Équipe Christine Fréchette – Coalition avenir Québec | Une cheffe devant le parti

C’est une anomalie en politique québécoise, et canadienne aussi.
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À la CAQ, le nom de la cheffe figure devant celui du parti. On peut le lire sur les documents officiels : « Équipe Christine Fréchette – Coalition avenir Québec ». Et souvent, on ne montre que la première partie du nom, car c’est la plus vendeuse.
Le Québec n’est toutefois pas en train de tomber en amour avec la cheffe caquiste. Et ce n’est pas le cas pour ses adversaires non plus. Cette campagne électorale est marquée par la tendance contraire : aucun chef n’attire une grande sympathie.
Le nom Équipe Fréchette découle à la fois de la stratégie et des circonstances.
Au municipal, les partis se créent et se défont d’une campagne électorale à l’autre. Leur identité dépend d’abord de la personne qui les dirige. Ce sont des coalitions bâties autour d’un visage pour prendre le pouvoir. Mais à l’échelle québécoise, cela demeure l’exception.
Pour le comprendre, il faut remonter à 2012.
À ses débuts, la CAQ était moins populaire et moins connue que son chef fondateur François Legault. La décision s’imposait donc : ajouter le chef dans le nom officiel du parti.
Au printemps dernier, avec l’élection d’une nouvelle cheffe, la CAQ aurait pu simplement se nommer « Coalition avenir Québec ». Or, après plus de sept ans au pouvoir, la marque du parti était usée. Ses appuis venaient de tomber sous la barre des 10 %. La nouvelle cheffe aidait à vendre une certaine rupture. C’est une femme au ton plus sobre, cartésien et consensuel. La parfaite occasion pour essayer de repartir sur une page blanche.
En plus, mettre son nom au premier plan aidait à la faire connaître, car pour une cheffe de gouvernement, sa notoriété restait faible. On espérait qu’en cette période anxiogène, elle rassurerait.
Le logo aussi a été ajusté. Mais il y a des limites au marketing. En avril, Mme Fréchette a multiplié les annonces. Elle est alors remontée dans les sondages. Mais à partir de mai, son élan s’est perdu.
Depuis, chaque mois qui passe, les opinions défavorables à son sujet augmentent.
La cheffe caquiste peut se consoler. Ses rivaux ne sont pas vraiment plus populaires.
À moins d’une semaine du déclenchement de la campagne, ses vis-à-vis libéraux et péquistes attirent autant d’opinions défavorables qu’elle.
La différence porte sur les indécis. Paul St-Pierre Plamondon est plus connu que Mme Fréchette et Charles Milliard. Et il divise. Il laisse deux fois moins de gens indifférents. Il récolte autant d’avis défavorables que ses adversaires, mais plus d’appuis, selon le sondeur Pallas.
Les électeurs sont encore susceptibles de changer d’opinion au sujet de la cheffe caquiste. Elle est aussi la seule cheffe plus populaire que son parti. À la question de savoir qui ferait le meilleur premier ministre, elle arrive deuxième, à 21 %. Seulement 4 points de pourcentage derrière Paul St-Pierre Plamondon, d’après notre sondage Synopsis1.
Mme Fréchette est donc une cible de choix. Mais cela ne justifie pas les attaques tendancieuses. Vendredi, des péquistes faisaient circuler une courte vidéo où elle répond en anglais à une question posée en français. Or, l’extrait ne montre pas les secondes précédentes où la reporter de Radio-Canada lui demande une clip en anglais pour la CBC. Il s’agit d’une pratique courante à laquelle se plient tous les chefs, y compris celui du PQ. Et tant mieux pour les fonds publics – la CBC n’a pas eu besoin de dépêcher une personne sur le terrain.
On s’alarme de la désinformation rendue possible par l’intelligence artificielle, mais la bonne vieille intelligence humaine fait encore aussi très bien ce travail.
Où est Charles Milliard ? La question circule depuis le début de l’été, du moins chez ceux qui le connaissent.
Cet été, les libéraux ont essayé de récupérer cette critique de façon comique avec une série de capsules vidéo « Où est Charles ? ». On le voit physiquement. Sur le plan idéologique, plusieurs électeurs peinent encore à le localiser, malgré des annonces ciblées vendredi sur les PME.
À la question de savoir qui ferait le meilleur premier ministre, M. Milliard arrive loin derrière, avec 14 %. Chez les francophones, il récolte un famélique 10 %.
Il aura désespérément besoin de la campagne pour parler aux quelque 30 % de gens qu’il laisse encore indifférents.
Éric Duhaime, chef conservateur, a un talent naturel pour s’inviter dans les discussions. En tant que tiers parti, le PCQ n’a pas peur de se faire trois ennemis si cela lui permet de se faire un nouvel ami.
Québec solidaire a le même niveau d’appuis, mais choisit une stratégie diamétralement opposée. Sa campagne s’annonce positive, axée sur l’espoir et des enjeux ciblés, comme la taxation des grandes fortunes, l’accès au logement, le transport collectif et le coût de l’épicerie. Le défi de sa cheffe parlementaire Ruba Ghazal sera de trouver des auditeurs.
Contrairement à la dernière campagne électorale fédérale, marquée par une vague d’appréciation pour Mark Carney, aucun chef ne suscite un très vif enthousiasme au Québec. Et à l’exception de Christine Fréchette, aucun n’a déjà été membre d’un gouvernement.
Avec une course à cinq, la lutte s’annonce serrée, et pour gagner, il faudra surtout être moins mal aimé que les autres.
1. Lisez notre article « La remontée de la CAQ s’essouffle, le PQ reste en tête »
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