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Wednesday, October 7, 2026

Affaire Bardella : le ravalement de façade du RN cache-t-il un antisémitisme intact ?

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Marine Le Pen a d’ailleurs toujours dans ses proches des gens qui ont fait partie du Groupe Union Défense (GUD), un mouvement d’extrême droite étudiant né en 1968 et qui a perduré jusqu’en 2024, à tendance très violente et néonazie. Même s’ils ne sont plus au premier rang des meetings car leur image n’est pas bonne pour le RN, ils sont toujours bien présents. Une enquête de Mediapart avait d’ailleurs mis au jour l’existence de contrats de prestations du RN au niveau européen avec des entreprises détenues par ces proches peu fréquentables de Marine Le Pen.

Jordan Bardella, lui, a dirigé la Fédération de Seine-Saint-Denis qui est "truffée d’antisémites" explique Adeline Percept. À cette époque, "tous les jeunes qui sont avec lui suivent les vidéos d’Alain Soral, la rhétorique d’Éric Zemmour, les provocations d’un personnage comme Dieudonné. Et eux, sont devenus ensuite des cadres du parti. […] Tout cet environnement fait qu’évidemment, le parti n’a pas changé et que, même si Mediapart a bien fait de révéler tous ces messages, ce n’est pas une surprise pour ceux qui suivent de près l’évolution du parti depuis des décennies", analyse notre correspondante à Paris.

Jordan Bardella à La Seyne-sur-Mer, le 27 septembre 2026 à l’occasion des élections sénatoriales. © Thibaud MORITZ / AFP via Getty Images

Des élus formés à répondre à la presse

Une des stratégies du Rassemblement national pour éviter tout écart à sa nouvelle image porte notamment sur la formation de ses sympathisants à la prise de parole dans les médias : peu importent leurs opinions, aucun propos extrême ne doit ressortir. "Tous les militants qui ont un minimum de responsabilité dans les sections les plus reculées de France ont des formations aux médias pour justement perpétuer cette façade toute ripolinée, tout en pensant le contraire", soulève encore la journaliste Adeline Percept.

Elle a d’ailleurs pu assister à l’une de ces formations données par l’Institut de formation politique, dans le cadre d’un documentaire pour #Investigation réalisé avec Benoit Feyt. "C’est un institut qui forme des jeunes d’extrême droite. Il y a beaucoup de jeunes du RN, mais aussi quelques jeunes de chez LR, la droite conservatrice, et Reconquête, le parti d’Éric Zemmour. Et là, nous avons constaté ce qu’on apprend aux jeunes qui ont 16, 17, 18 ans. On leur dit : 'vous êtes des militants, vous pensez ce que vous pensez mais la presse est contre vous. Il faut faire attention aux journalistes, vous pouvez leur parler, mais il faut adopter un langage qui soit acceptable et qui soit bien ripoliné'. Donc ça fait partie intégrante de la formation des très jeunes, dès leur plus jeune âge", observe encore notre correspondante.

Cette stratégie du RN a même été verbalisée par Louis Aliot, l’ex-compagnon de Marine Le Pen, lors d’un entretien avec l’historienne Valérie Igounet en 2013. Dans son ouvrage Le Front national de 1972 à nos jours, elle le cite : "La dédiabolisation ne porte que sur l’antisémitisme. En distribuant des tracts dans la rue, le seul plafond de verre que je voyais, ce n’était pas l’immigration, ni l’Islam… D’autres sont pires que nous sur ces sujets-là. C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste […]".

S’en est suivi durant les années suivantes une politique proactive de la part de Marine Le Pen et de ses cadres pour lisser l’image du parti, mais aussi se placer en bouclier de la communauté juive, notamment face aux milieux musulmans et islamistes. "Mais tout cela, c’est une stratégie" conclut Adeline Percept.

► Découvrez en plus sur les révélations de Médiapart en écoutant l’entièreté du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.

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