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Tuesday, September 1, 2026

Le business des pompes funèbres : "Ils vendent des enterrements comme ils vendraient des aspirateurs"

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Malgré la tristesse, dès le lendemain, Aurélie Neirinck a rendez-vous avec un entrepreneur de pompes funèbres, adopté dans la précipitation. "Il fallait faire des choix. J’étais toute seule avec ma mère, il fallait que ce soit rapide. On a ouvert un catalogue comme pour choisir sa cuisine." Sur les pages du catalogue, des dizaines de cercueils. Le vocabulaire utilisé par l’employée des pompes funèbres tend à la dissuader de se tourner vers les modèles d’entrée de gamme. "Celui-là, il est vraiment très, très bas de gamme. Et ce sont les mots de la dame, elle m’a dit : c’est en contreplaqué, ça fait un peu Ikea."

Ce n’est que quelques mois plus tard qu’Aurélie se rend compte qu’elle a été dépossédée des funérailles de son grand-père. Elle aurait aimé offrir à sa famille un vrai rituel d’au revoir à l’image de son papy. "On a mangé des sandwichs mous au fromage, de la tarte au riz, et du café filtre. Mais en fait, papy, il n’aimait pas le café filtre, nous non plus. On n’aimait pas, mais on disait que c’était très bien. C’était pratique, en tout cas. Et ça allait vite, c’est peut-être ça."

Depuis plusieurs années, le secteur des pompes funèbres évolue largement. Si les petites pompes funèbres de quartier existent toujours, ils se font racheter petit à petit par des grosses structures qui prennent de plus en plus de place. Aujourd’hui, plus d’un tiers des funérariums de Belgique appartient à des groupes. En tête du peloton, deux groupes détiennent près de 20% des structures de notre pays : le belge Sereni, basé à Anvers et le néerlandais Dela.

Dans le Brabant Wallon, nous retrouvons Loic Queffelec, l’un des patrons d’un autre groupe – plus "modeste" car il détient 37 structures — appelé lesfunérailles.be. C’est la première fois qu’il accepte la présence d’une caméra et il ne fait pas les choses à moitié, il nous ouvre grand les portes. Dans ce funérarium fraîchement rénové, il y a trois salons, plusieurs espaces mortuaires, une salle de cérémonie à la pointe de la technologie. Ici, il est possible d’assister aux funérailles en visio depuis l’autre bout du monde.

Je peux concevoir qu’on ait l’impression qu’on est des charognards ou le loup de Wall Street, mais la vérité n’est pas tout à fait là.

"On est une activité lucrative, je ne suis pas en train de vouloir me faire passer pour plus blanc que ce que je suis, mais on investit très lourdement dans nos outils," indique Loïc Queffelec, "C’est un business, mais il y a de l’humain derrière. Je peux concevoir qu’on ait l’impression qu’on est des charognards ou le loup de Wall Street, mais la vérité n’est pas tout à fait là. Les gens ne comprennent pas souvent ce qu’on fait, mais il faut s’imaginer l’engagement des personnes qui nous entourent. Ils se lèvent tous les matins, ils se couchent le soir et leur seul but, c’est de s’occuper des défunts.Ce matin-là, les équipes du funérarium nous autorisent à les suivre pendant les soins d’un défunt. Le rituel est précis, avec beaucoup de respect de la part des professionnels, le corps est lavé, changé, avant la mise en bière.

Malgré cette transparence apparente, Loïc Queffelec ne souhaite pas communiquer le nombre de décès par an géré par sa société "Par pudeur, d’abord," clame-t-il, "Et parce que ce chiffre risque de ne pas être compris parce qu’il est important et qu’il ne résume pas notre activité."

"Je ne comprends pas que l’hôpital libère les gens comme ça. Ce n’est pas normal. En fait, tout le monde est dans le coup, puisque les gens qui sont allés chercher le corps savent aussi qu’ils doivent avoir des documents." Dans les faits, le transfert d’un corps sans mandat signé arrive dans certaines situations – comme lors d’un décès survenu la nuit - mais la famille doit avoir donné son accord verbalement sinon elle est en droit de demander des comptes.

Eric récupère finalement le corps de son papa. Alors qu’il pense enfin pouvoir préparer ses funérailles sereinement, il découvre que des soins ont été entamés sur la dépouille de son père, là aussi sans autorisation. "Quand le cadavre de mon père est arrivé, il avait doublé de volume. Il était dans un sac mortuaire blanc. Il était nu, en lange. Il y avait un trou sur sa cage thoracique, bouché par de la ouate et des trous dans ses bras. Il y avait un sac avec plein de sang dedans."

Nous avons contacté la société funéraire qui conteste la version des faits d’Eric Etienne. Son responsable explique avoir pris en charge le corps car un rendez-vous avait été fixé au lendemain. Il justifie les soins réalisés sans autorisation par un état avancé de dégradation du corps.

Le CHR de Namur, de son cote, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Au crématorium d’Evere, nous la retrouvons à bord d’un corbillard vêtue d’une robe fleurie bleue pastel, d’un veston beige bien loin du traditionnel sombre costume trois-pièces. Elle, c’est Cléo Duponcheel, et une chose est sûre, elle aime casser les codes. Cette entrepreneuse de pompes funèbres travaille seule et se charge de tout. Elle a fait le choix de proposer un service différent des sociétés funéraires habituelles.

"Aujourd’hui, quand on voit nos pratiques funéraires, elles sont calquées sur un modèle économique. Il y a des bons de commandes, des lignes, des procédures à respecter. Ce qui fait qu’il y a beaucoup de funérailles qui se ressemblent, ce qui n’a aucun sens parce que tout le monde est différent," argue celle qui se fait aussi appeler Croque-Madame. "Et surtout, c’est qu’il y a cette horrible phrase que j’entends tout le temps : on a toujours fait comme ça. Et en fait, quand on essaye de sortir de ce cadre, parfois, c’est super compliqué. Il y a des familles qui demandent des choses qui semblent complètement anodines et on leur dit non. On les prive ainsi d’un rituel qui leur ferait beaucoup de bien."

Ils signent chez le premier venu, parce qu’ils se disent, je n’ai pas le temps, ça doit aller vite.

"Trop souvent, on dit aux gens qu’il faut aller vite, qu’il faut se dépêcher, alors qu’il n’y a pas de raison de se dépêcher. Et c’est surtout, mettre une pression sur la famille. Elle est déjà épuisée par ce qui se passe, mais alors à la fin de la cérémonie, elle est lessivée. Et ce n’est pas le but, parce qu’on ne prend pas des bonnes décisions quand on est fatigué, quand on a une charge mentale comme ça. Et c’est pour ça qu’ils signent parfois chez le premier venu, parce qu’ils se disent, je n’ai pas le temps, ça doit aller vite. Vous avez le temps, vous pouvez prendre le temps."

Pompes funèbres : quand la mort rapporte gros, une enquête de Marie Bourguignon et Charlotte Collin à voir sur mercredi 2 septembre à 20h20 la Une télé et sur Auvio.be

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