La fin d’une prime versée depuis la pandémie inquiète les propriétaires de RPA

La fin prochaine d’une prime salariale versée depuis la pandémie par Québec à des infirmières et préposés qui travaillent en hébergement privé pourrait mener à des baisses de services, voire des fermetures, craint le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA).
Le 31 décembre prochain marquera la fin du programme de primes salariales pour le personnel soignant en RPA. Cet appui financier a été instauré en 2022, au sortir de la pandémie.
La prime de transition salariale concerne le salaire des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires. Elle est un prolongement du programme de primes annoncé aux premiers moments de la pandémie au printemps 2020.
L’objectif à l’époque était de garder la main-d'œuvre dans les résidences privées, alors que le gouvernement Legault accordait des primes aux travailleurs du réseau public de santé à risque de contamination dans l'exercice de leurs fonctions
.
Le nouveau programme de 2022 prévoyait donc des primes prolongées seulement pour les établissements qui en avaient reçu durant la pandémie et pour le même nombre d’employés qui en avaient reçu à partir de 2020.
Il permettait de bonifier, aux frais du gouvernement provincial, le salaire des infirmières auxiliaires de 8 % et celui des préposés aux bénéficiaires de 4 $ de l’heure.
Mais cette prime temporaire est devenue un apport financier essentiel pour supporter la masse salariale de nombreuses résidences, constate le RQRA.
Impossible pour le privé de suivre. Parce que nous, et bien, c'est les aînés qui doivent payer leurs soins
, résume Marc Fortin, directeur général du RQRA. Il ajoute que des hausses de loyer assez importantes pour offrir aux travailleurs des salaires équivalents à ceux du public seraient impensables.

Certaines résidences privées offrent des soins médicaux et craignent de devoir les réduire sans la prime. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
L’exemple de RPA de Lévis
On ne peut pas descendre le salaire des salariés, ils ont des conventions collectives, ils ont des attentes. On veut garder notre personnel
, lance en entrevue Jérôme Poulin.
Il est propriétaire de deux milieux d’hébergement indépendants sur la Rive-Sud de Québec : la résidence du Précieux-Sang et la résidence Le Saint-Laurent-Lévis. Sur place, plusieurs services de soins sont offerts, comme des soins médicaux, la distribution de médicaments, des soins d’hygiène et des soins cognitifs.
Sans l’apport de la prime pour financer sa masse salariale, deux options pourraient s’offrir au propriétaire. Soit qu'on se retire des soins tranquillement, soit qu’on refile la facture au client, qui a déjà atteint sa capacité de payer.

Jérôme Poulin est propriétaire de deux RPA à Lévis.
Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau
Il croit qu’un meilleur financement des soins en RPA est nécessaire parce que les résidences comme les siennes jouent un rôle de plus en plus important dans l’offre de soins de santé.
Il y a 20 ans, une RPA, c’était un milieu de sécurité, pas un milieu de soins. Il y avait une infirmière qui était là pour servir 150 résidents. Quand quelqu’un était malade, avait besoin de soins, il était transféré à l’hôpital. Il était pris en charge par le système de santé
, se souvient-il.
Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui, dit-il, expliquant que les RPA doivent s’adapter de plus en plus pour offrir des soins de santé.
Même constat au Groupe Lokia, qui gère 14 résidences pour aînés au Québec et au Nouveau-Brunswick. Près des trois quarts des 1300 préposés et des 80 infirmières qui y travaillent reçoivent la prime, d'après le pdg.
Guy Tremblay croit qu'il serait à l’avantage du gouvernement de prolonger la prime, puisque ses nombreux résidents qui bénéficient de soins (dont certains de soins palliatifs) iraient engorger le système de santé s’ils ne pouvaient plus payer leur loyer.
De dire : du jour au lendemain, on en fait fermer plus, les hôpitaux, je ne pense pas qu’ils sont en mesure d’accepter tout ce monde-là
, pense-t-il.
Pour chacune de ses résidences, il devra donc déterminer s’il fait le pari de baisser un peu la rémunération de ses soignants en espérant qu’ils restent ou de maintenir les salaires en les finançant autrement.

Guy Tremblay est fondateur du Groupe Lokia qui compte 18 résidences au Québec et au Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau
Masse salariale
Après avoir consulté ses membres, le RQRA estime que les primes représenteraient environ 14 % de la masse salariale des résidences concernées, soit en moyenne 90 174 $ annuellement
, indique-t-on.
D'ici 10, 15 ans, on va perdre à peu près 52 % des préposés parce qu'ils vont prendre leur retraite. Donc, comment est-ce qu'on va faire juste pour maintenir les services?
, demande le pdg Marc Fortin.
L'argent n'étant pas disponible de la part des aînés, on ne peut pas juste augmenter les salaires puis, soudainement, se retrouver dans des situations financières précaires puis fermer nos entreprises
, dit-il.
Par conséquent, plusieurs résidences songeraient à fermer ou à arrêter d'offrir des soins médicaux à leurs résidents, affirme le RQRA.

Marc Fortin est président-directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Demande d'un crédit d'impôt
Le RQRA demande donc au gouvernement provincial de prolonger son aide aux résidences. Il propose la mise sur pied d'un programme de crédits d’impôt sur quatre ans, qui concernerait 37 % des salaires versés aux soignants en RPA.
Nous, ça va nous permettre de réinvestir dans les soins, de mieux payer les employés, de maintenir les soins et d'augmenter la quantité d'unités ou de logements qui sont représentatifs au niveau des soins qui sont donnés
, croit Marc Fortin.
Par écrit, le ministère de la Santé, de la Prévention et des Aînés rappelle que la fin des primes au 31 décembre 2026 avait été annoncée dès 2022.
Le Ministère souligne aussi que le programme de primes de transition salariale, évalué à 505 millions $, faisait partie d’investissements totaux de 1,6 milliard $ destinés aux RPA.
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