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Friday, October 23, 2026

HLM | L’Office municipal d’habitation sort le bulldozer, des locataires évincés

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Une vingtaine de familles vulnérables de Rivière-des-Prairies seront évincées de leur HLM dans trois semaines, alors que l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) lance une vague de démolitions.

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L’organisme prévoit sortir son bulldozer pour faire de la place à de nouveaux projets, mais doit aussi détruire d’urgence des bâtiments dangereux.

« Quand j’ai eu la nouvelle, j’ai eu un blocage. Je n’arrivais plus à parler », relate Edemonde Clénor, une mère de cinq enfants qui habite sa maisonnette des Habitations Marie-Victorin depuis 17 ans.

Elle a reçu le 9 octobre dernier un avis d’éviction qui l’informait de « conditions dangereuses et majeurs [sic] affectant l’intégrité structurelle de l’immeuble, représentant un risque imminent pour la sécurité ». Une séance d’information avait eu lieu 10 jours plus tôt.

PHOTO SIMON LALIBERTÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Edemonde Clénor, mère de famille qui devra déménager, a commencé à trier ses vêtements.

« J’étais stressée, je n’arrivais pas à dormir. Ce n’est pas drôle », relate Mme Clénor, avant de montrer à La Presse les tas de boîtes qu’elle a commencé à préparer en vue du déménagement. Elle ne sait pas encore où elle ira. « Ils m’ont proposé d’aller à LaSalle, sur le Plateau Mont-Royal ou dans Hochelaga. » Elle a refusé, car une opération récente lui interdit de s’éloigner de son médecin et qu’elle a deux enfants scolarisés.

Sa voisine Imelda vit sur place depuis 19 ans. « L’Office nous considère comme des poubelles », dénonce-t-elle, sur le pas de sa porte. Les appartements qu’on lui a proposés « sont déjà délabrés », ajoute-t-elle. Deux portes à gauche, Magda a des jumeaux de 12 ans présentant des troubles du développement, qui fréquentent des classes spécialisées. « Pour trouver un service comme ça, c’est au moins un ou deux ans d’attente. [L’école de l’un des jumeaux] m’a dit que si on m’envoyait au centre-ville, il risque de perdre sa place », déplore-t-elle.

Les deux femmes ont refusé de donner leur nom de famille, de crainte de représailles.

L’OMHM assure devoir réagir à un rapport d’ingénieur récent et faire tout en son pouvoir pour reloger l’ensemble de ses locataires, mais confirme que « les principales préoccupations exprimées concernent notamment les délais, la continuité scolaire, les déplacements, la proximité du réseau de soutien et l’adéquation des logements proposés », a indiqué le directeur général adjoint Pierre Choquette, par courriel.

L’organisme peut aussi offrir aux locataires de se trouver un logement sur le marché privé, avec une subvention au loyer importante (mais aussi beaucoup de complications administratives).

D’autres maisonnettes démolies

Les Habitations Marie-Victorin, situées entre le boulevard Perras et la rivière des Prairies, ont mauvaise presse depuis plusieurs années : l’insécurité se conjugue à un parc immobilier en décrépitude pour compliquer la vie des résidants.

Les maisonnettes de l’avenue Élie-Beauregard – d’où sont évincées Magda, Imelda et Edemonde Clénor – sont parmi les seules à être encore occupées. Au moins une vingtaine d’autres ailleurs dans l’ensemble de HLM sont placardées, parfois depuis plus de 10 ans.

Parmi les maisonnettes condamnées, neuf seront bientôt détruites pour faire place à un immeuble de 100 logements construits par Unitaînés, l’organisme lancé par l’homme d’affaires Luc Maurice en 2023.

« L’annonce officielle du projet, avec Mission Unitaînés, les gouvernements du Canada et du Québec ainsi que la Ville de Montréal, devrait avoir lieu prochainement », dit Pierre Choquette, de l’OMHM.

PHOTO SIMON LALIBERTÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

La directrice du Centre de promotion communautaire Le Phare, Yanick Galan

Quelques mètres plus loin, sept autres maisonnettes seront détruites, en vue d’une reconstruction éventuelle. Yanick Galan, directrice du Centre de promotion communautaire Le Phare, qui travaille sur place, dit qu’elle le croira quand elle le verra : elle dénonce la rapidité avec laquelle l’OMHM veut évincer ses locataires, alors que le gestionnaire des HLM de Montréal était beaucoup moins prompt à faire les travaux demandés par les locataires. La Presse avait d’ailleurs réalisé un reportage sur l’état de certains de ces logements en 2024.

Deux autres démolitions

Ailleurs à Montréal, l’OMHM a trouvé début octobre des ingénieurs et des architectes pour l’aider à planifier la démolition des Habitations Jean-Valets, un immeuble de 64 logements avenue Bloomfield, dans Parc-Extension. Les personnes âgées qui l’occupaient ont été évacuées en 2022, en raison de problèmes majeurs de plomberie, d’électricité et de façade.

PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE

Les Habitations Jean-Valets, un immeuble de 64 logements dans Parc-Extension

Un nouveau bâtiment devrait être construit à cet endroit. « On est en train d’atterrir vers une proposition où on ajouterait un nombre de logements supplémentaires à ces soixante-quatre-là, de manière à ce qu’on puisse accueillir plus de ménages », indique Pierre Choquette en entrevue. Objectif général : « reconstruire un nombre d’habitations équivalent ou supérieur » pour chaque démolition.

Dans Notre-Dame-de-Grâce, ce sont les trois bâtiments des Habitations Chester qui devraient être détruits et remplacés. Les 18 logements ont été évacués en 2013 en raison de l’état de vétusté des lieux.

C’est grâce à un récent afflux d’argent public que l’OMHM peut lancer tous ces projets, explique M. Choquette.

De 2020 à 2025, il y a plus de 500 millions qui ont été investis dans la rénovation de nos immeubles, sur une période assez courte.

Pierre Choquette, directeur général adjoint de l’OMHM

« Ça fait en sorte qu’on a pu gérer entre 90 et 100 chantiers assez majeurs par année », affirme-t-il.

La Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec s’est réjouie de ces nouveaux investissements. La coordonnatrice Patricia Viannay indique toutefois à La Presse que son organisme veut s’assurer que toutes les démolitions sont suivies de reconstructions.

« Une démolition, c’est un drame, mais parfois c’est nécessaire, dit Mme Viannay. On ne peut pas se permettre de perdre un seul HLM. »

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