Bollywood HungamaSalman Khan returns to playback singing after 11 years with ‘Teri Sexy Beauty’ from MaatrubhumiCNN TürkVedat Muriqi kafasını kullandı! Fenerbahçe'den müthiş geri dönüşPunchFULL LIST: Como join Liverpool, Madrid in Champions League victory record한겨레공군 1호기 탑승자 명단 유출… 외교부 보안 용역업체 가능성InquirerSpeaker Dy defends congressional budget tweaks amid public scrutinyZDF heuteAktuelle Pressemitteilungen des ZDFPremium TimesNGF ​‌‌‍​‌‍⁠⁠‍‌⁠‍​‍​‌​‌​advocates coordinated data-driven solutions to bridge rice production deficitSözcüSibirya soğukları Türkiye'yi esir aldı: Cuma sabahı herkes böyle uyanacakCapital FMDPP Opposes Bail for Dusit D2 Terror Attack Convict Pending AppealSRF NewsFinanzielle Massnahmen – So will der Bundesrat die Invalidenversicherung sanierenDaily MailTrump purge BEGINS: Insiders name scapegoat who the president has already decided will take blame for midterms... as Susie Wiles' devious plot that will ignite Cabinet civil war leaks... and JD Vance sparks a West Wing squabbleCumhuriyetCeltic - Beşiktaş maçı ne zaman, saat kaçta, hangi kanalda? Şifresiz mi?
The Daily Newsstand · Free, Always
Thursday, November 5, 2026

Qui insulte qui, surtout?

Translate

Au printemps dernier, les images d’un citoyen qui s’était filmé en train d’injurier une policière ont fait le tour du Québec. Une tempête politique avait été déclenchée, avec l’appui du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), de la Fraternité des policiers, et de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada.

L’incident a servi de prétexte pour mousser l’idée de faire adopter des règlements municipaux visant à donner le droit aux corps policiers de donner des amendes aux citoyens injurieux. En septembre, la Ville de Montréal a adopté son projet de règlement permettant de distribuer des amendes salées à quiconque serait tenté « d’intimider, de harceler, de menacer, d’injurier ou d’insulter » un employé municipal, ou encore d’adopter « un comportement offensant, humiliant, abusif, violent ou agressif » à son égard — ce qui inclut la police, bien sûr, mais pas que.

Or, on savait déjà en juillet que le citoyen à l’origine de la controverse faisait face à trois chefs d’accusation de libelle diffamatoire — un pour chaque policier ainsi insulté sur TikTok. À la mairie de Montréal, on n’a pas cheminé vers la conclusion logique , soit qu’il existe déjà des poignées légales pour agir contre des citoyens dont les propos iraient jusqu’à la menace ou à la diffamation personnelle d’un agent. En bref : le projet de règlement était inutile.

Il était toutefois particulier, alors que la polémique battait son plein, d’écouter les témoignages de certains représentants des corps policiers, qui parlaient de la difficulté d’être mal perçu des citoyens, ou de se faire parler durement, du moment qu’on porte l’uniforme.

Ça m’avait replongée dans des souvenirs d’adolescence. J’ai obtenu mon premier « vrai » emploi d’été alors que j’avais 15 ans. Je travaillais comme hôtesse d’une maison « de rêve » qu’un heureux gagnant allait remporter lors d’un tirage à la fin de l’été. Une loterie au bénéfice d’un organisme de charité.

Lorsqu’une hôtesse était dans la cuisine, l’essentiel du travail consistait à répondre par un sourire aux interminables commentaires : « Viens-tu avec la maison ? La domestique est incluse ? » Dans la chambre principale, les commentaires du même type s’enchaînaient : « Viens-tu avec le lit ? Qu’est-ce que tu sais y faire ? Ça pourrait être le fun. » Durant les pauses, les hôtesses notaient les commentaires de « mononcles » (le terme « harcèlement sexuel sur des mineures » nous était inconnu) dans des cahiers de notes. On pouvait en noircir une dizaine par été.

Bien des jeunes filles et des femmes qui ont travaillé dans le service à la clientèle au salaire minimum pourraient, elles aussi, remplir de grands cahiers avec leurs souvenirs. On reçoit parfois des commentaires désagréables, lorsqu’on est policier, et bien sûr policière. En reçoit-on plus que lorsqu’on est barmaid ? Ou que l’ado qui travaille dans un fast-food à la fermeture des bars ?

Les policiers, qui nécessairement imposent une présence intimidante avec leurs armes et leurs pouvoirs coercitifs, se font-ils brasser plus souvent que le personnel à l’accueil des urgences, ou les infirmières en psychiatrie, ou les préposés aux bénéficiaires qui travaillent avec des personnes à un stade avancé d’alzheimer ou de démence ? Ou que les intervenants en dépendance et en toxicomanie ? Ou que ceux de la DPJ ? Des cadres, souvent déficients, existent pour protéger les employés dans tous ces contextes. Mais ces professionnels savent aussi qu’ils ont choisi de travailler auprès de personnes vulnérables — avec tout ce qui vient avec. Est-on conscient de ce que ce choix implique du côté du SPVM ?

Qu’en est-il des enseignantes et du personnel des écoles ? Plusieurs syndicats ont tenté de sonner l’alarme à propos de la montée de la violence dans les écoles. On réfléchit à des plans d’action pour endiguer le phénomène, qui seront nécessairement plus complexes, et on l’espère, plus humains que de coller des amendes.

Drôle de hasard, à peu près tous les métiers que j’ai mentionnés ont en commun d’être des métiers traditionnellement féminins, où les femmes sont encore largement surreprésentées. La vérité, c’est que lorsqu’on a affaire à des métiers féminins, le labeur émotionnel de garder son calme face aux gens qui testent nos limites fait souvent partie de ce pourquoi on est (mal) payées.

Dans ces métiers, on n’a pas affaire à une culture du « si tu me parles mal, je te punis, je te le fais payer ». Le contraste était frappant, au printemps, durant la polémique sur le respect de la police. On était happés par une inconscience patente de ce qui se passe dans le quotidien de tant d’autres travailleuses pour qui les interactions difficiles avec une part de la clientèle sont si banales qu’elles ne susciteraient jamais de tempête médiatique et politique. Quand on relaie la fatigue policière en passant le reste sous silence, on participe à renforcer la culture de l’exception autour du SPVM.

À l’inverse, combien de citoyens ont déjà, avant le règlement qui vient d’être adopté, payé cher, sous une forme ou une autre, ce qu’un policier a considéré comme une mauvaise « attitude » ? Il a fallu qu’on parle d’agents du SPVM qui arrachent les cheveux des uns ou qui urinent sur les possessions d’un autre pour qu’on se félicite (!) d’une première historique (!) : avoir procédé à des renvois administratifs. Pour ce qui est des « comportements offensants, humiliants, abusifs, violents ou agressifs » envers les citoyens qui ne sont pas aussi spectaculaires, quelles seront les conséquences ?

Le règlement anti-insultes est présentement devant les tribunaux : des avocats craignent que l’outil dégénère en poignée légale pour limiter la liberté d’expression et harceler des citoyens vulnérables. La demande de suspension a été rejetée par la Cour supérieure du Québec la semaine dernière, il faudra examiner la question sur le fond.

Pendant ce temps, on attend toujours quelque chose qui ressemble à un début de justice et de réparation pour tous les citoyens qui ont été non seulement insultés, mais aussi parfois harcelés, voire indûment judiciarisés.

View the original on Le Devoir →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.