Namur et son riche passé industriel: "le comté de Namur fut l'un des principaux centres sidérurgiques européens"

Deux ouvrages récents se sont penchés sur les dynamiques économiques namuroises et nous permettent d’avoir une vision assez claire de l’économie namuroise du 17e siècle au 20e siècle. L’un est la thèse de doctorat de l’historien Marc Ronvaux. Il s’est penché sur les dynamiques économiques dans l’espace rural namurois entre 1650 et 1794, un ouvrage dense, très documenté et sourcé. L’autre est plus personnel, son point de départ étant la vie de l’arrière-arrière-grand-père de l’auteur, Ugo Arquin, qui en a tiré ce livre : "L’étonnante Odyssée industrielle namuroise des 19e et 20e siècles".
La vie économique namuroise avant le 18ème siècle
Contrairement à l’image de ville campagnarde qu’elle peut dégager, Namur possède une riche histoire industrielle. A côté des cultures d’épeautre (céréale la plus cultivée dans le Namurois), de l’économie forestière et de l’élevage, l’industrie existait déjà, bien avant le 19e siècle. Une sidérurgie éloignée de l’image des hauts fourneaux de Seraing ou de Tubize qu’on en a habituellement. Dans son ouvrage, Marc Ronvaux en retrace l’histoire, de l’exploitation des nombreux gisements de fer namurois via des fourneaux à l’exploitation de hauts fourneaux (donc le premier apparaît au 14e siècle et permet de produire à l’époque 650 tonnes de fonte, contre 2 millions de tonnes pour un haut-fourneau moderne).
Tant la force motrice hydraulique, que le minerai de fer, la houille pour la forge et le charbon de bois sont présents dans le Namurois, ce qui explique son remarquable essor, peut-on lire dans l’ouvrage. "Les gros ruisseaux au débit rapide sont nombreux dans les bassins de la Meuse et de la Sambre : leur valeur économique est importante". On repère les gisements de fer grâce à la présence de certaines plantes, à la couleur des feuilles ou à la difformité de certains arbres, à l’observation des alluvions, au goût de l’eau des sources. Quant à la fonte produite, elle sert notamment à la production de grilles, de ‘poteries de fer’, de canons pour les armes, etc. "A la fin du 16ème siècle, on a eu dans le tout petit Comté de Namur, 25 hauts fourneaux, ce qui est énorme à l’échelle d’une si petite population, détaille Marc Ronvaux. Le comté de Namur était, à la fin du Moyen-Age, au début des Temps modernes, un des principaux centres sidérurgiques européens, ce qu’on n’imagine pas. Cela a disparu quand la technologie à base du charbon de bois a été remplacée par la houille".
Namur se distingue aussi par l’industrie du laiton, par ses verreries, sa papeterie (l’histoire de celle de Saint Servais, datant de 1670, sera bouclée lors de la fermeture d’Intermills en 1980), son industrie lainière, sa faïencerie. La célèbre révolution industrielle wallonne aura donc également des conséquences à Namur.
La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle
Cette révolution industrielle est notamment visible dans le domaine de la production de farine. Exit les vieux moulins bucoliques de notre imaginaire, "ce sont d’imposantes usines en briques dominées par d’imposantes cheminées. On a des machines à vapeur et des machines à cylindres à partir de 1880 qui vont marquer le déclin progressif des moulins à meules", explique Ugo Arquin. C’est un tel moulin que son arrière-arrière-grand-père dirigé dans la rue des dames blanches à Namur. "Ce moulin produisait jusqu’à 400 sacs de farine par jour", précise-t-il.
Les verreries d’Herbatte (derrière d’actuel CHR), la confiturerie Materne située à l’époque à Jambes, la papeterie à Saint Servais, sont autant de pépites industrielles qui ont marqué Namur.
"Suite à une rencontre avec un client lorrain, mon arrière-arrière-grand-père a pris connaissance de la dolomie dont une carrière existait à Floreffe, poursuit Ugo Arquin. De premiers essais se sont révélés concluants pour tapisser les fours d’aciérie, parce qu’autrefois, le client en question exploitait des gisements de magnésie en Autriche, mais cela se révélait très coûteux et il cherchait un produit aux vertus similaires qui serait moins cher".
La dolomie de Floreffe contenait minimum 40% de magnésie. C’est le début de l’industrie de la dolomie, qui existe toujours aujourd’hui (par l’entremise du groupe international Lhoist, à Marche-les-dames).
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