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Sunday, September 13, 2026

Vous pensiez parler à DeepSeek et Kimi, c’était peut-être Claude : les révélations d’Anthropic

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Sept labos chinois, près de 200 millions d’échanges détournés, et des utilisateurs de Kimi ou de DeepSeek qui parlaient sans le savoir au modèle d’un concurrent américain. Le rapport d’Anthropic se lit comme un polar industriel, à charge.

La distillation, dans le jargon de l’IA, désigne une méthode d’entraînement parfaitement légitime : on fait répondre un gros modèle « professeur » à des milliers de questions, puis on entraîne un modèle « élève » plus léger à l’imiter. L’élève révise sur les copies du major de promo, en somme, et le problème commence quand le professeur n’a rien demandé. Dans son rapport semestriel sur les usages malveillants de Claude, publié le 10 septembre, Anthropic accuse sept laboratoires chinois, dont Alibaba, DeepSeek, Moonshot AI (l’éditeur de Kimi) et Xiaomi, d’avoir siphonné son modèle à l’échelle industrielle depuis décembre.

Moonshot et DeepSeek vous font-ils parler à Claude en cachette ?

Les deux cas les plus embarrassants concernent des services grand public. Selon Anthropic, Moonshot AI a transmis en silence, sur une seule période de dix jours, près de 300 000 requêtes de ses clients à Claude, via 5 380 comptes frauduleux localisés à Singapour et au Japon. Les réponses étaient ensuite affichées comme si elles venaient de Kimi. DeepSeek aurait fait de même, avec un raffinement : ses systèmes repéraient les développeurs qui passaient par des outils comme Claude Code ou OpenCode, et redirigeaient sélectivement leurs sessions vers Claude Opus. Dans les deux cas, les échanges étaient enregistrés pour en extraire les chaînes de raisonnement du modèle américain et nourrir l’entraînement de Kimi et de DeepSeek.

Alibaba, avec ses modèles Qwen, aurait mené la plus grosse opération jamais mesurée par Anthropic : 151 millions d’échanges entre mai et juillet, jusqu’à 3 millions par jour (oui, par jour), via plus de 3 500 comptes créés avec de fausses identités et des cartes bancaires volées. Zhipu aurait extrait 3,4 millions d’échanges en dix-sept jours, et Xiaomi aurait rejoué dans Claude les sessions de ses propres utilisateurs. SenseTime aurait acheté des transcriptions à des revendeurs, tandis que MiniMax aurait monté une société-écran ne proposant que des modèles américains, sans aucun modèle chinois au catalogue (subtil). Au total, près de 200 millions d’échanges, contre trois labos visés lors de la première alerte d’Anthropic, en février.

Pourquoi l’affaire dépasse la querelle entre labos

En janvier 2025 déjà, OpenAI accusait DeepSeek d’avoir distillé ses modèles, au moment où R1 affolait la Bourse ; Google a documenté le même phénomène cette année, et Anthropic en est donc à sa deuxième salve. Ce qui change avec ce rapport, c’est la mécanique décrite. Les labos passeraient par des réseaux de comptes ouverts avec des cartes volées et des clés d’API dérobées, doublés de relais commerciaux qui revendent l’accès à Claude là où il n’est pas proposé. Ces intermédiaires enregistrent au passage les conversations et les revendent à qui veut entraîner un modèle : le vol de capacités s’est doté d’une chaîne logistique, avec grossistes et détaillants.

Dans les requêtes relayées, Anthropic affirme avoir retrouvé des noms, des adresses e-mail, des jetons d’accès encore actifs et les prévisions d’investissement d’un laboratoire pharmaceutique, le tout dans une douzaine de langues. Un utilisateur vraisemblablement lié à l’armée chinoise y a même fait analyser des données de vidéosurveillance, en croyant s’adresser à Kimi. Une partie de ce trafic transitait par des plateformes de routage tierces très utilisées en Europe, où la conformité au RGPD de ces redirections silencieuses poserait quelques questions (Anthropic parle pudiquement de pratiques « probablement incompatibles » avec les lois sur la vie privée). Reste un angle mort, et il est de taille : l’accusateur est le concurrent direct des accusés, aucun des sept labos n’a réagi publiquement à ce stade, et les preuves restent celles d’une seule partie. Anthropic dit avoir renforcé ses filtres et résumer désormais le raisonnement de Claude, pour rendre les transcriptions volées moins utiles.

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