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Thursday, October 1, 2026

La fin de la naïveté pour Apashe avec l’OSM

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L’Orchestre symphonique de Montréal nous convie à un concert singulier, jeudi, vendredi et samedi dans sa série Pop : une rencontre avec John de Buck, alias Apashe, 34 ans. Figure de la scène hip-hop et de la musique électronique, l’artiste et producteur intègre depuis quelques années l’univers de la musique orchestrale, acoustique, à ses créations. Que peut-il résulter de cette détonante équation « Apashe × OSM » ?

Lors du dévoilement de la saison 2026-2027 de l’OSM, nous avions remarqué John de Buck, un peu isolé au fond de la salle — silhouette d’« outsider » dans le milieu qui l’accueillait. Son profil musical piquait évidemment notre curiosité, d’autant que nous venions de nous pencher sur la parution, chez Alpha, de la Symphonie no 1 « Quantique » du Français Romain De La Haye-Serafini (Molécule), aux prises avec le même défi : fusionner musique électronique et trame orchestrale avec l’Orchestre national de Lille, dirigé par Alexandre Bloch.

Cheminement

Apashe ne connaissait alors pas le travail de Molécule, mais nous avions convenu d’en reparler le jour de notre entretien. « L’approche est un peu la même, dans l’optique du mélange de textures. Cela dit, j’ai l’impression qu’il est beaucoup plus dans des textures un peu expérimentales qui, de base, se mélangent en fait très bien avec un orchestre symphonique. Je pense que moi, je vais plus dans les contrastes de choses qui, à la base, ne se mélangent pas bien du tout et que j’essaie de faire fonctionner. Ça a l’air un peu paradoxal, mais ça marche. Je pense que c’est la seule vraie différence ; mais, dans le concept, c’est un peu la même chose », nous dit l’artiste après écoute de l’album de son confrère.

D’origine belge, John de Buck est arrivé à Montréal à l’adolescence. Son installation n’avait rien à voir avec la musique ou de potentiels débouchés dans l’industrie du jeu vidéo. « J’étais encore mineur. Ma mère vivait déjà ici. Je suis venu pour étudier avant tout. Après mes études, je suis resté. Même si, aujourd’hui, ma mère ne vit plus ici, moi, j’ai décidé de rester parce que j’ai construit ma vie ici. Je pense que dans les arts, c’est très dur de rester positif en Europe. À Montréal, le monde aide davantage à prendre confiance dans des décisions créatives et artistiques. Ça m’a donné beaucoup d’énergie et de motivation pour continuer dans les arts, alors que, probablement, si j’étais resté en Belgique, j’aurais fait quelque chose relié à la musique, au son, mais peut-être plus technique et moins créatif. »

L’orchestre a fait son entrée dans l’univers d’Apashe de manière progressive : « C’était une recherche à travers les années. Je fais de la musique depuis que je suis très jeune. Dans ma phase adolescente, j’ai découvert la musique de films, la musique classique. En parallèle, quand j’ai commencé à produire, j’ai samplé beaucoup de musique classique. Des années plus tard, quand j’ai commencé à faire de la musique plus professionnellement, j’ai réalisé qu’avec ce que j’avais appris à l’école, ce que j’apprenais un peu tous les jours avec les gens autour de moi, je pouvais écrire pour des instruments, les enregistrer et puis les redécouper comme je voulais. La recherche a été de progressivement me donner plus de moyens et moins de limites pour pouvoir vraiment aller chercher les sonorités que je voulais avoir et être maître de mes compositions. »

Mozart et Tchaïkovski

Maîtrisant les outils, Apashe les a appliqués ensuite à des univers différents. « J’ai fait beaucoup de choses très musique électronique au début de ma carrière, en tant que DJ. Mais il y a un moment où je n’étais pas satisfait artistiquement de ce que je faisais. J’étais vraiment poussé, dans des clubs et dans des festivals, à juste faire des DJ sets pour faire danser les gens, et je trouvais que ça manquait un peu de sens artistiquement. J’ai voulu me pencher sur les choses plus musicales et plus classiques. Et, donc, c’est là que j’ai enregistré Requiem, où j’ai remixé des titres de Mozart. Ça a tellement fonctionné que ça a été le début qui m’a poussé à réaliser Renaissance après. »

Renaissance constitue le premier jalon — suivi d’Antagonist — introduisant l’élément acoustique de l’orchestre (un ensemble de Prague dans les enregistrements) dans la création musicale d’Apashe et ouvrant la voie au présent projet. Pour les concerts montréalais, Apashe s’appuiera sur ces deux albums, revus et orchestrés avec le concours de l’orchestrateur Hugo Bégin afin de creuser encore davantage la matière symphonique.

« Pour honorer des titres qui ont fait partie du succès de ma carrière, il y aura quand même le passage Lacrimosa de Requiem, et, tiré de Renaissance la mélodie d’un folklore russe qui s’appelle Le bouleau et que l’on trouve dans la 4e Symphonie de Tchaïkovski. » Sur ce dernier motif, Apashe consentira d’ailleurs à s’effacer pour laisser entendre la version originale de Tchaïkovski, « ce qui a beaucoup plus de sens dans la Maison symphonique ». « Il y aura un petit deux minutes où ce sera vraiment juste Tchaïkovski, puis on repart sur le reste de l’album », annonce-t-il.

Frontières

L’assimilation de thèmes du grand répertoire dans un tissu électro s’avère parfois un exercice démoralisant pour le mélomane — la récente tentative de Victor Le Masne autour de Ravel chez Deutsche Grammophon en témoigne. Quelles sont, aux yeux d’Apashe, les balises séparant la réappropriation constructive du pur saccage ?

« J’ai l’impression que, dans tous les cas, c’est très subjectif. Je suis persuadé que plein de gens trouvent que j’ai défiguré Mozart. Et moi-même, d’une certaine façon, j’ai l’impression de l’avoir défiguré. J’ai cherché à amener une touche de ce que j’aimais dans le Requiem, c’est-à-dire quelque chose de dramatique, triste, mais grandiose, pour le ramener dans un univers facile à digérer pour un public jeune. Dans la musique électronique, il y a quelque chose qui revient tout le temps : c’est le remix. Quand tu fais un remix, tu dois toujours garder une part de l’identité, mais apporter quelque chose de nouveau. Dans Requiem, il y a trois titres assez différents. Pour Dies Irae, j’ai juste mis de gros synthétiseurs et des percussions, mais en respectant la rythmique et l’harmonie. Les gens ruinent les choses quand ils détruisent l’âme de la pièce. »

Sur le fond, Apashe pense que « quand l’intention est complètement différente de l’original, c’est là que ça fonctionne ». Le fil du rasoir, à ses yeux, ce sont les Quatre saisons de Vivaldi revues par Max Richter. « Il prend une pièce iconique pour cordes et il en refait une autre pièce iconique pour cordes. Lui était à la limite d’avoir raté ça, parce que son intention était la même : il refaisait un autre morceau classique, mais avec des codes contemporains plutôt que des codes baroques. Heureusement, comme les codes contemporains sont très différents, l’intention devenait différente. »

Le musicien regarde toutefois en arrière avec quelques frissons. « La seule raison pour laquelle j’avais moins peur de m’attaquer à une source classique comme Mozart au moment de Requiem, c’est parce que là où j’en étais dans ma carrière, il n’y avait pas beaucoup de pression. Je pouvais faire n’importe quoi, tout le monde s’en foutait un peu. » Il reconnaît que la démarche était « un peu naïve ». « Aujourd’hui, reprendre quelque chose d’aussi prestigieux, peut-être que j’y réfléchirais un peu plus, et donc, peut-être, qu’en fait c’est là que je ferais quelque chose de mauvais ! »

Le concert avec solistes vocaux et chorale devrait attirer un public mixte. « On ne sait pas qui sont les gens qui achètent les billets en ce moment. Je pense que ça va être un mélange de mon public et de celui de l’OSM. Mais la proportion très difficile à évaluer. Ce n’est pas forcément du monde qui a envie de faire la fête, un public qui cherche peut-être un prétexte pour assister à quelque chose d’un peu plus calme que le chaos habituel de mes spectacles. Et puis il doit y avoir des curieux qui ne me connaissent pas et qui se demandent ce que ça va être. J’espère qu’il y aura beaucoup de curieux, mais concrètement, c’est très difficile de le savoir. »

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