Javier Milei sous la pression des étudiants et des députés en Argentine

Une nouvelle marche universitaire, la cinquième déjà depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, est organisée ce 15 octobre à Buenos Aires. Pression de la rue donc et pression au Parlement, où l’opposition va essayer aujourd’hui d’abroger l’une des mesures les plus emblématiques du président ultralibéral Javier Milei.
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De notre correspondant à Buenos Aires,
Le monde universitaire sera de nouveau dans la rue ce jeudi 15 octobre, avec notamment le soutien des syndicats et des organisations sociales, pour une cinquième marche déjà depuis l’arrivée au pouvoir de Javier Milei, et le début de ses coupes drastiques dans le budget des universités et de la recherche scientifique. Fin 2025, l’opposition avait réussi à faire adopter une loi d’augmentation du budget des universités. Javier Milei avait utilisé son véto présidentiel pour bloquer le texte, mais le Parlement avait levé ce veto, avec une majorité qualifiée.
Budget des universités : la loi que Milei refuse d’appliquer
Et pourtant, malgré ces votes successifs, le gouvernement refuse toujours d’appliquer la loi, au motif qu’elle mettrait en péril l’équilibre budgétaire. Les universités ont déposé des recours devant la justice qui a pris des mesures conservatoires, mais rien n’y fait, regrette le vice-recteur de l’université de Buenos Aires Emiliano Yacobitti : « Ça fait presque un an qu’une loi qui a été votée par les deux chambres du Congrès n’est pas respectée. Donc nous nous mobilisons pour attirer l’attention sur ce sujet, et pour demander à la justice de trancher sur le fond du dossier pour aborder le budget 2027 avec des certitudes sur la loi ».
Et en parallèle de la mobilisation pour les universités, l’opposition au Parlement va tenter aujourd’hui d’abroger une des mesures phares de Javier Milei. Quelques jours après son arrivée au pouvoir fin 2023, Javier Milei avait signé un décret de dérégulation massive de l’économie, le décret n°70/23. D’un coup de stylo, il avait abrogé ou modifié des dizaines de lois, qui régulaient par exemple le marché immobilier, celui des mutuelles ou encore celui du crédit.
C’est ce décret, le grand premier coup d’éclat de Javier Milei, que les députés de l’opposition comme le socialiste Esteban Paulon veulent abroger ce jeudi 15 octobre : « Le décret n°70/23 est inconstitutionnel. Il abroge ou modifie 72 lois votées par le Parlement, ce qui constitue un usage abusif de cet outil. Cela crée un précédent d’un président qui pourrait gouverner en tournant le dos au Congrès, en marginalisant le Congrès. C’est pour cela qu’il faut l’abroger ».
Un décret pourtant entré en vigueur il y a 3 ans
La cote de popularité de Javier Milei s’étiole ces derniers temps, ce qui offre à l’opposition un contexte favorable pour avancer sur ce sujet. L’autre élément qui a remis le sujet à l’agenda, c’est un imbroglio juridique autour de la vente de terres aux étrangers. Javier Milei avait voulu la déréguler par décret, la Cour suprême s’y est d’abord opposé, avant de l’autoriser, puis de l’interdire de nouveau.
Des allers-retours quelque peu incompréhensibles, qui ont eu le mérite de relancer le débat sur ce décret dérégulateur, se félicite le député Esteban Paulon.« Pendant longtemps, on a eu du mal à expliquer à la société pourquoi ce décret était nocif sur le plan institutionnel et du point de vue des mesures qu’il contient. Le gouvernement venait d’arriver au pouvoir et bénéficiait de la confiance de la population. Le débat sur les ventes de terres a remis le sujet à l’agenda, et quand on a commencé à analyser le contenu du décret, son caractère nocif est ressorti. C’est pour cela que certains secteurs politiques qui avant ne voulaient pas abroger le décret sont aujourd’hui prêt à le faire »
Alors malgré ces changements et cette nouvelle donne politique, à quelques heures du vote l’abrogation du décret dérégulateur de Javier Milei est encore incertaine, l’opposition doit réunir une majorité de 129 voix, et le gouvernement a commencé à activer ses réseaux pour blinder le décret du président.
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