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Wednesday, October 21, 2026

Faim à Montréal | Bientôt 15 millions de demandes d’aide pour manger

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Quand on se promène dans les allées de son supermarché, qu’il s’appelle Metro, Maxi ou Liquidation Marie, on ne soupçonne pas toute la logistique requise pour garnir les tablettes. Et on oublie qu’il existe un autre système, tout aussi complexe, en parallèle, pour nourrir une partie de la population.

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Pourtant, son ampleur est considérable : des entrepôts, des camions, des millions de boîtes, des chariots élévateurs, de l’ensachage, des sous-traitants, des donateurs, des bénévoles et beaucoup d’huile de coude. Une vraie fourmilière, rodée au quart de tour.

Bienvenue dans l’univers de Moisson Montréal, un organisme qui en approvisionne 300 autres en denrées de toutes sortes. Comment vont ses affaires ? La réponse se trouve dans son Bilan-Faim 2026, dévoilé aujourd’hui. En gros, on doit encore gérer une forte croissance.

Les demandes d’aide alimentaire ont bondi de 14 % cette année par rapport à l’an dernier, même si le prix du panier d’épicerie se stabilise.

Les grandes chaînes d’épiceries seraient aux anges si elles devaient composer avec une telle hausse de clientèle. Mais dans le cas de Moisson Montréal, inutile de dire que c’est l’inverse. Cette augmentation substantielle, qui révèle une pauvreté accrue dans la population, met de la pression sur un réseau qui n’arrive plus à répondre à la demande.

Pour servir le plus de monde possible, les organismes qui distribuent des denrées doivent faire des choix. Un sur deux réduit la grosseur de ses paniers, un sur quatre doit parfois refuser des personnes.

Chaque mois, on arrive tout de même à répondre à 1 257 325 demandes d’aide alimentaire. Je tenais à mettre le nombre précis pour qu’on réalise l’ampleur des besoins.

Si la tendance se maintient, on atteindra 15 millions d’aides pour l’année 2026. Il s’agit d’une hausse de 76 % en seulement 5 ans. « Ça nous oblige à être créatifs, à innover et à faire preuve d’audace », résume la directrice générale de Moisson Montréal, Chantal Vézina.

Il faut nourrir davantage de gens, mais aussi les aider plus longtemps. Malgré les revenus de travail, la pension de vieillesse ou les prestations d’aide sociale, le budget d’un nombre croissant de ménages n’est pas équilibré. Et il ne le sera pas plus dans quelques mois.

C’est la grande nouveauté. Le coup de pouce se transforme en service indispensable.

« Avant, l’aide, c’était ponctuel. Tout le monde peut avoir des coups durs, mais là, ça s’inscrit dans la durée, ça devient permanent », relate Chantal Vézina. Le phénomène commençait l’an dernier, mais aujourd’hui, c’est devenu « l’histoire de fond ». Pas moins de deux organismes sur trois observent une forte augmentation du recours récurrent à l’aide alimentaire.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Le directrice générale de Moisson Montréal, Chantal Vézina

Chantal Vézina constate aussi qu’un nombre croissant d’étudiants n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Leur situation est assez préoccupante pour que le Regroupement des cégeps de Montréal ait contacté Moisson Montréal. L’aide n’a pas tardé : un projet-pilote vient d’être lancé. Quelques cégeps ont été mis en relation avec des organismes qui distribuent des denrées, donnent des cours de littératie culinaire et parfois même de finances personnelles pour élaborer un budget.

Les données du Bilan-Faim ont été colligées en mars, un mois représentatif de l’année, car il n’est pas biaisé par le temps des Fêtes ou l’été. Il sera donc intéressant de voir si les mesures gouvernementales pour aider les moins nantis à composer avec la hausse du coût de la vie changeront la donne.

Québec a détaxé en juillet une série d’aliments et de produits d’hygiène, comme les fruits coupés, les noix et le papier de toilette. Il a aussi effectué un versement spécial pour l’épicerie et l’énergie, début juin. De son côté, Ottawa a bonifié l’Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels, distribuée chaque trimestre, et procédé, lui aussi, à un « versement spécial », en juin.

Quoi qu’il en soit, face aux énormes besoins, Moisson Montréal « investit dans l’innovation ». L’organisme s’est acheté une ensacheuse automatique qui lui permet de distribuer les légumes surgelés reçus en vrac. Pour le sucre, l’huile et la farine, la tâche est confiée à un sous-traitant. Une autre entreprise réussit à transformer les surplus de charcuteries en tartinades pour les sandwiches.

Et ce n’est pas tout, Moisson Montréal est en recherche et développement pour transformer en craquelins du pain qui risque d’être perdu. On espère en distribuer dès l’an prochain. « On investit depuis cinq ans en agriculture urbaine, ajoute Chantal Vézina. Ça nous permet d’avoir accès à des légumes de saison frais cultivés en périphérie. »

Toute cette ingéniosité mérite d’être saluée. Mais qu’elle soit devenue indispensable pour nourrir autant de Montréalais de manière permanente devrait nous faire réaliser que ce n’est pas normal.

Je vous ai parlé de la mairesse de Frampton qui a démissionné au début d’octobre, exaspérée par les messages haineux, l’intimidation et les menaces qu’elle recevait⁠1. Gina Cloutier n’osait même plus aller à l’épicerie. C’est cliché, mais sachez que l’amour a triomphé !

La mairesse a décidé de rester en poste après avoir reçu des centaines de messages d’encouragements. Une pétition demandant son maintien en poste avait aussi récolté près de 400 signatures, ce qui est énorme pour une municipalité de 1300 citoyens. « J’ai entendu les voix qui m’ont fait partir, mais aujourd’hui j’ai surtout entendu celles qui me demandent de rester. […] Jamais je n’aurais imaginé la suite : une vague d’amour, de solidarité, de soutien comme je n’en avais jamais connu », a dit la femme de 63 ans lors de la séance du conseil municipal de lundi, selon Radio-Canada⁠2. Ce revirement de situation n’est pas anodin.

Il nous montre que les voix positives ont un impact, elles aussi. Ne négligeons pas le pouvoir des bons mots.

1. Lisez la chronique « Violence verbale : petit village, grandes gueules » 2. Lisez l’article de Radio-Canada « La mairesse de Frampton renonce à démissionner après une vague de soutien »

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