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Friday, September 25, 2026

Cavale de Jean-François Malo en Martinique | Bons baisers de Fort-de-France

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Il devrait se trouver derrière les barreaux. Il a plutôt « les pieds dans le sable » en Martinique : La Presse a retrouvé Jean-François Malo – condamné à cinq ans de prison pour avoir commandé une attaque armée contre un avocat – sur une plage des Antilles françaises.

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Le promoteur de Joliette figure au sommet de la liste des fugitifs de la Sûreté du Québec. Mais depuis juin, il est libre sous le soleil des tropiques : un tribunal français l’a libéré en attendant son extradition, pour des raisons de santé. La Presse est partie sur sa piste en Martinique.

Loin des pénitenciers canadiens, Malo passe ses journées entre son discret appartement au centre de Fort-de-France et le bord de la mer, dans la chaleur torride des Antilles.

Notre journaliste l’a abordé devant chez lui, alors qu’il rentrait d’une journée à la plage.

En entrevue, l’homme d’affaires réitère qu’il craint pour sa sécurité s’il revient au Québec. « Moi, je suis menacé par des membres des Hells Angels, et puis je n’ai pas d’aide ! », s’exclame Malo. Il assure vouloir revenir au pays pour faire face à la justice, à condition d’obtenir des mesures de sécurité.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jean-François Malo à la plage de l’Anse Madame, près de Fort-de-France

J’aurais aimé mieux voir ma famille et mes enfants, regardez… Je privilégierais une situation où je pourrais avoir une protection quelconque, que ça soit la GRC, que ce soit la SQ…

Jean-François Malo

Ce n’est toutefois pas ce qu’il disait dans une conversation téléphonique enregistrée quelques jours après sa libération, et déposée à la Cour d’appel du Québec.

« Là, je suis à la plage, ça va bien la vie. Je retourne plus jamais au Canada. C’est fini. Plus jamais », disait Malo. « Je suis bien, tabarnak, c’est les Caraïbes ! »

« Je retourne plus jamais au Canada », dit Malo

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Le tribunal vient de rejeter son pourvoi contre son verdict de culpabilité pour voies de fait graves, puisqu’il a « quitté le pays pour se soustraire à la justice ». « Les ressources judiciaires étant limitées, elles ne peuvent être utilisées par une personne qui répudie l’autorité des tribunaux », ont tranché les juges.

Jean-François Malo a écopé de cinq ans de prison pour avoir commandité en 2020 une attaque contre un avocat représentant Desjardins. Nicholas Daudelin, depuis devenu juge, avait reçu une balle dans la jambe. Selon le tribunal, le promoteur voulait se venger d’une poursuite civile intentée contre lui par l’institution financière.

Encore aujourd’hui, Malo nie avoir commandité l’attentat contre Nicholas Daudelin, même s’il reconnaît que les deux assaillants travaillaient bien pour lui. Il assure qu’il compte porter la « décision absurde » de la Cour d’appel devant la Cour suprême.

De Trois-Rivières au Cambodge

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Le tarmac de l’aéroport Aimé-Césaire à Fort-de-France

Le juge qui a reconnu Malo coupable en mai 2025 ne l’a pas fait incarcérer, et son avocat affirmait en septembre dernier qu’il était un « extraordinaire candidat » à la prison à domicile.

Mais neuf jours avant de recevoir sa peine en octobre dernier, il a entamé une cavale rocambolesque en jet privé de Trois-Rivières au Cambodge… avec un passeport diplomatique de la Sierra Leone.

Comment met-on la main sur un tel document de voyage ? « Il faut avoir les bonnes connexions », répond-il en entrevue avec La Presse, expliquant qu’« un ami » le lui a déniché gratuitement pour l’aider à fuir.

Scènes de la vie quotidienne à Fort-de-France

  • Vue aérienne de la capitale martiniquaise

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Vue aérienne de la capitale martiniquaise

  • Piétons et vie quotidienne

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    Piétons et vie quotidienne

  • La capitale regorge de vie.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La capitale regorge de vie.

  • La ville compte quelque 75 000 habitants.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La ville compte quelque 75 000 habitants.

  • La Martinique se situe entre la Dominique et Sainte-Lucie.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La Martinique se situe entre la Dominique et Sainte-Lucie.

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Depuis son arrestation en Martinique le 30 décembre dernier, l’homme d’affaires se démène contre son extradition. Après un échec devant la Cour d’appel de Fort-de-France, il a tenté de porter la cause en Cour de cassation – l’équivalent de la Cour suprême –, qui doit décider le 20 octobre si elle entend sa cause, à Paris.

Malo répète qu’il devait à tout prix s’éclipser parce qu’il avait refusé de payer l’ex-numéro deux des Hells Angels Stéphane Plouffe, surnommé « Fesse » – aujourd’hui porté disparu. « Avoir Fesse aux fesses, c’est pas ce qu’il y a de plus agréable », dit-il en entrevue.

Le gangster lui aurait personnellement adressé le message chez lui en juin 2025 : « À la minute où je rentrais en prison, j’allais payer, ils allaient me faire vivre l’enfer. »

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Jean-François Malo en entrevue avec La Presse, dans un hôtel en Martinique

Accoudé devant un « rhum coca » à une table d’un hôtel de Fort-de-France, le fugitif a perdu le compte des différentes étapes de son périple. Selon des documents d’enquête de la Sûreté du Québec déposés à la Cour d’appel, il a d’abord fait huit escales dans sept pays, de la République dominicaine à la Thaïlande, en passant par le Kenya et les Maldives.

Destination finale : le Cambodge, où il est resté près d’un mois. C’est précisément dans ce pays qu’une somme de 3,8 millions s’est volatilisée en 2019, dans une fraude dont Malo a été reconnu responsable dans des jugements civils.

Il a toujours nié être à l’origine de ces malversations. Le promoteur affirme s’être rendu à la banque où ont abouti les fonds pendant sa cavale pour enquêter sur les vrais bénéficiaires de la fraude pendant qu’il était au Cambodge.

« J’ai payé, j’ai soudoyé les employés, pour savoir qui a fait quoi. » Il assure avoir trouvé des preuves permettant d’identifier les auteurs du vol.

En entrevue, La Presse a voulu savoir s’il s’y était rendu pour récupérer le magot. « Mais non, mais non ! », répond-il en riant.

Fin de cavale

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Jean-François Malo à Fort-de-France

Chose certaine, Malo, qui se dit « indépendant de fortune », a dû payer le prix fort pour l’avion qui l’a mené jusqu’à l’autre bout du monde. « Ça a coûté cher, reconnaît Malo. C’est à peu près 300 000 $ américains. »

Près d’un mois après son arrivée au Cambodge, il est reparti vers l’Afrique. Le fugitif s’est retrouvé en Gambie, où il a obtenu la résidence permanente… sous une fausse identité du Venezuela. Puis il a tenté de se rendre dans ce pays sud-américain à bord d’un autre jet privé.

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Le fugitif s’est rendu en Gambie sous une fausse identité du Venezuela.

Mais le 30 décembre, son Gulfstream a fait une escale en Martinique, où la police française avait reçu un tuyau concernant un Canadien en fuite voyageant sous une fausse identité vénézuélienne.

Fin de la cavale. Malo a écopé de deux mois d’incarcération pour avoir voyagé avec de faux documents, puis il est resté détenu, en attendant son extradition vers le Québec.

Le fugitif croit s’être fait rouler par deux hommes qui ont organisé son vol à partir de l’Afrique. « Ils m’ont dénoncé ici avant que j’arrive, le Canada a été avisé par la France de mon arrivée imminente », dit-il.

Malo manque de mots pour décrire les conditions de détention à la prison martiniquaise de Ducos, réputée pour sa surpopulation. Un environnement « sale et dur », dit-il. « On était trois par cellule, enfermés 22 heures sur 24. »

En juin, le tribunal français l’a libéré, considérant que son état de santé s’était « détérioré » – Malo dit souffrir d’« apnée du sommeil sévère » et d’une « hernie ombilicale évolutive non prise en charge ».

Le tribunal a aussi tenu compte de ses liens avec l’île, resserrés par l’achat d’un modeste appartement au cœur de la capitale Fort-de-France, où La Presse l’a retrouvé.

Malo vient d’ailleurs d’acheter une autre propriété. « Vous êtes chanceux de me pogner, parce que je déménage bientôt ! »

La maison, plus grande, lui permettra d’héberger sa femme et ses filles, dit-il. « Elles sont venues deux fois, et elles vont revenir à l’automne, parce que, écoute, j’ai besoin de ça, souffle Malo, au bord des larmes. Sinon, je serais resté au Cambodge ! »

Changement de ton

Abordé devant chez lui, Jean-François Malo a spontanément accepté l’entrevue avec La Presse. En rencontre, son ton est courtois.

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La Cour d’appel de Fort-de-France

Rien à voir avec celui de la discussion que la procureure du ministère public a déposée en preuve à la Cour d’appel du Québec, pour contester sa demande de pourvoi.

À l’autre bout de la ligne : Olivier Gaucher, patron d’un bureau d’huissiers de Repentigny visé par un incendie criminel en octobre 2025. Le cabinet venait d’être impliqué dans la saisie d’une Maserati que Malo avait tenté de faire venir au Cambodge pendant qu’il s’y trouvait.

« Le char, ostie, je l’ai sur le cœur en tabarnak », vocifère-t-il pendant l’appel, enregistré huit jours après sa libération en juin.

Malo appelait l’huissier pour se plaindre des soupçons qui planaient sur lui pour l’incendie de son cabinet. « Je te le dis, là, je n’apprécie pas ça en date d’aujourd’hui. »

De toute façon, dit le promoteur, le bureau a été indemnisé : « L’assurance a payé, pourquoi t’es encore là-dessus ? »

En entrevue, Malo assure qu’il n’a rien à voir avec l’incendie, et qu’il a offert à Olivier Gaucher de passer un test « avec n’importe quel polygraphiste ».

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