élevés, affirme le président de l’Institut, Rick Smith, dans un communiqué.

Les données mondiales révèlent une croissance rapide de la part de marché des véhicules électriques à l’extérieur de l’Amérique du Nord, ajoute-t-il. Le Canada demeure considérablement en retard par rapport à la tendance mondiale.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, 29 % des véhicules neufs vendus dans le monde en 2026 seront électriques. Au Canada, en mars 2026, les véhicules électriques et les véhicules hybrides représentaient environ 12 % des voitures neuves vendues.

Le gouvernement plie devant le lobby, selon le Bloc

C'est un autre grave recul dans la lutte contre les changements climatiques par le gouvernement Carney, laisse tomber le porte-parole en Environnement et Changement climatique du Bloc québécois, Patrick Bonin.

Il plie devant le lobby manufacturier automobile canadien [...] et malheureusement, ça se fait sur le dos du monde et de l'environnement, dit-il. Cette industrie veut le moins de réglementation possible; maintenant, elle utilise le nouveau prétexte de M. Trump et de la guerre commerciale.

Le porte-parole du Bloc québécois en environnement, Patrick Bonin.

Selon Patrick Bonin, la décision d'Ottawa est dans l'intérêt des industries automobile et pétrolière.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Dans la dernière année, la Corporation des associations de détaillants d’automobiles a approché Environnement et Changement climatique Canada pour lui parler, entre autres, des défis liés à l’obligation de vente de véhicules électriques.

Cette corporation a également effectué du lobbying auprès d’autres ministères fédéraux afin de souligner la perception selon laquelle l'obligation est un facteur de perturbation du commerce.

Le bureau de la ministre de l'Environnement, Julie Dabrusin, n'avait pas répondu à nos questions à la publication de ces lignes.

Selon la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, les difficultés de l’industrie automobile ne sont que des excuses dans le contexte plus grand des changements climatiques. À son avis, il faut se concentrer sur l’abordabilité et l’accessibilité des véhicules électriques, ainsi que sur le développement du transport en commun, incluant le transport en commun électrique.

Elle fait remarquer qu’avec l’augmentation du coût de l’essence, c’est un bon moment d'éliminer la dépendance aux énergies fossiles. Mais ce n’est pas l’approche de M. Carney en ce moment.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, est contre l’obligation de vente. Sur la plateforme X, il se dit convaincu que le gouvernement ramènera l’obligation par la porte arrière au moyen de règles que seuls les véhicules électriques peuvent respecter.

La décision du gouvernement d’abroger la norme sur les véhicules électriques avant d’avoir mis en place une mesure de remplacement est un nouvel exemple de l’abandon de la lutte contre le changement climatique par Mark Carney, écrit le porte-parole néo-démocrate Gord Johns dans une réponse par courriel, tout en accusant le gouvernement d’affaiblir les politiques de lutte contre les changements climatiques.

Victoire pour les Albertains

Dans un avis publié dans la Gazette du Canada, le gouvernement explique que la majorité des provinces et des territoires qui ont fait part de leurs commentaires se sont prononcés en faveur d’un assouplissement des exigences de l’obligation de vente.

Pour la première ministre et le ministre de l’Environnement de l’Alberta, il s’agit d’une victoire pour les Albertains, qu'ils qualifient même d’un pas dans la bonne direction pour reconstruire la relation entre l’Alberta et le fédéral.

Dans un communiqué, Danielle Smith et Grant Hunter (qui se sont toujours opposés à l’obligation) expliquent être en faveur de la réduction des émissions, mais pas des politiques qui dictent ce que les Albertains peuvent ou ne peuvent pas conduire.

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