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Thursday, November 5, 2026

Comment ont voté les États touchés par la guerre tarifaire?

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Les États-Unis ont connu un renversement spectaculaire de leur carte politique, mardi soir, le Parti démocrate ayant pris le contrôle des deux chambres du Congrès fédéral en plus de signer plusieurs importantes victoires à d’autres échelons. Parmi les raisons qui expliquent la déconvenue des républicains, on peut citer en premier lieu la hausse du coût de la vie et l’impopularité grandissante du président Trump.

Quel rôle a joué la guerre commerciale contre le Canada dans la défaite républicaine, particulièrement dans les états frontaliers ? Difficile à dire, constate Rafael Jacob, chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques.

Les ennuis économiques aux États-Unis ne s’arrêtent pas aux tarifs imposés au Canada, souligne-t-il en rappelant que le pays a imposé des mesures protectionnistes à la quasi-totalité des États de la planète, en plus de lancer dans une guerre coûteuse contre l’Iran qui a fait augmenter le prix du carburant. C’est l’incertitude globale qui a mené à « un rejet presque mur à mur de Donald Trump », fait valoir M. Jacob.

Quoi qu’il en soit, le président se retrouve maintenant « beaucoup plus isolé politiquement sur la question des tarifs douaniers contre le Canada, qui sont extrêmement impopulaires », tant chez les démocrates que les républicains. Les prochaines années laissent donc entrevoir un bras de fer entre un président en perte de vitesse et un Congrès qui lui est hostile.

Michigan

Bastion de l’industrie automobile, l’État frontalier avec l’Ontario a marqué les esprits en élisant un premier musulman, Abdul El-Sayed, au poste de sénateur à Washington. Ce médecin fils d’immigrants égyptiens l’a emporté par une marge confortable contre son adversaire républicain Mike Rogers.

Les candidats de deux principaux partis s’étaient prononcés ouvertement en faveur de la fin des tarifs sur les importations en provenance du Canada, qui affecte durement l’industrie automobile nord-américaine, hautement intégrée de part et d’autre de la frontière.

Le ralliement de Mike Rogers a toutefois été plus tardif. Après avoir accordé son soutien à l’imposition de droits de douane, il s’est distancié du camp du président Trump en fin de campagne, notamment en apparaissant dans une publicité dans laquelle il déclarait, une bière à la main : « Le Canada n’est pas notre ennemi. »

Maine

Dans le Maine, qui partage une frontière avec le Québec et le Nouveau-Brunswick, le démocrate Troy Jackson a ravi le siège de l’influente sénatrice républicaine Susan Collins, qui était en poste depuis presque 30 ans.

« Les tarifs font partie des raisons qui expliquent la défaite des républicains chez nous, puisqu’ils contribuent directement à la hausse du coût de la vie, qui a tiré vers le prix d’à peu près tous les biens de consommation », tranche Garrett Martin, directeur général du Maine Center for Economic Policy.

Celle qui siège comme indépendante à Washington s’était prononcée à plusieurs reprises contre les tarifs et avait même réussi à faire retirer de la liste des marchandises touchées des marchandises particulièrement utile à l’économie du Maine.

Le Canada est de loin le principal partenaire commercial du Maine, qui y exporte notamment du mazout et de l’électricité. Depuis le début de la guerre commerciale, les exportations de produits forestiers du Maine vers le Canada ont chuté de 20 %. Le nombre de touristes canadiens visitant l’État a également fondu.

« Ultimement, Susan Collins a perdu parce qu’elle n’a pas été capable de démontrer qu’elle est capable de tenir tête à ce gouvernement. Les électeurs du Maine ont dit : “Nous avons besoin de quelqu’un qui va se tenir debout face à cet homme, mais aussi offrir quelque chose de différent.” C’est ce qui a ouvert la porte à Troy Jackson », analyse Garrett Martin.

Ohio

Même s’il ne partage pas de frontière terrestre avec le Canada, cet État manufacturier y a exporté pour près de 18 milliards de dollars américains l’an dernier, soit le tiers de ses exportations. La guerre commerciale aurait coûté à l’Ohio près de 11 milliards de dollars depuis janvier 2025, selon la National Taxpayers Union Fondation.

Dans la course au poste de gouverneur, qui était occupé depuis 16 ans par les républicains, la démocrate Amy Acton a remporté une victoire décisive sur son adversaire Vivek Ramaswamy. L’homme d’affaires multimilliardaire s’était prononcé ouvertement en faveur des tarifs commerciaux imposés par le président Trump.

Les républicains ont également encaissé une défaite au Sénat fédéral, alors que le démocrate Sherrod Brown a remporté le siège laissé vacant par J.D. Vance lorsqu’il a été choisi pour concourir à la vice-présidence aux côtés de M. Trump.

M. Brown est toutefois loin d’être un libre-échangiste, rappelle Rafael Jacob. Le candidat associé à la classe ouvrière s’est notamment fait connaître dans les années 1990 pour son opposition à l’ALENA, l’ancêtre de l’actuel Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM). Il s’était également prononcé en faveur de tarifs sur l’aluminium et l’acier lors du premier mandat de Donald Trump. Un rappel de plus que la victoire démocrate ne règlera pas miraculeusement la guerre commerciale entre les deux pays.

Texas

S’il se situe bien loin de la frontière canadienne, le Lone Star State entretient tout de même des relations commerciales importantes avec le Canada et le Québec. Le Texas est notamment le deuxième marché en importance aux États-Unis pour le secteur aéronautique québécois, en plus d’avoir un appétit insatiable pour les ressources canadiennes en pétrole, minerais et aluminium.

Les tergiversations autour de la renégociation de l’ACEUM causent aussi bien des soucis au Texas, étant donné ses relations étroites avec le Mexique, tout près.

Les démocrates ont remporté mardi plusieurs élections historiques dans l’État, raflant notamment un siège au Sénat des États-Unis pour la première fois depuis 30 ans grâce à la victoire du jeune James Talarico. Le titre de gouverneur a également basculé dans le camp démocrate avec la victoire de Gina Hinojosa. Elle a défait son adversaire républicain Greg Abbott, en poste depuis 2015, qui avait appuyé ouvertement les premières vagues de tarifs douaniers à l’endroit des importations canadiennes et mexicaines.

Kansas

Point d’orgue de la vague bleue, la victoire d’Adam Hamilton au Kansas frappe l’imaginaire : cet État du Midwest n’avait pas envoyé de sénateur démocrate à Washington depuis… 1932.

C’est à Wichita, métropole de cet État en plein centre du pays, que l’on retrouve le siège social américain de Bombardier. La menace du président Trump en septembre dernier d’interdire aux avions du fabricant québécois de voler dans le ciel américain avait marqué les esprits dans cet État où l’avionneur emploie environ 1500 personnes.

Le comté de Sedgwick, où se trouve Wichita, a d’ailleurs exprimé une claire préférence pour M. Hamilton. Les démocrates y ont amélioré leur performance de 21 points de pourcentage par rapport à l’élection de 2024.

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