Chirurgie esthétique : "Je vois apparaître des patientes de 17-18 ans, c'est tout à fait nouveau", révèle un chirurgien plasticien

Influencés par les célébrités, les hommes, les femmes, les jeunes et moins jeunes font de plus en plus face à des corps, des visages retravaillés par la chirurgie esthétique. Certaines célébrités influencent une grosse population. En 2025, les praticiens tiraient d’ailleurs la sonnette d’alarme pour protéger les plus jeunes.
Aujourd’hui, Nathalie Azoulai, autrice du livre Le nouveau visage, se perd dans les visages qu’elle voit au quotidien et perd surtout la notion de l’âge : "Ce qui m’a le plus troublée dans tous ces phénomènes, c’est que souvent je me trouve face à des visages que je connais très bien, que ce soit des visages célèbres ou pas, mais où il y a eu des interventions esthétiques, de natures différentes, injections, opérations, etc. Et moi, je suis troublée devant ces visages parce que je n’arrive plus à leur donner d’âge. Et si je n’arrive plus à leur donner d’âge, j’ai l’impression qu’il y a un trouble, enfin quelque chose qui bouge devant moi qui n’est plus exactement un visage de femme, en tout cas pas un visage de proche".
Le déni d'âge des patients
Ce trouble Nathalie Azoulai l'associe aussi au déni d’âge, comme elle le raconte suite à une rencontre avec une femme demandant des soins esthétiques à Los Angeles : "Ce n’était pas chirurgical, c’étaient des soins d’injection de vitamines et de fillers, comme ils les appellent. Elle remplissait des papiers sur le comptoir à l’entrée avec la personne qui s’occupait du centre. Et elle répondait à plein de questions, mais quand on lui a demandé son âge, elle n’a pas voulu le donner. Alors qu’objectivement, on est troublé parce que c’était une femme, dans la cinquantaine je crois, mais qui avait beaucoup d’allure, beaucoup de tenue, beaucoup de soins déjà pratiqués. Elle faisait partie de ces femmes sans âge, dont on ne sait plus si elles sont dans la quarantaine, la cinquantaine… Elle a refusé de donner son âge et elle a dû demander de l’écrire sur un bout de papier. Elle ne voulait pas le dire à haute voix. Donc, malgré le fait qu’elle soit complètement décomplexée sur toutes les interventions qu’elle pratique, sur tous les soins qu’on lui dispense, l’âge n’était pas dicible".
Une observation qui questionne l’autrice sans pour autant être dans le jugement puisqu’elle reconnaît elle-même avoir déjà eu recours à des injections.
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Des chirurgiens esthétiques qui placent des limites en fonction de leur propre éthique
Pascal Castus est chirurgien plasticien. Il remarque que ses patients viennent de tous les âges et de tous les horizons : "Pour la médecine esthétique, on peut avoir des patients jeunes. Ça peut être très jeune pour le botox, je dirais passés 30 ans, il y a certaines patientes qui marquent déjà. Après, c’est un petit peu à nous de fixer la limite. Aujourd’hui, je vois apparaître des patientes de 17-18 ans, ça c’est tout à fait nouveau. Parfois même avec leurs parents, pour qu’on injecte les lèvres. Et là, nous, on a vraiment un rôle de protection. On doit dire 'non'".
Pour autant, le praticien ne dit pas non systématiquement aux jeunes patients, tout dépend de la demande : "Je dis oui en fonction de l’indication. Il n’y a pas vraiment d’âge. On peut être très jeune et avoir une blessure ou une déformation qui est vraiment stigmatisante et qui fait souffrir la patiente. Et là, on va vouloir l’aider. Par contre, quelqu’un qui a 17 ans, qui a de belles lèvres et qui veut des lèvres plus grosses, pour moi, ce n’est pas acceptable. Donc là, on doit vraiment les aider, les orienter et surtout les protéger".
► Écoutez ci-dessus l’intégralité de cette interview dans le podcast du Monde en direct.
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