Cent ans de diplomatie littéraire pour PEN Québec
Le regroupement d’écrivains PEN Québec fête cet automne ses 100 ans d’existence, de diplomatie littéraire et de mobilisation douce destinées à soutenir les auteurs, partout dans le monde, victimes de répression, de censure ou de violence. « On est des vigiles », explique Félix Villeneuve, auteur et président de PEN Québec. « On travaille à conserver une sorte de réactivité » face aux différentes situations où la liberté d’expression est menacée.
« La mission : défendre l’idée que la littérature devrait être sans frontières, indique M. Villeneuve, et qu’elle devrait pouvoir transiter d’un pays et d’une culture à l’autre. Qu’elle est part d’une sorte d’héritage planétaire mondial, qui appartient à tout le monde, et qu’on devrait tous y avoir accès sans avoir à subir les effets de la censure. »
Pratico-pratiquement ? L’organisme offre son soutien aux auteurs victimes de censure, en leur écrivant, en leur envoyant des livres, en posant des gestes de diplomatie culturelle pour mettre une pression sur les gouvernements.
Le journaliste bangladais Shahidul Alam, par exemple, a été libéré après trois mois de prison en 2018, à la suite des actions conjointes d’Amnesty International et de nombreux autres organismes, dont PEN International.
« M. Alam nous a raconté qu’il a reçu tant de lettres en prison qu’il y était un peu considéré comme une sorte de vedette, et qu’il avait l’impression que ça l’avait protégé », explique Félix Villeneuve.
La poète arabo-israélienne Darine Tatour, emprisonnée quelques mois en 2018, est un autre exemple d’écrivain aidé par le club.
Au Québec, PEN — pour « poets, essayists, novelists » — compte quelque 150 membres. C’est un des plus vieux clubs de PEN International, fondé cinq ans seulement après que la romancière, poète et militante Catherine Amy Dawson Scott a instauré la racine mère à Londres, en 1921, où se réunissaient Joseph Conrad, D.H. Lawrence, George Bernard Shaw, John Galsworthy et autres plumes de l’époque.
Au départ, le PEN d’ici était une branche canadienne, bilingue, à l’anglais majoritaire, sise à Montréal. En 1966 est né un PEN canadien-français, présidé par la Germaine Guèvremont du Survenant.
Le rôle de PEN Québec est vraiment celui d’un allié, précise son président. « On est là pour soutenir, sensibiliser, faire des campagnes, envoyer des lettres à des prisonniers, se coordonner avec PEN International, organiser des lectures. »
Les époques et leurs libertés
Dans les dernières années, le club d’ici a articulé la Déclaration de Québec sur le droit des traducteurs, en 2015. Et en 2022, il a participé à la campagne de soutien à l’Ukraine. Tous les ans, au Salon du livre de Montréal, PEN Québec poursuit son activité Livres comme l’air, où un écrivain québécois écrit une dédicace ou une lettre à un écrivain emprisonné.
« D’autres centres ont des rôles plus névralgiques, comme PEN Ukraine, au cœur de la guerre, ou PEN Bélarus », aujourd’hui considéré comme une organisation extrémiste « dans son propre pays ». « Eux sont dans le vif du sujet, au cœur de l’action, et subissent des pressions gouvernementales incroyables », précise M. Villeneuve.
Il y a quelques années encore, l’ensemble des PEN réunis « avait un bon poids. Dans le contexte actuel, c’est malheureusement de moins en moins vrai », confie le président, qui a également signé Le prisonnier (AMV, 2025).
« Les gouvernements ont tendance à s’isoler davantage, à prendre moins en compte l’opinion des autres, surtout de l’Occident. » Mais aux yeux de Félix Villeneuve, le travail n’en demeure pas moins essentiel.
Pour célébrer son centenaire, PEN Québec offrira près d’une dizaine d’activités au fil de l’automne. On pourra assister le 29 octobre au dévoilement de Chaise vide, œuvre d’art public signée Michel Goulet qui habitera désormais une des entrées de la Grande Bibliothèque, à Montréal. Cette chaise est le symbole des PEN : elle représente l’écrivain absent parce qu’emprisonné, empêché.
Et à Québec, une série d’activités littéraires : entrevues, table ronde, lecture de slam et poésie, etc.
Et quel souhait d’anniversaire, pour ce centenaire ? Plus de soutien financier, et plus de membres pour avoir les moyens d’aider davantage. Pour y adhérer, il faut exercer ou avoir exercé une profession liée à l’écriture et payer 75 $ par an. « Je pense que la liberté d’expression est un choix de société. On veut soutenir l’écosystème du monde du livre québécois et ses expressions, ne pas laisser les idéologies et la polarisation prendre le dessus dans les discours », et être des alliés pour tous ceux qui écrivent, partout dans le monde, et qui sont punis d’une manière ou d’une autre pour leur parole et leurs pensées, estime le président et auteur.
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