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Monday, September 28, 2026

In absentia

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Pour des raisons qui lui appartiennent, le chef du PCQ, Éric Duhaime, a décidé d’annuler l’entrevue qu’il devait accorder à l’équipe éditoriale du Devoir, après avoir d’abord accepté son invitation. Cela est bien malheureux, mais la bonne nouvelle est qu’il reste suffisamment de temps d’ici la fin de la campagne pour lui permettre de répondre à quelques-unes des questions que nous aurions aimé lui poser.

L’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire qui pourrait imposer la tenue d’un référendum sans l’appui d’un autre parti étant maintenant une réelle possibilité, il ne sera peut-être plus possible pour M. Duhaime d’enfermer les autobus du Oui et du Non dans un garage barré à double tour. Dans ces conditions, ne serait-il pas normal que les électeurs fédéralistes aient l’assurance qu’il se rangerait dans leur camp d’ici le 5 octobre ?

On comprend que sa préférence va à une plus grande autonomie du Québec au sein de la fédération canadienne qui ressemble beaucoup à la « troisième voie » que proposait la CAQ, dont il attribue l’échec à son « absence de vision et de conviction ». Sur ce point, il paraît difficile de le contredire.

La stratégie conservatrice pour donner au Québec un « véritable rapport de force, qui le mettrait à l’abri des intrusions fédérales et renforcerait ses pouvoirs, repose sur une alliance avec les forces autonomistes ailleurs au Canada, notamment l’Alberta et la Saskatchewan.

L’expérience enseigne toutefois à quel point les alliances avec les autres provinces peuvent être fragiles. La nuit des longs couteaux de novembre 1981, prélude à l’adoption d’une nouvelle constitution qui a diminué les pouvoirs du Québec sans son consentement, est sans doute l’exemple extrême, mais son isolement est une constante dans l’histoire des relations fédérales-provinciales. M. Duhaime a-t-il souvenir d’un cas où un front commun des provinces a tenu face à Ottawa ?

Quatre des cinq partis promettent, à des degrés divers, de dégraisser l’État, mais le PCQ est le champion incontesté du dégraissage. Il propose des compressions budgétaires de 47 milliards et la suppression de 20 000 postes dans la fonction publique. Le tout sans compromettre les services. En attendant que tous les secteurs soient « passés au peigne fin », M. Duhaime pourrait-il donner quelques exemples de ces fonctionnaires inutiles auxquels il reproche « d’“enfantdechienniser” la vie du monde » ?

Il accuse ceux qui s’opposent à l’expansion du privé en santé, que lui-même voit comme un « outil complémentaire pour assurer l’accès de tous », d’être mus par l’idéologie. Inclut-il dans ces idéologues le Collège des médecins, qui a réitéré cette semaine sa crainte que le phénomène devienne incontrôlable et entraîne une réduction des ressources du réseau public ?

Lors du dernier débat, il a donné l’exemple des systèmes mixtes public-privé en France et en Allemagne, en omettant toutefois de préciser que le nombre de médecins par 100 000 habitants y est nettement plus élevé qu’au Québec : 470 en Allemagne et 362 en France, contre 290 au Québec. Et que leur rémunération est au moins deux fois inférieure. Il propose d’en former 400 ou 500 de plus chaque année. A-t-il calculé combien de décennies cela prendra pour atteindre les niveaux européens ?

Le chef conservateur se veut rassurant en disant qu’il sera possible de payer la facture des soins reçus dans un établissement privé avec la carte de la Régie de l’assurance maladie. Dans ce cas, pourquoi la plateforme de son parti en matière de santé prévoit-elle la généralisation des assurances duplicatives pour des soins déjà couverts par la RAMQ ?

Le PCQ est aussi un fervent défenseur du libre choix de l’école. Selon M. Duhaime, la présence d’écoles privées force le réseau public à mieux performer. Comment explique-t-il que l’écart entre le taux de diplomation au secondaire à l’école publique (65 %) et à l’école privée (89 %) soit si grand ? Compte-t-il le réduire et, si oui, comment ?

Puisqu’il utilise régulièrement la comparaison avec l’Ontario pour dénoncer la lourdeur de l’État québécois, pourquoi ne pas prendre exemple sur son système scolaire, infiniment plus équitable, où l’école privée ne bénéficie d’aucune subvention ? L’Ontario de Doug Ford serait-il aussi un repère d’idéologues ?

Le PCQ a parfaitement raison de demander au gouvernement fédéral de réduire le délai de traitement des demandes d’asile et de mettre en place un programme de répartition des demandeurs entre les provinces dès leur arrivée. Entretemps, M. Duhaime veut en expulser 70 000. Comment entend-il procéder et où propose-t-il de les envoyer ?

M. Duhaime veut sélectionner les immigrants en fonction des valeurs sociales de leur pays d’origine, mais que fait-il de ceux qui veulent le quitter précisément parce qu’ils rejettent ces valeurs, qu’il s’agisse d’un déficit démocratique ou du statut inférieur imposé aux femmes ?

Le chef conservateur juge « dépassé » le féminisme de la première ministre Fréchette, selon laquelle l’allocation hebdomadaire de 100 dollars par enfant qu’un gouvernement conservateur accorderait aux familles qui gardent leurs enfants à la maison nuirait à l’autonomie des femmes. Comment M. Duhaime définit-il le féminisme moderne ? Croit-il que le féminisme lui-même est un concept dépassé ?

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