Hochelaga-Maisonneuve | Un « crackhouse » et une halte-répit dérangent

Consommation de drogues, prostitution, forte présence de déchets : des habitants de deux secteurs d’Hochelaga déplorent l’« inaction » de l’organisme L’Anonyme par rapport aux méfaits observés dans deux de ses établissements.
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La Presse a récemment rencontré plusieurs résidants du secteur Davidson/Notre-Dame et de la rue de Chambly, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Les premiers vivent à proximité d’une halte-répit installée directement sur le campement Notre-Dame, les seconds tout près du 3629, une maison de chambres destinée aux personnes en « grande désaffiliation sociale ». Les deux établissements sont gérés par L’Anonyme.
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Des scènes de consommation en pleine rue sont observées tous les jours, selon des voisins du 3629.
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Parfois, comme ici, des résidants doivent assister des personnes en crise ou en période de consommation, par exemple en leur prêtant une chaise.
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Des sachets de drogue, des pipes à crack et des seringues jonchent le sol de différents secteurs d’Hochelaga.
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La ruelle derrière le 3629 est le lieu de plusieurs scènes de consommation et de prostitution, selon des voisins.
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Le va-et-vient empêche d’ailleurs certains voisins de dormir.
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Ces résidants ont, pour la plupart, explicitement reconnu le caractère essentiel de ces installations. Ils aimeraient néanmoins que L’Anonyme en fasse plus pour répondre aux problèmes qu’ils vivent.
« J’ai l’impression qu’on utilise le concept de réduction des méfaits pour camoufler de l’inaction », dit un voisin du 3629, qui a demandé l’anonymat pour préserver ses bonnes relations avec les résidants. Jour et nuit, il y a un va-et-vient incessant dans l’immeuble et autour, où la prostitution, le trafic et la consommation de drogues sont monnaie courante, mais encore plus depuis l’expansion rapide du campement Notre-Dame, à proximité.
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Certaines installations du campement Notre-Dame près de la halte-répit
Ce voisin déplore que ces gestes se déroulent au vu et au su des intervenants, qui n’agiraient pas en conséquence.
Ils vont voir quelqu’un se shooter dans la rue, lui offrent de nouvelles seringues, mais ne vont jamais aborder le fait que ce n’est pas un bon endroit pour ça.
« C’est comme un crackhouse financé par le gouvernement, finalement », remarque-t-il, affirmant que les gens vulnérables hébergés au 3629 ne peuvent pas améliorer leur sort sans une certaine forme d’encadrement.
« Les évènements continuent de se répéter, clairement l’organisme n’agit pas beaucoup », avance une autre voisine, Kamala Wright.
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La fenêtre de Kamala Wright donne directement sur la ruelle derrière le 3629, ce qui lui a fait vivre des épisodes désagréables, dernièrement. Elle dit par exemple que le va-et-vient dans l’immeuble l’empêche de dormir certaines nuits.
En entrevue, le directeur général de L’Anonyme, Julien Montreuil, sourcille quand on lui parle de ce sentiment d’inaction. Tous les gestes allégués ne sont absolument pas tolérés, assure-t-il.
Après ça, je ne peux pas dire que ces choses-là ne sont jamais arrivées. On n’est pas là tout le temps.
Il affirme qu’une équipe de cinq intervenantes en rotation assure une présence permanente au 3629. Les voisins rencontrés par La Presse aimeraient qu’un agent de sécurité soit greffé à cette équipe pour assurer un suivi des visiteurs qui entrent au 3629 et sécuriser les lieux.
Cette avenue n’est pas envisagée pour le moment par L’Anonyme, puisqu’il revient aux intervenants de gérer les situations quand elles se présentent, selon M. Montreuil.
« Ça prend des limites »
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La halte-répit à l’angle des rues Davidson et Notre-Dame
De l’encadrement, c’est aussi ce qui est réclamé à la halte-répit gérée par L’Anonyme à l’angle des rues Davidson et Notre-Dame, en plein cœur du campement. La vie de celle-ci a été prolongée jusqu’au printemps 2027, au moins. Depuis son implantation, des résidants disent avoir observé l’arrivée de nouveaux trafiquants de drogues, une hausse de la prostitution et une présence accrue de déchets de consommation de drogues.
« Oui, ça prend des ressources, mais ça prend aussi des limites. Nourrissez ces gens-là, donnez-leur des seringues, mais ramassez-les et ne laissez pas le campement s’étendre jusque sur les terrains des gens », demande Étienne Martel, qui ramasse lui-même de nombreuses seringues quotidiennement.
Il déplore par exemple que L’Anonyme ne ramasse pas assez les déchets de consommation. Julien Montreuil, lui, estime plutôt que son organisme est en action.
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Julien Montreuil dit comprendre les défis de cohabitation et assure que son organisme travaille activement pour y répondre.
On ne donne pas de seringues à la halte-répit, mais s’il y en a qui traînent autour de nos installations, c’est notre responsabilité de les ramasser. Après ça, est-ce qu’il y en a ailleurs ou est-ce qu’on n’a pas fait le tour ? La réponse est probablement oui.
L’Anonyme offre également des formations aux gens du quartier sur le ramassage sécuritaire de déchets de consommation, un outil pour combattre le « sentiment d’impuissance » qui accompagne le fait de côtoyer l’itinérance quotidiennement.
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Annie Charron, qui réside dans un HLM à proximité
Ce sentiment d’impuissance, Annie Charron, qui réside dans un HLM à proximité, le vit pleinement. Depuis l’arrivée de la halte-répit et ce que M. Martel et elle qualifient de croissance rapide des tentes dans le secteur, son immeuble de logements est pris d’assaut par les trafiquants de drogues et la prostitution.
« J’ai des enfants, je ne peux même pas sortir de chez nous, car ils ont peur de sortir sur le balcon. C’est harcelant, on se fait regarder comme si on était des problèmes par les vendeurs qui viennent dans les autres appartements, mais c’est moi qui suis chez moi », note-t-elle.
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Ginette Des Marchais et son mari Gilles
Sur leur balcon en face, Gilles et Ginette Des Marchais confirment le va-et-vient constant dans l’immeuble de Mme Charron depuis le début de l’année, auquel participent beaucoup de résidants du campement, selon eux. D’ailleurs, le Tribunal administratif du logement a décidé, fin juillet, d’expulser une locataire et trois femmes non autorisées qui résident désormais dans un HLM de l’immeuble.
Une responsable des relations entre les locataires et l’Office municipal d’habitation de Montréal témoigne notamment que plusieurs problèmes « engendrés par le trafic de drogue, la prostitution et le proxénétisme » sont observés dans cette habitation.
« Bien évidemment que chez nous, il y a des personnes qui vivent avec des dépendances et consomment des substances. C’est un système capitaliste, une économie de marché », souligne Julien Montreuil pour expliquer ces situations.
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Étienne Martel et sa conjointe Julie Bouchard. M. Martel ramasse plusieurs seringues au sol quotidiennement.
Malgré tout, M. et Mme Des Marchais, qui habitent Hochelaga depuis toujours, disent avoir vu pire et affirment que « ce n’est pas eux [les gens de la halte-répit] qui [les] dérangent le plus ».
De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal indique notamment, par écrit, que le poste de quartier 23 « a renforcé sa présence en effectuant des patrouilles à pied et en véhicule » dans ces secteurs.
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