Allégations de racisme et de discrimination | Le SPVM congédie sept policiers

Dans une manœuvre rarissime, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a annoncé le congédiement de sept patrouilleurs lundi, dans la foulée des allégations de gestes discriminatoires et racistes, survenus ces derniers mois dans les postes de quartier 21 et 39, dans Ville-Marie et Montréal-Nord.
Publié à Mis à jour à
Le directeur Fady Dagher s’est rapidement dit conscient qu’il s’agit d’une « mesure exceptionnelle », mais que sa démarche est nécessaire pour des raisons d’« intérêt public » et de « sécurité de la population ».
Il a lui-même confirmé qu’il s’agit d’une « première dans l’histoire » du service policier, lors d’un point de presse dans le quartier général du SPVM, lundi après-midi.
Au total, sept « policiers et policières » – cinq agents du Poste de quartier (PDQ) 39 à Montréal-Nord et deux du PDQ 21 dans Ville-Marie – perdront leur emploi. Il n’y a aucun nouveau dossier parmi les individus renvoyés : dans chacun des cas, la situation avait déjà fait l’objet d’une couverture médiatique dans les derniers mois.
« Nous avons brisé la loi du silence […] à tous les niveaux de l’organisation » a avancé le chef policier, devant les journalistes, se disant fier qu’un nombre grandissant de policiers soient prêts à dénoncer des comportements jugés inacceptables. M. Dagher estime aussi que ce geste fait démentir les critiques soutenant qu’il n’y a « jamais de conséquences au SPVM ».
PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE
Le directeur du SPVM, Fady Dagher, en conférence de presse
Différentes options ont été évaluées, a expliqué le numéro 1 du service policier lundi, mais au final, c’est la ligne dure qui a prévalu.
On fait face à des comportements intentionnellement malveillants et non des erreurs inévitables.
« [Le] lien de confiance, nous ne le reconstruirons pas demain ni après-demain. Mais nous le reconstruirons pas à pas, jour après jour, a-t-il ensuite promis. La confiance du public, elle, se perd en un geste. Elle ne se regagne que lentement. »
Controverses multiples
De nombreuses controverses ont éclaté coup sur coup au sein du SPVM, depuis le mois de juin.
La plus récente avait causé une véritable onde de choc : un policier faisant déjà l’objet d’une enquête pour de présumés gestes racistes posés à Montréal-Nord, au poste de quartier 39, est maintenant soupçonné d’avoir détruit la preuve liée à une situation de violence conjugale.
Au poste de quartier 21, un autre policier est soupçonné d’avoir commis des gestes à connotation raciste, alors qu’un autre est mêlé à une affaire nébuleuse au cours de laquelle il est soupçonné d’avoir uriné pendant une intervention. À la mi-octobre, trois sources policières avaient confié à La Presse que l’agent était soupçonné d’avoir uriné sur une personne itinérante. La direction avait alors refusé de discuter des détails de l’affaire.
Vendredi, quatre sources policières qui ne sont pas autorisées à parler publiquement du dossier ont ensuite affirmé que l’enquête tend à démontrer que l’agent aurait uriné sur le lit d’une personne pendant une intervention, mais que la personne ne se trouvait pas dans le lit au moment de l’incident.
Lorsque questionné à cet effet lundi, Fady Dagher a répondu que l’enquête interne fait état d’un « geste ignoble, mais pas sur un humain ».
Le 12 juin dernier, pas moins de 16 agents avaient aussi été mis à l’écart à Montréal-Nord. Certains d’entre eux ont été suspendus et font l’objet d’un examen par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à la suite d’allégations d’inconduite. Parmi ces allégations, il figurait notamment le fait d’avoir conservé des mèches de cheveux de citoyens issus de minorités ethniques comme des « trophées ».
Fady Dagher a aussi tenu à rappeler que « 99 % » de ses effectifs, selon lui, défendent leur badge avec des valeurs de respect, d’intégrité, d’engagement, de courage et d’entraide, et que ces agents renvoyés ne sont pas représentatifs de la « culture du SPVM ».
« Personne n’est au-dessus des règles »
À l’hôtel de ville, la mairesse Soraya Martinez Ferrada n’a pas tardé à réagir. « Le SPVM a posé un geste sans précédent pour rebâtir la confiance des citoyens. Personne n’est au-dessus des règles. Ce travail est exigeant et nécessaire, et il doit se poursuivre », a-t-elle fait valoir, en réponse à nos questions.
PHOTO DENIS GERMAIN, ARCHIVES COLLABORATION SPÉCIALE
La mairesse Soraya Martinez Ferrada
La semaine dernière, Mme Martinez Ferrada avait soutenu que le SPVM « a énormément de réponses à donner aux citoyens et aux citoyennes de Montréal », en disant s’attendre à des gestes concrets. Pour l’heure, la première magistrate de la Ville maintient toutefois sa confiance totale envers le chef de police.
Dans l’opposition, la cheffe de Projet Montréal, Ericka Alneus, tape du pied. « Congédier des agents qui commettent des actes barbares, c’est nécessaire, mais c’est seulement la base. Ça va prendre beaucoup plus que ça pour espérer rebâtir le lien de confiance entre les Montréalais et le SPVM », a-t-elle jugé lundi.
« M. Dagher répète depuis vendredi que seul 1 % des policiers salissent l’uniforme, mais quand les gens appellent le 911, ils ne veulent pas jouer à la loterie », a persisté Mme Alneus.
Sa formation politique avait déposé une motion d’urgence le 19 octobre dernier pour forcer le chef du SPVM à venir répondre aux questions des élus en conseil municipal. Le parti de la mairesse a accepté, mais seulement après la conclusion des différentes enquêtes administratives et criminelles en cours.
Joint par La Presse, le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal (FPPM), Yves Francœur, n’a côté pas souhaité réagir aux congédiements, en préférant réserver ses commentaires pour le moment.
À Québec, le ministre de la Sécurité intérieure, Guy Lapointe Jr, a confirmé avoir pris connaissance de la décision du SPVM, mais s’est également limité dans ses propos. « Je continue à suivre l’évolution du dossier et des enquêtes en cours », a-t-il noté.
Dans le milieu communautaire, la Coalition Main Rouge a, de son côté, réitéré lundi la nécessité de tenir une enquête publique et indépendante sur le racisme systémique et le profilage racial au sein du SPVM.
L’affaire de lundi « marque une escalade majeure dans une série d’allégations déjà extrêmement préoccupantes », s’est inquiété le directeur général de l’organisme, Joel de Bellefeuille. « Sept congédiements ne sauraient constituer une réponse institutionnelle suffisante à des allégations d’une telle ampleur », a-t-il illustré.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.