La stratégie de sécurité nationale de Carney vise la protection économique
La nouvelle stratégie de sécurité nationale du gouvernement libéral insiste sur la nécessité de mieux gérer les chocs qui frappent l’économie canadienne, tout en favorisant la croissance et l’innovation afin de renforcer la résilience du pays.
Cette stratégie rendue publique jeudi met en garde contre les dangers liés aux menaces traditionnelles — telles que l’espionnage et l’ingérence étrangère — ainsi que contre les défis découlant des rivalités entre grandes puissances, l’agression de la part de régimes autoritaires, l’évolution rapide de l’intelligence artificielle et les dangers liés au changement climatique et aux pandémies.
La stratégie indique que le Canada peut atteindre une plus grande indépendance stratégique grâce à une économie sûre et en croissance, à une politique étrangère rigoureuse, à des forces armées plus solides et plus agiles, ainsi qu’à de meilleurs efforts en matière de renseignement.
« Ces atouts nous permettront de résister aux chocs, de nous adapter aux imprévus, de faire nos propres choix et de prospérer dans les décennies à venir », indique le document.
Il précise que la préservation de la souveraineté du Canada dans des secteurs industriels clés — ainsi que la mise à disposition de ressources et d’expertise à l’échelle mondiale — renforcera la position du pays en tant qu’acteur stratégiquement important dans l’économie mondiale.
Refonte de la sécurité nationale
Ce cadre global, intitulé « Le Plan pour un Canada plus fort », sera suivi d’une série de plans plus détaillés, notamment une nouvelle politique étrangère qui doit être rendue publique dans environ un mois.
Des politiques en matière de défense, de sécurité publique, de sécurité économique et de renseignement seront mises en œuvre au cours des prochains mois.
Ottawa a annoncé qu’une réunion des premiers ministres sur la sécurité nationale sera probablement convoquée l’année prochaine afin de renforcer la coordination entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux.
Le gouvernement s’engage également à présenter, au cours de l’année à venir, des propositions visant à moderniser la législation en matière de sécurité nationale. Lors d’une réunion d’information jeudi, les responsables n’ont fourni aucune précision sur ce que cela pourrait impliquer.
« Les Canadiennes et les Canadiens devraient s’attendre à ce que des mises à jour soient apportées plus fréquemment au cadre législatif canadien en matière de sécurité nationale afin de s’adapter au rythme des nouvelles menaces et de protéger nos valeurs communes », indique la stratégie.
Le gouvernement note également qu’il prévoit de lancer un examen sur « l’appareil de sécurité nationale dans son ensemble » afin d’éclairer la première mise à jour de la stratégie globale d’ici quatre ans au plus tard.
La dernière politique globale en matière de sécurité nationale avait été publiée en 2004 par le gouvernement libéral de Paul Martin.
Dans un message inclus dans la nouvelle stratégie, le premier ministre Mark Carney a soutenu que le monde d’aujourd’hui exigeait un plan qui tient compte des réalités nouvelles et profondes.
« Le Canada se trouve à un moment charnière de l’histoire », a-t-il écrit.
« Le monde est de plus en plus caractérisé par des frontières contestées, des agressions de la part de régimes autoritaires et de graves menaces à l’échelle mondiale, a ajouté M. Carney. Il n’est désormais plus possible de croire que la combinaison de notre géographie, de l’interdépendance et d’un ordre international fondé sur des règles peut remplacer la capacité souveraine du Canada à assurer sa propre protection.
« L’ordre international fondé sur des règles est menacé. Le système commercial mondial ouvert est essentiellement remis en cause. Nos forces d’autrefois, c’est-à-dire nos liens étroits et notre intégration profonde avec d’autres pays, sont devenues des vulnérabilités. »
« L’énergie, les minéraux critiques, la fabrication de pointe et les technologies avancées du Canada constitueront le fondement de nos relations qui favorisent la souveraineté du pays et contribuent à un monde plus sûr et prospère », a précisé le premier ministre.
La stratégie souligne la nécessité de faire preuve de transparence et de sensibiliser les Canadiens à la gravité des menaces ainsi qu’à la nécessité de réponses efficaces, et de se préparer à « toutes les éventualités, y compris à la guerre et aux pires des scénarios ».
Sécurité et partenariats
En matière de politique étrangère, Ottawa prévoit de diversifier ses relations commerciales tout en protégeant la sécurité nationale et économique, notamment pour les communautés vulnérables à la répression transnationale.
Le gouvernement souhaite également réorganiser la diplomatie canadienne afin d’aider plus efficacement les entreprises à se développer à l’étranger, à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à accroître les exportations.
La stratégie fait état d’une volonté d’établir une « relation avec les États-Unis axée sur la collaboration et la lucidité », fondée sur le respect mutuel, la souveraineté nationale et la responsabilité partagée en matière de sécurité en Amérique du Nord.
Le gouvernement prévoit également de doter le Canada d’un éventail « plus large et plus approfondi d’options militaires » pour la dissuasion et afin de se défendre contre la guerre hybride et les menaces dans l’espace et le cyberespace.
Il affirme vouloir faire du Canada un partenaire de choix en matière de défense en honorant ses engagements envers le NORAD et l’OTAN, en renforçant ses partenariats dans l’Arctique et en démontrant sa capacité à contribuer à la sécurité et à la stabilité dans la région Indo-Pacifique, au Moyen-Orient et ailleurs.
La stratégie met également en avant le projet du Canada de renforcer ses capacités en matière de renseignement, de collecte et d’analyse, d’étendre ses contributions au partenariat du « Groupe des cinq » en renseignement et de diversifier ses partenariats de renseignement ailleurs.
Ottawa s’engage à renforcer les capacités du Service canadien du renseignement de sécurité, du renseignement de défense et du Centre de la sécurité des télécommunications, le service de cyberespionnage du Canada.
Les responsables ont également indiqué que le gouvernement évaluerait les forces et les faiblesses de la communauté de la sécurité nationale et du renseignement canadien avant de décider de changements, tels que l’extension des capacités de collecte de renseignements à l’étranger.
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