Gorillaz au Centre Bell, entre grooves festifs et recueillement
Mine de rien, vingt-cinq ans se sont écoulés depuis la parution du premier album de Gorillaz, le projet musical des Britanniques Damon Albarn, rendu célèbre en tant que leader de Blur, et de l’illustrateur Jamie Hewlett. Le temps qui passe et les succès qui se sont succédé ont tissé la trame narrative du concert de samedi soir, une enfilade de refrains adorés et de très bonnes nouvelles chansons, offertes par cette jolie tribu d’une quinzaine de musiciens sur scène, en plus des nombreux invités, du Montréalais Kid Koala au Jamaïcain Popcaan, en passant par Little Simz et Posdnuos du mythique trio De La Soul.
Salle comble au centre-ville pour le retour, samedi soir, de Gorillaz, quatre ans après son dernier Centre Bell. Avec un Damon Albarn en forme, en voix, et attiré par le public montréalais – à plusieurs reprises pendant les presque deux heures de concert, il s’enfonçait dans le parterre aussi loin que son fil de micro pouvait lui permettre d’aller. Serrer des mains, oui, embrasser les fans et même, entre deux couplets, dédicacer un vinyle de Parklife (1994), classique de la britpop enregistré par son vieux groupe Blur.
Hormis ces sincères contacts avec les fans et quelques salutations en français, Albarn est demeuré finalement assez coi durant ce bon concert, et franchement, ça nous a un brin étonnés. On l’a connu plus loquace, par exemple durant les tournées Escape To Plastic Beach (2010) et The Now Now (2018), durant lesquelles il n’hésitait pas à faire écho aux propos, engagés, inquiets du sort du monde, de ses chansons. Cette fois, la musique parlait d’elle-même.
« Oui ! C’est samedi soir ! », a lancé (en français, s’il vous plaît) Damon Albarn au milieu du concert, avant d’inviter le public à danser sur Andromeda, tirée du cinquième album de Gorillaz, Humanz (2017). La chanson avait sa place dans la sélection de l’escale montréalaise de la tournée The Mountain, du nom de l’album paru en février dernier, traversé par les thèmes de la mort et, par ses emprunts à la musique de l’Inde, de la résurrection : composée en hommage à sa défunte belle-mère, elle invite à trouver l’espoir, malgré tout.
Le message était simplement là, tout au long de cette tendre soirée musicale. De l’introduction instrumentale aux relents de musique classique indienne, avec flûte bansuri et tablas, jusqu’à la dernière chanson de la soirée, Clint Eastwood, premier succès du groupe.
Damon Albarn a dirigé le premier tiers de la soirée, accroché à son micro plus qu’à ses guitares pour aligner la récente The Happy Dictator, Tranz, Last Living Souls (tirée de Demon Days, 2005) et 19-2000 (du premier album), applaudies par les fans de longue date. Dans le mélangeur stylistique d’Albarn, du rock, de la pop, beaucoup de dub et de hip-hop, passages où notre cher Kid Koala a pu s’illustrer aux scratches.
La séquence plus douce faisant succéder l’inoubliable On Melancoly Hill et la superbe Orange County du dernier album, avec la voix de Kara Jackson, a dévoilé le dépouillement des nouvelles orchestrations imaginées pour les chansons de cette tournée, orchestrations qu’on espérait tout de même davantage colorées par les influences musicales indiennes, à l’image du son de l’album The Mountain.
Le singjay Popcaan fut la première belle surprise de la soirée, venu brasser Saturnz Barz – la qualité des concerts de Gorillaz sont en partie définis par les musiciens invités, et on se rappellera le premier concert du groupe à Montréal, en 2010, avec la légende soul Bobby Womack (dont la mémoire fut perpétuée par son solo préenregistré sur Stylo), De La Soul au complet, et les guitaristes de The Clash Paul Simonon et Mick Jones comme syndiqués de l’orchestre, vrai de vrai.
Ainsi, comme avec Jackson sur Orange County, Little Simz (qui officiait en première partie, deux mois après son concert à Osheaga) a brillé sur l’explosive Garage Palace, de même que le MC Bootie Brown, vieux complice de Gorillaz, sur Stylo et Dirty Harry en fin de ce concert qui s’est rondement déployé, sans temps morts, mais ni grands moments d’extase, sinon pendant la finale durant laquelle l’orchestre a tricoté Rock the House (avec Del the Funky Homosapien, entendu en début de soirée avec Deltron 3030), Dirty Harry, Feel Good Inc. (avec Pos de De La Soul) et, en clôture, Clint Eastwood.
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