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Thursday, September 17, 2026

Blocs opératoires | Le Québec tourne le dos à un gaz polluant

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Après l’Écosse, l’Union européenne et Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec retirera officiellement de ses blocs opératoires le desflurane, un gaz anesthésique ayant une empreinte carbone très élevée.

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La mesure était réclamée par l’Association des anesthésiologistes du Québec, le Collège des médecins et l’Association québécoise des médecins pour l’environnement. Dans un avis publié en 2024, l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) recommandait aussi l’élimination du desflurane lors des anesthésies générales par inhalation, sauf en cas de situations « très exceptionnelles ».

La décision de Santé Québec figure dans son Plan d’action en matière de développement durable 2026-2028, publié discrètement au début du mois de mai. Santé Québec demande aux établissements de santé d’assurer le retrait progressif du desflurane, de maintenir ce retrait et de promouvoir des techniques à faible débit avec des agents moins nocifs pour l’environnement, comme le sévoflurane.

Le desflurane a un potentiel de réchauffement 2540 fois supérieur à celui du CO2. Il peut être remplacé par le sévoflurane, 40 fois moins polluant et moins cher.

Plusieurs hôpitaux n’ont toutefois pas attendu la directive de Santé Québec pour agir. La proportion des heures d’anesthésie par inhalation avec le desflurane est passée de 16 % en 2019 à 3 % en 2023, selon les plus récents calculs disponibles de l’INESSS. Santé Québec indique que la grande majorité des établissements n’utilisent plus ce gaz. « Il y aura des suivis avec les quelques établissements qui l’utilisent encore pour des spécificités cliniques », a précisé par courriel la porte-parole de Santé Québec, Catherine Brousseau.

« D’une manière générale, le plan vient souligner une partie de ce qui se fait déjà dans le réseau de la santé. Le desflurane en est un bel exemple », constate Jérôme Ribesse, cofondateur et directeur général de Synergie Santé Environnement, un organisme qui accompagne les établissements de santé dans leurs efforts environnementaux. Selon lui, Santé Québec n’aura pas de mal à atteindre la cible de réduction de l’achat de desflurane qu’elle s’est fixée, soit 95 % de moins en 2027-2028 par rapport à 2024-2025.

Aucune mention du protoxyde d’azote

« C’est super que ça apparaisse dans le plan, mais ça aurait été bien d’avoir deux ou trois autres actions qui touchent les gaz anesthésiques », pense M. Ribesse. Par exemple, le document ne fait pas mention du protoxyde d’azote (N2O), un autre puissant gaz à effet de serre qui reste 109 ans dans l’atmosphère. Dans les hôpitaux, ce gaz est transporté au bloc opératoire par un système de canalisations. En Écosse, il a été démontré qu’environ 80 % du protoxyde d’azote ne se rend pas aux patients à cause de fuites.

Certains hôpitaux québécois ont cessé l’utilisation du système centralisé de distribution de protoxyde d’azote et l’ont remplacé par des bonbonnes portables.

Le Collège des médecins du Québec salue la décision de Santé Québec concernant le desflurane. « C’est un pas vers des pratiques anesthésiques plus écologiques », a affirmé son président, le DMauril Gaudreault, dans une déclaration transmise par courriel. « Mais, nous interpellons de nouveau Santé Québec afin que soient bannies les canalisations de protoxyde d’azote, qui sont aussi très polluantes. »

Catherine Brousseau explique que si la consommation de protoxyde d’azote n’a pas été intégrée aux cibles, c’est parce que son utilisation et le suivi de sa consommation sont plus complexes que pour le desflurane.

Santé Québec évalue actuellement la meilleure façon d’appliquer les recommandations de l’INESSS. Elle ajoute que des canalisations pour le protoxyde d’azote ne sont pas installées dans les nouvelles constructions.

Jérôme Ribesse estime qu’en général, le plan d’action présenté par Santé Québec est une « très bonne première ébauche ». « Il a le mérite de contenir des actions qui touchent les soins, ce qui n’était pas ou peu le cas avant [avec le plan d’action du ministère de la Santé et des Services sociaux]. On sent que c’est un plan d’action qui s’adresse réellement aux établissements de santé. »

Or, plusieurs des établissements ont déjà un plan d’action beaucoup plus ambitieux, souligne-t-il. « Ce leadership qu’on attend [de Santé Québec], je ne pense pas que c’est dans ce plan d’action qu’on va l’avoir. Mais l’organisation se structure […]. Si Santé Québec survit aux prochaines élections, ça prendra probablement cinq, six ou sept ans pour que la structure fonctionne et atteigne son plein potentiel. »

D’autres mesures du Plan d’action en matière de développement durable de Santé Québec

Résilience aux changements climatiques

Vingt-trois établissements du réseau travaillent à l’élaboration d’un plan d’adaptation aux changements climatiques afin d’être mieux préparés aux aléas climatiques extrêmes plus fréquents.

Décarbonation des bâtiments

Les points de service du réseau de la santé et des services sociaux représentent 25 % de la superficie des bâtiments de l’État et 50 % des émissions de gaz à effet de serre de ces derniers. En misant sur l’utilisation saine de l’énergie, en planifiant des projets en efficacité énergétique et en augmentant l’utilisation d’énergies renouvelables, Santé Québec prévoit réduire de 10 % ses émissions de GES en 2027-2028 par rapport à 2019-2020.

Gestion des matières résiduelles

Il est estimé que les établissements de santé et de services sociaux du Québec génèrent au moins 103 000 tonnes de matières résiduelles annuellement, excluant les déchets biomédicaux. De ce total, 21 % seraient récupérées. La cible pour 2027-2028 a été établie à 30 %.

Approvisionnement durable

Selon la cible du Plan d’action, la moitié des achats devra intégrer au moins une considération de développement durable.

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