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Friday, October 16, 2026

L’IA est-elle vraiment le moteur du développement des centres de données au Québec?

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La magie de l’intelligence artificielle (IA), qui fascine l’humanité autant qu’elle la tourmente, ne repose pas sur les nuages. Elle surgit de centres de données, ces bâtiments immenses et mystérieux où grésillent les ordinateurs et vrombissent les ventilateurs.

Partout dans le monde, et surtout aux États-Unis, la course folle à l’IA stimule le développement de centres de données. Plus de 5000 milliards de dollars américains seront investis pour bâtir de nouvelles capacités de calcul d’ici 2030, prévoyait le cabinet de conseil Bain&Company à la fin septembre. Ces nouveaux centres auront besoin de 150 000 mégawatts (MW) d’électricité, soit le quadruple de la puissance totale d’Hydro-Québec.

Gonflés par l’IA, les investissements américains dans les centres de données « rivalisent désormais avec ceux qui furent consacrés à la construction des chemins de fer, des réseaux de télécommunications et du réseau électrique », notait la société de conseil.

Au Texas, par exemple, l’entreprise Fermi planifie la mise sur pied d’un complexe de données pour l’IA qui aura besoin de 17 000 MW, soit davantage de puissance que la ville de New York dans son ensemble.

Qu’en est-il au Québec ? Certes, l’actualité récente nous confirme que des promoteurs veulent développer des centres de données dans la province. Le 1er octobre, Sarah Trabelsi, représentante d’Hydro-Québec, révélait devant la Régie de l’énergie que des projets de centres de données totalisant 2500 MW étaient en examen au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie. « Un niveau sans précédent et sans comparable », précisait-elle.

Mais ces centres de données sont-ils destinés à l’IA ? Ou serviront-ils plutôt à offrir des services d’infonuagique ? À héberger des données gouvernementales ? À diffuser des vidéos de chat ? Quand on soulève ces questions, la situation s’embrouille. Plusieurs entreprises sont avares de détails sur les activités actuelles ou planifiées de leurs centres de données.

« Pour l’instant, c’est un peu flou, ce qui se passe derrière les clôtures de ces entreprises-là », reconnaît François Bouffard, professeur de génie électrique et informatique à l’Université McGill et spécialiste des centres de données.

« Est-ce que c’est l’IA — ou pas — qui tire l’installation de nouveaux centres de données au Québec ? Cette information n’est pas véritablement disponible », convient lui aussi Alexandre Theve, analyste au collectif Numérique responsable et soutenable (NRS), qui vient de réaliser un recensement de 72 centres de données au Québec, détenus en majorité par des intérêts américains.

Au Québec, les entreprises Microsoft, Google, QScale et Keel sont en train de développer de grands centres de données (voir encadré). Certains acteurs (QScale, Keel) visent expressément le marché de l’IA. D’autres (Microsoft, Google) entretiennent une certaine ambiguïté sur la place qu’occupera l’IA dans leurs installations.

Et certaines entreprises qui exploitent déjà des centres de données au Québec, comme Amazon Web Services, refusent de préciser la proportion des calculs qui y sont consacrés à l’IA.

Pour être en mesure d’entraîner ou d’exploiter un modèle d’IA, un centre de données doit être équipé d’énormément de processeurs graphiques, des puces spécialisées conçues par l’entreprise américaine Nvidia. Il pourra réaliser des missions confiées par son propriétaire ou par un locataire de sa puissance de calcul. Les centres modernes, obéissant à une architecture dite « hyperscale », consacrent simultanément des milliers de processeurs à une seule opération.

Les centres de données peuvent avoir plusieurs clients, parmi lesquels les géants de l’IA tels qu’OpenAI, Anthropic, DeepMind et xAI. Mais ils ne veulent pas toujours révéler l’identité de ces clients. Même les gens qui suivent de très près l’industrie ignorent souvent ce qui se trame derrière les portes des centres de données.

Parfois, la seule chose qu’on sait sur ces boîtes noires est la taille de leur branchement électrique, un indicateur de leur puissance de calcul. L’électricité est la sève des processeurs. Elle sert aussi à refroidir les systèmes échauffés par trop d’« efforts ».

Une infrastructure stratégique

Ainsi, l’IA motive une partie du développement des centres de données au Québec. Mais une zone d’ombre demeure autour de certains des plus gros projets sur la table. Et parmi les 2500 MW demandés par des promoteurs pour bâtir des centres de données, plusieurs projets sont confidentiels. On ne sait donc pas s’ils nourriront la bête artificielle.

Une chose est certaine : le peu d’électricité disponible au Québec bride les élans des promoteurs. Le gouvernement n’accorde que très peu de blocs de puissance. Le développement des centres d’IA est beaucoup plus rapide en Alberta, où le marché de l’électricité est plus libéralisé. Pour preuve : Meta prévoit bâtir au nord d’Edmonton un « complexe optimisé pour l’IA » de 1000 MW ainsi qu’une centrale au gaz naturel pour l’alimenter, en totale contradiction avec nos impératifs climatiques planétaires.

Au Québec, royaume des énergies renouvelables, une telle option fossile n’est pas envisagée. Toutefois, les centres de données y entrent en compétition avec les initiatives de décarbonation, qui ont aussi besoin de beaucoup d’électricité, et qui sont d’une importance cruciale pour l’avenir.

N’en demeure pas moins que les centres de données vont devenir, à terme, une infrastructure essentielle pour le Québec comme pour n’importe quel pays, estime le professeur François Bouffard. « À la fin, nous devrons avoir une certaine souveraineté numérique, aussi bien en ce qui concerne nos données que nos capacités de calcul », pense-t-il.

L’IA ne reposant pas sur les nuages, il faudra donc orchestrer une stratégie nationale qui réponde aux véritables besoins du Québec et qui ne dilapide pas indûment son énergie renouvelable.

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