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Friday, September 18, 2026

Madgalena Andersson, la «Merkel suédoise», veut revenir au pouvoir après sa victoire aux législatives

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Le bloc de gauche emmené par la sociale-démocrate Magdalena Andersson a remporté jeudi 17 septembre les élections législatives ultra-serrées de dimanche en Suède, selon un décompte de l'autorité électorale. Avec 176 sièges, le bloc de gauche devance de très peu celui de droite (173), du Premier ministre conservateur sortant Ulf Kristersson. Ce dernier a annoncé sa démission. C'est désormais au président du Parlement qu'il revient de mener les prochaines étapes en vue de la formation d'un nouveau gouvernement. Les négociations s'annoncent difficiles pour Magdalena Andersson qui espère bien faire son retour à la tête du pays après un court mandat en 2022.

La leader sociale-démocrate Magdalena Andersson a promis ce 17 septembre un « gouvernement qui fait avancer la Suède » après sa victoire aux élections législatives. À l'issue de plusieurs jours de décompte, le bloc de gauche a été déclaré vainqueur du scrutin de dimanche, provoquant la démission du Premier ministre conservateur, Ulf Kristersson.

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Avec 176 sièges, la coalition de gauche emmenée par Magdalena Andersson ne devance que d'une courte tête le bloc d'Ulf Kristersson, qui compte 173 élus. La quinquagénaire rêve d'un retour à la tête du gouvernement depuis qu'elle a quitté le pouvoir en 2022. Mais à priori, explique Louis Clerc, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Turku en Finlande et spécialiste des pays nordiques : « Elle n'aura pas les mains entièrement libres pour faire passer les mesures de gauche de sa politique. Si elle arrive à former une coalition, elle va devoir gouverner avec le Parti du centre qui a certaines idées semblables aux siennes, mais aussi des idées qui le rapprochent des partis de droite. Magdalena Andersson va donc devoir faire des compromis ».

Éphémère Première ministre en 2022, la sociale-démocrate au caractère bien trempé, réputée pour être têtue, pragmatique et directe, veut opérer son comeback à la tête de la Suède. Cette économiste de 59 ans est d'abord une fervente défenseure de l'État-providence emblématique des pays scandinaves, avec un franc-parler qui séduit de nombreux Suédois.

L'État-providence, premier enjeu du pays

« L'État-providence nordique, c'est quelque chose qui a une réputation. Mais la Suède a quand même beaucoup évolué depuis les années 1970 et le Premier ministre Olof Palme. Il y a des réalités qui sont difficiles à mettre de côté, rappelle Louis Clerc. Les pays nordiques ont exactement les mêmes problèmes que la France ayant une population qui vieillit, un poste retraite qui pèse énormément sur les finances publiques. Les politiques néolibérales du début des années 2000 avaient, par ailleurs, déjà bien bien entamé l'État-providence suédois ».

La présidente du Parti social-démocrate, Magdalena Andersson, dans le studio avant le débat électoral organisé par TV4 à Stockholm, en Suède, le jeudi 10 septembre 2006.
La présidente du Parti social-démocrate, Magdalena Andersson, dans le studio avant le débat électoral organisé par TV4 à Stockholm, en Suède, le jeudi 10 septembre 2006. © Anders Wiklund / TT News Agency via AP

Magdalena Andersson a souvent été comparée à la chancelière allemande Angela Merkel, qui aura été un modèle pour elle. Une « faiseuse de coalitions » qui aura su dominer la politique allemande pendant des années. À l'instar de Mutti (le surnom d'Angela Merkel) en Allemagne, « Magdalena Andersson inspire une certaine confiance aux Suédois », explique Louis Clerc. « C'est vrai qu'elle part avec un capital plutôt positif et plutôt important, mais il n'est pas sûr que ça dure ».

« Magda », comme elle est surnommée, admet volontiers être une cheffe exigeante, impatiente. « Tout ce que je veux, je le voulais prêt pour hier », confiait-elle dans une interview récente.

Une politique plus au centre

Issue de l'aile gauche de son parti, cette sociale-démocrate a depuis mis le cap au centre. Durant la campagne, elle a néanmoins promis d'augmenter les impôts sur les hauts revenus, de renforcer le système de protection sociale et de réduire les délais d'attente dans le secteur de la santé. « Magdalena Andersson a dit qu'elle allait revenir sur les politiques d'austérité, de réduction de l'État-providence. Mais pour ça, il va lui falloir une vraie majorité au Parlement et aussi retrouver une marge de manœuvre financière », souligne Louis Clerc.

Elle s'est également engagée à maintenir la plupart des politiques fermes du gouvernement du conservateur Ulf Kristersson en matière d'immigration ou de lutte contre la criminalité. En avril 2022, après de violentes émeutes qui avaient fait plus de 100 blessés parmi les policiers et choqué de nombreux Suédois, Magdalena Andersson avait déclaré que la Suède n'avait pas réussi à intégrer le grand nombre d'immigrants qu'elle a accueillis au cours des deux dernières décennies.

Aujourd'hui, le Parti social-démocrate a promis une politique d'immigration zéro pendant au moins quinze ans, estimant notamment que l'immigration de masse était incompatible avec le maintien d'un modèle d’État-providence. Selon le spécialiste des pays nordiques, Louis Clerc : « Il est évident que dans les différents pays européens, les positions sont plus ou moins dures sur l'immigration. Mais il n'y a plus aucun pays en Europe qui n'ait pas ce genre de politique et ce genre de discours restrictif sur l'immigration ».

La Première ministre suédoise, Magdalena Andersson, s'adresse aux médias avant la réunion extraordinaire des dirigeants de l'UE consacrée à l'Ukraine, à Bruxelles, le 30 mai 2022.
La Première ministre suédoise, Magdalena Andersson, s'adresse aux médias avant la réunion extraordinaire des dirigeants de l'UE consacrée à l'Ukraine, à Bruxelles, le 30 mai 2022. © Geert Vanden Wijngaert / AP

Sur la scène internationale, « je veux que la Suède soit un membre actif de l'Otan, qu'elle fasse davantage entendre sa voix en Europe, car dans le monde dans lequel nous vivons, nous avons besoin d'une Union européenne beaucoup plus forte », confiait Magdalena Andersson à l'AFP lors d'un meeting à une semaine du scrutin.

Une position logique concernant l'Otan et qui devrait se poursuivre selon Louis Clerc. « Ça a été assez compliqué pour la Suède de rentrer dans l'Otan. Mais aujourd'hui, en 2026, avec une guerre en Ukraine qui se prolonge et des pays nordiques soutenant Kiev dans leur ensemble, je pense que Magdalena Andersson continuera dans cette même voie ».

La question de l'Europe divise

La question de l'Europe suppose par ailleurs des nuances assez nettes. Le discours d'entrée dans la zone euro promu par la droite n'a pas convaincu les Suédois. Selon Louis Clerc, quand Magdalena Andersson évoque « un rôle plus actif » au sein de l'Union européenne : « Il faut voir quel genre de rôle. Je pense que quand les Suédois parlent de l'Europe, ils parlent avant tout des pays nordiques, de l'Allemagne, des pays qui sont leurs partenaires naturels. Je pense qu'il y a plusieurs cercles. Il y a d'abord le voisinage immédiat. L'Union européenne en tant que telle, ça vient en second ».

Habituellement vêtue de tailleurs aux couleurs sombres, Magdalena Andersson est à la tête des sociaux-démocrates depuis novembre 2021, après la démission du chef du parti et Premier ministre Stefan Löfven, qui lui avait de fait confié les rênes du gouvernement.

La présidente du Parti social-démocrate, Magdalena Andersson, arrive à la soirée électorale organisée par son parti à Stockholm, en Suède, ce dimanche 13 septembre 2026.
La présidente du Parti social-démocrate, Magdalena Andersson, arrive à la soirée électorale organisée par son parti à Stockholm, en Suède, ce dimanche 13 septembre 2026. © Jonas Ekstroemer / TT News Agency via AP

Elle était alors déjà bien connue des Suédois, après avoir occupé pendant sept ans le poste très réputé de ministre des Finances. Avant que tout ne parte à vau-l'eau. Dans une alliance sans précédent, droite et extrême droite s'unissent quelques heures après son élection pour torpiller des négociations budgétaires. La coalition de Magdalena Andersson, ébranlée, finit par imploser, la contraignant à démissionner après seulement sept heures en poste.

Cinq jours plus tard, en novembre 2021, le bloc de gauche se retrouve et la quinquagénaire est réélue par le Parlement, faisant d'elle la première femme à diriger le gouvernement suédois depuis l'abdication de la reine Ulrika Eleonora en 1720.

Un mandat bref mais intense

Son nouveau mandat est bref – seulement dix mois – mais intense, marqué notamment par la pandémie de Covid-19. Cette mère de deux enfants, aujourd'hui adultes, a également joué un rôle central dans le revirement des sociaux-démocrates, qui s'opposaient depuis longtemps à l'adhésion à l'Otan, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022. La Suède a déposé sa candidature pour rejoindre l'Alliance atlantique en mai de la même année. Magdalena Andersson affirme le soutien de la Suède à l'Ukraine en guerre contre la Russie, puis engage l'intégration de son pays dans l'Otan, rompant avec la politique de neutralité traditionnelle du pays.

Quelques mois plus tard, elle perd les élections législatives de septembre 2022 face à un bloc de droite dirigé par Ulf Kristersson, du Parti modéré. Elle exerce depuis les fonctions de cheffe de l'opposition.

Magdalena Andersson, cheffe de l'opposition et le Premier ministre Ulf Kristersson, posent pour les photographes avant un débat électoral à Gävle, en Suède, le mercredi 9 septembre 2026, à la veille des élections législatives du 13 septembre.
Magdalena Andersson, cheffe de l'opposition et le Premier ministre Ulf Kristersson, posent pour les photographes avant un débat électoral à Gävle, en Suède, le mercredi 9 septembre 2026, à la veille des élections législatives du 13 septembre. © Anders Wiklund / TT News Agency via AP

Née le 23 janvier 1967 à Uppsala, capitale académique de la Suède, cette fille unique d'un universitaire et d'une enseignante s'illustre d'abord en natation, où elle se fait remarquer par sa détermination et finit championne de Suède junior.

Elle a aussi plongé dans le bain du militantisme dès l'âge de 16 ans, un engagement qu'elle n'a pas renié depuis. Diplômée de la Stockholm School of Economics, elle a effectué un bref passage à Harvard et au Fonds monétaire international (FMI).

Aujourd'hui, sa victoire électorale et son possible retour au pouvoir ont notamment fait réagir le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, qui dirige l'un des rares gouvernements socialistes en Europe. Il a salué cette victoire sur le réseau social X. « Après quatre ans de gouvernement de droite allié à l'extrême droite, les Suédois misent à nouveau sur l'État-providence, la justice sociale et la transition écologique », s'est-il félicité.

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Le Parlement doit se réunir le 28 septembre et un nouveau chef de gouvernement ne sera désigné qu'à partir du lendemain, au plus tôt. D'ici là, le président du Parlement va entamer des discussions avec les chefs de parti pour dégager un accord sur un nom, qui sera sans doute Magdalena Andersson, mais la bataille promet d'être rude pour former une coalition.

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